ECONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE
On se reportera également aux documents suivants :
" Voyage à l'intérieur du projet de constitution " www.humanite.presse.fr (11/09/2003)
" La Constitution sur l'avenir de l'Europe est au bord de la crise " www.lemonde.fr (04/06/2003)
" La difficile remise en question de l'équilibre du Traité de Nice " (idem)
" Une constitution pour sanctuariser la loi du marché ", Bernard Cassen, in Le Monde diplomatique, janvier 2004.
EUROPE DES NATIONS, EUROPE SOCIALE ET CONSTITUTION
Europe sociale ou Europe du capital ?
Plan
Introduction
Exécutifs, législatif et judiciaire : Conseil, Commission et Parlement européens
Démocratie participative et démocratie industrielle européenne
Cohésion économique et Europe sociale :
Philosophie générale : L'Europe sociale comme nécessaire médiation régionale
Paramètres économiques généraux
Instruments spécifiques :
Comment compléter honnêtement le dispositif de coordination sous-jacent contenu dans les critères de Maastricht et le Pacte de stabilité ?
Charte sociale
Défense et politique étrangère
Immigration
Préambule et laïcité
Pour rétablir les faits contre le nouvel obscurantisme sioniste de droite
Les racines humaines et Adam
La genèse culturelle dans son syncrétisme et la pureté d'engeance " divine "
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage
Que sont le racisme et l'antisémitisme ?
Quoique mûrement réfléchi en ce qui concerne le fond ce texte préliminaire mérite d'être élaboré. Ce genre d'exercice d'élucidation, d'approfondissement et, éventuellement de choix, n'a cependant de sens qu'en s'instituant dès le départ comme un travail collectif. Alors, les manquements et les lacunes même graves, en autant qu'ils soient lucidement démontrés comme tels par une critique constructive, constitueront des points forts de toute réflexion rationnelle consécutive (pour paraphraser un motto à valeur méthodologique de Schopenhauer malheureusement enlaidi par Heidegger succombant à sa fourberie habituelle de " docteur " nietzschéen nazi.) Le ton est " normatif ", ce qui ne saurait étonner s'agissant d'une critique marxiste d'un projet constitutionnel. Il devrait aller de soit que tout texte constitutionnel européen se situant en-deça d'une législation nationale quelconque en matière de laïcité, de défense paritaire de la propriété collective au même titre que la propriété privée, ou de droits sociaux fondamentaux devrait être rejeté jusqu'à ce que ces crimes de lèse-citoyenneté soient corrigés. Par conséquent, aucun texte ne doit être adopté s'il n'est pas sanctionné par les parlements des pays membres ou, mieux encore, par référendum.
Introduction
Les contradictions font partie intégrante du devenir historique. Il n'est pas toujours possible ni même parfois souhaitable de les lever. Ce qui compte alors sont les objectifs principaux et secondaires et les médiations institutionnelles et politiques mises en place pour atteindre les premiers et transcender ou préserver les secondes.
La construction européenne ne se comprendrait pas sans l'acceptation préalable de cette approche qui est à la fois dialectique et fonctionnaliste. L'échec de la Conférence intergouvernementale révèle uniquement le fait que les médiations institutionnelles proposées n'étaient pas adéquates. Ceci est symbolisé par la crispation sur la pondération issue de l'Accord de Nice mais ne peut pas y être réduit. Ce qui est en cause est bien plus sérieux. Il s'agit d'une part de la nature sociale de l'Europe qui nous est proposée et d'autre part de l'avenir constitutionnel qui est envisagé pour elle, qu'il soit " fédéral " ou " confédéral ", pour utiliser des termes convenus. Dans le contexte actuel, l'enjeu principal est donc de savoir quel équilibre constitutionnel sera instauré dans les relations de pouvoir qui prévaudront au sein de cette Europe. Mais il s'agit plus que d'une simple question d'équilibre politique et d'allocation des ressources. Au fond, ce qui se joue dans la présente étape de la construction européenne est l'indépendance de l'Europe qui doit être assurée par la cohésion de tous autour de ses principaux axes d'intégration et, par conséquent, aussi la nécessité de préserver l'égalité sociale entre tous ses membres, citoyens et Etats.
Si la construction européenne s'est faite et continuera à se faire par pans successifs, il en découle qu'il est peu sage durant la présente étape de remettre en question la conception d'une " Europe des Nations ". Dès lors, la priorité immédiate consiste à concevoir le degré de cohésion économique et social nécessaire pour compléter le dispositif monétaire (et par conséquent forcément économique) de l'euro géré par une Banque Centrale Européenne largement autonome en matière de gestion des agrégats monétaires. Cette nécessaire recherche de la cohésion prit la forme d'un projet " constitutionnel " voué à l'harmonisation et à l'adaptation des instances existantes, les critères de Maastricht et le Pacte de stabilité et de croissance étant conçus uniquement comme phase de transition visant essentiellement la mise en place et la consolidation de l'euro comme monnaie commune. Or, cette marche vers la constitutionalisation de l'Europe s'accomplit dans un cadre doublement contradictoire : avec la Grande Bretagne en son sein, l'UE n'était déjà pas cohérente avec la création de l'euro et de la BCE ; en effet, la GB n'appartient pas à la Zone euro et n'est donc pas soumise à sa discipline mais contribue néanmoins à en façonner les politiques économiques générales ou sectorielles à travers, notamment, des " directives " adoptées au sein de l'UE et appliquées ensuite indifféremment à tous les membres de l'UE faisant ou non partie de la Zone euro. S'y ajoute aujourd'hui un élargissement formel à marche forcée, qui ressemble diablement à l'unification à marche forcée de l'Allemagne voulue par le Chancelier Kohl, et dont le seul effet durable fut la destruction de la vitalité du " modèle rhénan " qui avait prévalu jusqu'ici. (Remarquons qu'avec la chute du Mur puis le démembrement de l'URSS, ni l'unification de l'Allemagne, ni l'élargissement de l'Europe à l'Est n'auraient pu être compromises par plus de modération et moins d'impérialisme franc-maçonnique et bruxellois ; au surplus, sans se soucier d'une course inutile vers un objectif quasiment acquis, on aurait plutôt dû prendre en considération les intérêts vitaux du grand pays européen qu'est la Fédération russe et du grand ensemble stabilisateur que doit redevenir la Communauté des Etats Indépendants dans l'optique d'une unification déjà acceptée par Moscou).
Ces contradictions nouvelles et anciennes, portées à leur paroxysme par le mirage constitutionnel conçu comme unique issue au nécessaire établissement de la cohésion, fit perdre de vue les objectifs réels au profit de querelles pour ainsi dire inutilement anticipées. L'évolution de la constellation des forces au sein de l'Union européenne élargie devint une hantise et dès lors la démarche constitutionnelle ne pouvait guère plus être que la traduction en mécanismes institutionnels, inscrits dans le marbre, de cette vision frivole et frileuse. Nécessairement, le projet constitutionnel dut également opter pour une formule d'amendement à l'unanimité reconnaissant ainsi toute la difficulté de l'Europe des nations à franchir ce pas constitutionnel tant et aussi longtemps que l'unanimité de fait ne se sera pas réalisée sur la question de l'indépendance européenne et sur celle de la compatibilité de la cohésion économique avec le principe de subsidiarité. L'Europe du capital prévalut donc sur l'Europe sociale désirée par les citoyens
Pourtant cette double recherche se poursuit par les moyens européens usuels. Citons à titre d'exemple les mécanismes de " coopération renforcée ", les initiatives communes aux membres de l'UE qui désirent y participer, telles EADS, l'Eurofighter etc etc. Par ailleurs, on sait que près de 4/5 de toutes les lois adoptées par les pays membres ne sont que des adaptations nationales de directives européennes édictées par des méthodes passablement censitaires. L'Espace Schengen a relativement peu de difficulté à imposer un protectionnisme humain passablement mal conçu au vu des indices de fécondité synthétique prévalant parmi les pays membres. D'autres initiatives plus pointues, bien que pour l'heure malheureusement moins consensuelles parmi les élites, se font jour telle l'anticipation d'une défense européenne commune par la création d'un Eurocorps.
Quoiqu'il en soi un processus institutionnalisé de l'ampleur de celui qui conduisit à la rédaction du projet constitutionnel et qui se poursuit à travers les conférences intergouvernementales ne peut plus être écarté. Il convient, par conséquent, de prendre acte de ses aspects positifs et, à défaut de lever toutes ses contradictions, de rechercher les moyens de supprimer les plus évidentes, tout en recherchant les médiations institutionnelles les plus adaptées à l'étape actuelle et les plus propres à soutenir la marche harmonieuse de l' " Europe des nations " vers une confédération assurant son indépendance politique et économique dans le respect de l'égalité et de la souveraineté ultime de tous ses membres et de tous ses citoyens.
Exécutifs, législatif et judiciaire : Conseil, Commission et Parlement européens.
Allons droit au but : le principal défaut du projet constitutionnel actuel est d'avoir voulu écarter le débat sur la nature et la portée d'un confédéralisme compatible avec la préservation de l' " Europe des nations " et d'en avoir par conséquent payé le prix par l'irréductible confusion institutionnelle qui règne en ce qui concerne le cœur du projet, soit les rapports entre les paliers exécutif, législatif et judiciaire européens. A partir de là, la distribution des rôles (l'interprétation institutionnelle de la subsidiarité en Europe) ainsi que le partage des pouvoirs ne pouvaient être que boiteux... et se confondre désastreusement avec la pondération démographique entre pays membres alors même que le rôle spécifique du Parlement européen n'était pas véritablement abordé. Il convient donc de se débarrasser de cette confusion originelle ainsi que de son fonds de commerce, la hantise d'une Mitteleuropa ou le mirage d'une fédération tendant vers trop d'homogénéisation.
Une pondération strictement démographique au sein du Parlement européen ne présenterait aucun danger, proche ou lointain, pour autant que les rapports entre exécutif, législatif et judiciaire européens, ainsi que le partage des pouvoirs entre ces différents paliers de gouvernement, soient clairement définis. En nous livrant à cet exercice, rappelons que les contradictions secondaires ne doivent pas être conçues comme des obstacles dramatiques à condition que des médiations appropriées soient imaginées et que les objectifs vitaux de la construction européenne (indépendance politique et cohésion économique) soient préservés. Ce faisant nous verrons que la conception du Conseil et de la Commission peut être simplifiée et rationalisée, de sorte qu'une réelle prise en compte du rôle du Parlement européen, répondant d'ailleurs aux vœux de tous les citoyens européens, permettrait de lever élégamment les diatribes au sujet de Nice. Cela permettrait également de lever la douloureuse contradiction entre Zone euro et UE élargie, en ouvrant institutionnellement la porte à une dynamique incontournable, celle de la marche différentielle des divers pays de l'UE élargie sans remettre en cause la cohésion ultime de l'ensemble : dans le long terme, la magie européenne, la persuasion par les faits, opérera son charme et l'intégration ne provoquera plus de déchirements constitutionnels.
Les tenants sincères du fédéralisme écartent toute velléité d'hégémonie en Europe mais insistent sur la démocratisation des institutions et des processus puisque aussi bien il s'agit de maximiser les ressources de l'Europe dans le respect des contributions et des besoins spécifiques des pays membres ainsi que de l'égalité intrinsèque de tous ses citoyens. Or, le principe de subsidiarité inhérent à la conception de la confédération de l' " Europe de nations " n'est en rien antithétique avec la démocratisation : il en constitue le principe de base permettant sa réalisation matérielle, à condition toutefois de bien définir le rôle et la portée des instances et le partage des pouvoirs. Dans ce cadre précis, la démocratie représentative, trop souvent confondue avec l'ensemble des processus démocratiques, peut alors opérer selon son principe vital, à savoir un-e député-e pour une circonscription électorale réunissant essentiellement un même nombre d'électrices et d'électeurs.
A l'étape actuelle de la construction européenne, il semble que l'on soit " condamné " à opérer avec un double exécutif provenant du Conseil européen d'une part et, d'autre part, de la Commission européenne remodelée pour agir comme pouvoir exécutif issu directement du Parlement européen. Il n'y a rien de grave à cela, au contraire. Ce dédoublement, fonctionnel et non général, permettrait de supprimer une fois pour toute une des pierres d'achoppement de la démocratisation de l'Europe, soit celle liée au poids démographique forcément instable de chaque membre dans l'ensemble européen et donc lié à son poids politique tel que celui-ci est concrétisé par la démocratie représentative. De plus, le Conseil européen continuerait à agir comme Seconde chambre (renouvelant de manière démocratique et fonctionnelle le rôle actuellement dévolu aux différents sénats ou encore aux chambres des Etats ou Territoires membres.) La Commission deviendrait, comme il se doit, l'exécutif issu directement de la représentation des partis et des coalitions de partis dûment élus au Parlement européen. Elle ne serait rien d'autre qu'un Conseil des ministres ayant officiellement à sa tête le chef du parti ayant obtenu le plus grand nombre d'élu-e-s, en autant qu'il réussisse à rassembler autour de lui une majorité parlementaire ; à défaut de quoi, le Conseil européen fera appel au chef de parti de la coalition susceptible de rassembler une majorité et ainsi de suite selon les mécanismes bien connus mais en ayant toutefois le souci d'éliminer au maximum l'arbitraire et donc les possibilités de manipulation d'une instance sur une autre. En tout état de cause, le nombre " substantiel " de ministres dérivé de ce système, en plus du Premier ministre, supprimera le faux problème du nombre de représentants permanents de chaque pays membre au sein de cet exécutif. Peu importe le rôle ministériel de chacun, tous auraient l'assurance d'être ainsi représenté de manière égalitaire au sein du Cabinet ministériel.
Dans cette optique, l'essentiel consiste à savoir quel rôle et quels pouvoirs sont respectivement dévolus au Conseil et à la Commission. Or, ceci revient simplement à définir clairement la forme de subsidiarité choisie par l'Europe, un choix dont on ne peut certes faire l'économie, mais un choix qui doit être suffisamment judicieux pour concilier réalisme politique et égalité entre pays membres. L'exercice n'est pas le plus simple qui soit mais il peut être fructueux pour l'étape présente et prometteur pour l'avenir de l'Europe, pour peu que l'on se souvienne de ce qui fut dit aux sujets des contradictions secondaires et des médiations.
De manière générale, les exécutifs actuel disposent du contrôle de l'initiative législative, les parlementaires étant réduits à un rôle subsidiaire encore chapeauté par la rigoureuse discipline de parti ou réduits à ne présenter que des projets individuels dont seuls certains sont retenus selon des modalités variables adoptées par les divers Parlements. En outre, les exécutifs contrôlent les bureaucraties et, par conséquent, à travers elles les processus de recueil et d'articulation de l'information nécessaire à l'élaboration des projets de loi ainsi qu'à leur pilotage parlementaire et extra-parlementaire et, en bout de ligne, à leur mise en application une fois ces projets sanctionnés par le Parlement (et le cas échéant par le Conseil d'Etat.)
Le Conseil européen disposerait de l'initiative législative exclusive pour tous les domaines aujourd'hui concernés par la règle de l'unanimité. Ceci aurait l'avantage de supprimer toutes les divisions dangereuses qui risqueraient d'être montée en épingle par certains pays membres ou encore par les médias ou les groupes de pression. En temps et lieu, la solidité de la construction européenne imposera la révision des sujets devant relever de cette règle. Pour l'heure, la diplomatie entre pays membres continuera d'agir comme bureaucratie spécialisée au sein du Conseil encore que le Conseil aura accès à toutes les ressources bureaucratiques disponibles à la Commission. Tous les domaines n'étant pas couverts par la règle de l'unanimité relèveront de la Commission et du Parlement mais nécessiteront l'aval obligatoire du Conseil européen agissant alors dans sa capacité de Seconde chambre parlementaire : La Commission initierait les projets de lois dans les domaines relevant de ses compétences, puis ces projets suivraient le parcours ordinaire des premières, deuxièmes et troisièmes lectures impliquant l'habituelle navette entre les deux chambres.
Au demeurant, afin d'aplanir les difficultés confrontant les nouvelles dynamiques décisionnelles, durant toute la phase de transition adoptée, le Conseil se verrait octroyer un droit d'information préalable pour tous les projets de loi envisagés par la Commission qui auraient une incidence spécifiquement économique ou monétaire. Il convient de toujours conserver un souci de préservation de la flexibilité nécessaire pour soutenir la dynamique propre à la construction européenne. Dans cette optique, en ce qui a trait au contrôle des décisions de leur représentant national siégeant au Conseil ou encore en ce qui concerne les législations adoptées dans leurs domaines de compétence par la Commission et le Parlement européen, les membres du Conseil européen ainsi que les membres des parlements nationaux conserveraient un droit de retrait. Bien entendu, ce refus légal de participer à des décisions communes sans pour autant les entraver serait exercé sans compensation financière mais également sans transfert du pouvoir fiscal (points fiscaux) lié à la mise en place de ces programmes spécifiquement européens que certains pays membres jugeront utiles et fructueux d'organiser en commun. Qu'on ne se méprenne pas inutilement sur le sens et la portée de ce droit de retrait : il est tout le contraire d'une Europe à la carte et donc d'une dissolution de la cohésion européenne. En fait, tout en préservant les dimensions de la souveraineté des Etats membres caractérisant une Europe des nations, ce droit de retrait permettrait paradoxalement d'encadrer les nécessaires coopérations renforcées permettant ainsi, non pas une Europe à deux vitesses, mais la constitution des différents cercles de cohésion prévus par M. Jacques Delors sans que la constitution de ces " cercles " (en réalité noyau dur, piliers etc.) ne nuisse ou soit perçu comme pouvant nuire à la cohésion et à l'égalité formelle de chaque pays membres. Ce droit de retrait permettrait en outre d'éviter d'avoir à constitutionaliser ce que les fédérations en place appellent le " pouvoir de dépenser ", une constitutionalisation qui possède tout le potentiel pour envenimer les relations entre pays membres, à mesure qu'il est conjugué avec les pseudo problèmes d'une représentation démocratique mal démarquée par rapport à la question du partage des compétences entre les divers paliers de gouvernements ou entre les différentes instances décisionnelles à n'importe quel palier considéré. Par contre, dans cette optique du retrait, ce qui s'imposera naturellement se seront deux choses : d'abord, le délai constitutionnellement prévu pour l'exercice du droit de retrait par un Etat membre d'un programme auquel il aurait antérieurement décidé de participer (contrairement au cas simple du retrait d'un nouveau programme devant être mis sur pieds i.e. choix de non-participation dès le départ) et ensuite, le cas échéant, l'énumération, non pas des pénalités mais plutôt des compensations lorsque celles-ci s'avèreraient nécessaires pour cause de disruption importante des programmes en cours. Tous ces problèmes peuvent être levés par des médiations appropriées : par exemple, le délai pour tout retrait annoncé par un gouvernement national pourrait être d'un minimum de 6 ans (étant entendu que la durée normale d'une législature serait de cinq ans). De la sorte, le retrait éventuel deviendrait automatiquement un enjeu électoral interne et donc une décision devant être sanctionnée par les électeurs nationaux qui sont également des électeurs européens. Autrement dit, loin de constituer une catastrophe, la dynamique de ces retraits permettrait un ultime contrôle démocratique de l'approfondissement de la construction européenne.
Il importe de remarquer que cette conception de la constitutionalisation de l'Europe permet de progresser avec prudence et de relativiser les problèmes conjoints liés au partage des pouvoirs et au poids de chaque pays membres qui se reflètent aujourd'hui par la complexité, voire la confusion, des instances décisionnelles européennes et, par voie de conséquence, par la peur sous-jacente des tentations hégémoniques des uns ou des autres, ou, inversement, celle du risque de paralysie de l'ensemble, ces deux hantises étant symbolisées par le rejet des "dés-équilibres " instaurés à Nice et amplifiés encore par l'imprudence et le manque de sagacité européenne de certains pays, jeunes ou vieux, lors de l'intervention illégale des USA en Iraq.
Ajoutons que l'équilibre institutionnel et démocratique envisagé ici disposerait de ses propres contre-pouvoirs internes selon la géniale intuition moderne de Montesquieu. Ainsi la souveraineté de chaque pays membre serait protégée en permanence puisque, malgré toutes les dévolutions envisageables à un moment ou un autre (ou plus exactement selon les " époques " considérées) le Conseil ou les Parlements nationaux disposeraient soit d'un droit de veto soit, de manière politiquement plus plausible, d'un droit de retrait qui ne nuirait pas aux autres membres. De la même manière et selon les mêmes principes, il faudra prévoir, pour tous les domaines déjà dévolus au Parlement européen et à la Commission qui relèvent aujourd'hui de la prise de décision à la majorité (ou plus exactement qui ne relèvent pas de l'unanimité réservée aux prérogatives du Conseil) la possibilité, pour le Parlement européen et son exécutif propre, de vérifier la solidité démocratique des décisions des membres du Conseil ayant apposé leur veto à leur décision démocratique européenne : cette vérification se ferait alors par voie référendaire auprès de l'électorat des pays ayant utilisé le droit de veto. Une victoire de 50 % plus une voix constituerait un désaveu des-dits membres du Conseil. En tout état de cause, cette avenue serait réservée à des cas et des dossiers très spécifiques et la Commission et le Parlement ne pourrait choisir cette avenue qu'en obtenant l'appui de 50 % des Etats représentés rassemblant 60 % de la population, soit dans l'espace de l'Europe élargie, soit dans la Zone euro. Par ailleurs, la dévolution " définitive " (i.e. institutionnelle) d'un domaine relevant de l'unanimité à une logique de majorité ne se ferait que par le biais de l'unanimité de tous les Etats membres ou par l'assentiment de chaque Etat concerné lorsque cette dévolution serait nécessaire à la mise en œuvre d'un programme commun. A l'instar de la PAC, qui devint consubstantielle avec l'Union européenne, il vaut mieux laisser les tendances de fond et la vérité des faits s'imposer sur le terrain comme objectivation concrète d'un intérêt commun, tout imparfait qu'il puisse ponctuellement apparaître. Par contre, lorsque tous les pays membres seront devenus membres à part entière de programmes communs (comme la PAC) la Commission disposera du pouvoir d'en prendre acte et d'entériner à la majorité simple la constitutionalisation européenne commune de ce programme. Les réussites communes s'ajouteront ainsi aux réussites communes et feront école. Dans ce cas précis, cependant, le programme sera pérennisé sans impliquer le transfert d'un pouvoir de dépenser supplémentaire en terme de ratio du PIB, soit au niveau de financement en vigueur à ce moment-là, soit selon une formule acceptée à l'unanimité par tous les Etats membres qui continueront, le cas échéant, de jouir du droit de retrait sur les engagements additionnels. Autrement dit, la souveraineté étatique des uns et des autres demeurera le moyen de contrôle ultime du budget proprement européen sans pour autant entraver artificiellement la marche vers plus de cohésion ni, bien entendu, de provoquer une brèche inacceptable dans le principe de subsidiarité qui constitue le cœur de la conception de l'Europe des nations.
Démocratie participative et démocratie industrielle européenne.
Nous avons donné ci-dessus les éléments fondamentaux qui relèvent de la démocratie représentative que nous avons cherchée à adapter à l'Europe. Ces équilibres, tout savants qu'ils puissent être, ne suffisent pas. L'Europe ne saurait exister sans développer à son propre niveau la " démocratie participative " et la " démocratie économique et sociale ".
La première impliquerait de manière institutionnelle les groupes de pression et les syndicats dans tous les processus impliquant les compétences relevant du Parlement (et donc de la Commission) ainsi que tous les cas de co-décision. Pour ce qui est du Conseil, tant qu'il n'a pas décidé la dévolution de certaines de ses propres compétences, les processus qui le concernent relèvent nécessairement des parlements nationaux (ou le cas échéant de grands mouvements de masse européens, à caractère parlementaire ou extraparlementaire, comme cela fut le cas avec le grand mouvement pour la paix à l'occasion de la dernière agression impérialiste contre l'Iraq.) En particulier, à l'étape du recueil de l'information menant à la rédaction des projets de lois, la Commission devrait avoir l'obligation de consulter tous les syndicats et les groupes de pression pouvant démontrer une représentation dans plus de deux des pays membres concernés par la législation. Ces mêmes groupes devraient recevoir le droit irrévocable de soumettre leurs éventuelles objections, critiques et amendements aux comités parlementaires européens. Lorsque ces mêmes groupes réussiraient à réunir plus de 50 % soit des syndicats européens soit des groupes de pression des pays européens concernés par les projets de loi en question, les-dits comités parlementaires se dédoubleraient d'office en commissions parlementaires, qui accompliraient le même travail que les comités parlementaires qu'elles ne cesseraient pas d'être, mais sur la base d'une consultation populaire et citoyenne beaucoup plus large.
Le développement de la démocratie participative européenne exigerait également la mise en place et le développement de ce que j'ai appelé les instances de " contrôle démocratique ". Ceci concernerait tant la protection des fonctionnaires appartenant aux bureaucraties européennes que celle des usagers. Le système d'ombudsman et de prud'homme doit donc être harmonisé vers le haut. De même, des comités des plaintes européens doivent pouvoir répondre aux attentes des citoyens dans les domaines pertinents (Interpol, police, gardes frontière, etc.) Il emporte également que les citoyens soient majoritaires au sein de ces comités.
On me permettra d'ajouter un mot sur la problématique des " services essentiels " : aujourd'hui la droite abuse de cette notion que j'avais formulée dans les essais réunis dans mon Tous ensemble (disponible gratuitement à la section Livres sur ce même cite). Il convient, par conséquent, de rappeler la logique dans laquelle ma formulation avait été avancée. Ne pas le faire reviendrait en quelque sorte à avaliser des initiatives auxquelles le marxiste que je suis ne désire en rien être mêlé, ni de près ni de loin. Il ne s'agit aucunement de restreindre le droit de grève. Le droit de grève n'est pas uniquement un droit sacré en tant que grande conquête démocratique des travailleurs, il constitue également un élément essentiel pour le fonctionnement harmonieux de tout système économique. Le travailleur individuel ou collectif dispose d'un bien (le facteur travail, si l'on veut !), il est donc libre d'en disposer à sa guise. Sans ce contre-poids à l'arbitraire des possesseurs des autres facteurs de production, l'équilibre tant vanté par les économistes de régime ne serait rien d'autre qu'une escroquerie antidémocratique. (Historiquement, d'ailleurs, dans les pays du continent européen comme dans les pays anglo-saxons, les lois contre le principe d'association des travailleurs (anti-combine laws, en anglais) tombèrent en même temps que les principes partiels de la démocratie libérale classique, par nature sexiste et censitaire. La bourgeoise fit ensuite subir à cette concession le sort qu'elle fait subir à toutes les autres, un patient et long laminage systématique des acquis du prolétariat. Ainsi les hausses de salaire réel accordées de la main gauche sont ensuite reprises de la main droite par le patient travail de taupe de l'inflation ou encore par l' " aménagement " capitaliste de l'entrée des femmes sur le marché du travail de telle manière que les " ménages " moyens dans lesquels deux personnes travaillent aujourd'hui ne gagnent en général que ce qu'une seule personne pouvait gagner à la fin des années cinquante. Une situation qui ne contribue guère en réalité à l'émancipation complète des femmes ni des ménages. De la même manière, en ce qui nous concerne ici, l'Etat bourgeois, doublé d'un Etat directement patron du fait de la nationalisation des entreprises après la Seconde Guerre Mondiale, se trouva confronté à une classe ouvrière et à des fonctionnaires des services publics très combatifs. Il entreprit alors de sauver sa peau d'Etat de classe en revenant de biais au " tripartisme " issu du Traité de Versailles au lendemain de la révolution bolchevique. Ceci mena à la création de l'OIT au sein de laquelle Etat, patronat et syndicat se retrouvent pour tenter de mener de front une " démocratie industrielle capitaliste " visant à domestiquer les syndicats et les travailleurs par des conventions collectives, tout en posant l'Etat comme l'arbitre ultime des conflits au nom des intérêts généraux. Cet exercice périlleux pour l'Etat bourgeois le devient encore plus pour l'Etat-providence, patron de ses propres entreprises publiques fortement syndicalisées. La neutralité ne pouvait être retrouvée qu'en usurpant, pour le compte de l'Etat de classe, les revendications des " usagers " et des " consommateurs ", c'est-à-dire un succédané d'intérêt général qui cherche savamment à faire l'impasse sur le fait que la majorité des usagers et des consommateurs ne sont autres que les travailleurs eux-mêmes. Toute législation sur les " services essentiels " qui se respecte viserait avant toute chose à retirer à l'Etat de classe sa prétention d'agent neutre n'ayant que l'intérêt général à cœur. C'est pourquoi, toute législation concernant un quelconque " service minimum " doit représenter un pas civilisationnel, à savoir la reconnaissance par le capital des droits imprescriptibles du monde du travail. D'abord le droit à la grève sans qu'aucune mesure d'intimidation du patronat ne soit tolérée par la loi. Cette clause doit également s'étendre au droit pour les syndicats de faire campagne auprès des travailleurs non-organisés pour les convaincre d'adhérer à leurs organisations chaque fois que des entreprises ne disposeront pas encore de représentation syndicale légitime. Ensuite, aucun " service minimum " ne devrait restreindre le droit des travailleurs à mener des actions de grève légales mais efficaces en retirant leurs services tant que des accords négociés n'auront pas été signés. En particulier, ceci veut dire que les usagers jouiront d'un certain service mais en dehors des heures de plus grandes intensités (heures de pointe dans les transports publics, par exemple.) Le modèle de comportement à émuler ici est sans doute celui des syndicats des infirmières et infirmiers qui souvent sans législation en la matière assurent de leur propre volition ce qu'elles et ils savent être des services essentiels. Penser autrement reviendrait d'ailleurs à contrevenir à l'esprit et à la lettre des constitutions nationales de tous les pays aujourd'hui membres de l'UE qui reconnaissent le droit de grève comme un droit démocratique fondamental et, par conséquent, comme un droit pouvant être aménagé à la marge mais non enfreint dans son principe même. La légitimité des syndicats en serait fortement accrue face à des gouvernements qui deviennent de plus en plus durs avec une force de travail qu'ils veulent corvéable à merci par souci de " mobilité du facteur travail " (flexibilité et précarité et désormais " contrat d'emploi "). Leur pouvoir de pression sur le capital en serait accru pour toutes les actions soutenues par la base puisque les syndicats resteraient maîtres de la situation en appliquant les tactiques connues comme le " travail du zèle " ou les grèves perlées etc. sans que l'Etat bourgeois puisse se draper de sa neutralité au nom des usagers. Lorsque l'on discute d'une problématique comme celle des "services essentiels ", il est bon de se remémorer qu'elle ne tombe pas du ciel et qu'elle se pose toujours dans des contextes historiques précis qui tiennent de l'avancement des lois sur le travail, des pratiques et de la culture industrielle des régions et des pays concernés et du poids politique des alliances de classe du prolétariat ainsi que de l'évolution du capitalisme. Aujourd'hui les tendances de fond de l'Etat capitaliste, tout occupé à faire reculer les syndicats pour cause de " mobilité " accrue de la force de travail, consistent à faire croire en un processus apaisé qui conjuguerait la " consultation " ou le " dialogue social " avec les pratiques de conciliation, de médiation et d'arbitrage des conflits du travail. " Natura non facit salta " : cependant, la pratique concrète relève d'une toute autre logique de classe, vérifiable dans tous les pays capitalistes avancés (et à l'OIT) depuis près de trois décades, à savoir que cette tentative de pacifier les relations de travail se résume dans les faits à une large prépondérance de l'arbitrage par l'intermédiaire d'arbitres, certes agréés par les syndicats mais souvent, sinon toujours, nommés par les ministères du travail (ce qui revient à liquider de facto le pouvoir de négociation des syndicats en faveur d'une vision technocratique du partage des fruits du travail entre salaires et profits). Encore que la situation s'est tellement dégradée aujourd'hui que l'arbitrage semble désormais un moindre mal face à la méthode de restructuration aux forceps de la force de travail expérimentée par l'AFL-CIO et Chrysler pour sauver cette dernière compagnie de la compétition japonaise (essentiellement en sacrifiant plus de la moitié des travailleurs permanents de la firme avec l'accord de syndicats acceptant, en outre, de fortes réductions salariales). Et que dire des lois de retour au travail impliquant de fortes amendes financières chaque fois que le capital choisi de faire pourrir la situation pour forcer l'Etat, soi-disant neutre, à intervenir dans les conflits par voie législative ? Que la droite passe sa loi si elle le désire, pourvu que la gauche ait conscience des enjeux véritables et qu'elle s'engage dès aujourd'hui à défendre la sacralité du droit de grève (devant la cour constitutionnelle s'il le faut) et à réécrire la loi en la constitutionalisant dans l'éventualité d'un retour au pouvoir. Ceci dit, ce qui reste difficile à déterminer est la liste des secteurs publics pour lesquels une législation sur les " services essentiels " peut être bénéfique pour toutes les parties, sans pour autant saper les négociations. Les services publics rendus par les hôpitaux ne sont clairement pas du même ordre que ceux rendus par le transport en commun urbain ni par la SNCF. Le cas d'EDF est plus compliqué. Il devrait revenir aux syndicats eux-mêmes de dresser cette liste. Les critères décisoires les plus évidents étant la santé publique et la protection des infrastructures qui constituent l'outil de travail - ainsi que la préservation du droit des travailleurs à retirer l'usage patronal de leur force de travail chaque fois que les négociations achopperont. Autrement dit, il ne s'agirait que d'une codification des pratiques syndicales prévalent officieusement aujourd'hui. Toute autre voie serait illégitime et constituerait moins une législation du travail qu'une loi d'expropriation du pouvoir de négociation et de la légitimité des syndicats. Ajoutons que rien de tout cela n'a de sens tant est aussi longtemps que certains leaders d'organisations syndicales, privilégiant leur rapport au pouvoir plutôt que leur devoir de représentation de la base, se croiront autorisés à signer des accords sans l'aval majoritaire de leurs membres, une malencontreuse tendance qui en France, en Italie et partout ailleurs s'amplifie à mesure que l'Etat bourgeois s'acharne à démanteler les acquis syndicaux et sociaux antérieurs et se cherche activement des complices pour légitimer ses politiques régressives. Dans un tel contexte, des syndicats tel la Fiom ont parfaitement raison d'exiger le respect de la démocratie syndicale comme authentique antidote à l'usurpation par l'Etat de la prise en charge des usagers. (voir www.liberazione.it dans le cadre des grèves dans les transports publics depuis décembre 2203 notamment à Milan.) S'ajoute à cela la nécessité d'une loi " anti-briseurs de grève " d'application générale.
Tout système démocratique moderne reste boiteux tant qu'il n'a pas prévu une véritable " démocratie économique et sociale ". Ceci dépasse de loin la vieille démocratie industrielle du système " tripartite " d'inspiration versaillaise. Ce dont il est avant tout question ici, c'est de la constitutionalisation européenne du système de planification indicative et incitative. Le reste suivrait de source avec les modulations normales selon la couleur des gouvernements européens en place. D'abord, l'Europe acquerrait ainsi une capacité à concevoir sa propre " longer view " (pour reprendre le concept de Paul Baran). Les travaux même de cette Commission européenne du plan éloignerait les économistes des inepties trop faciles liées à la spéculation et aux illusions de croissance dues en grande partie aux rotations en circuits sinon fermés du moins très distanciés de l'économie réelle. En effet, les mêmes qui vous vendent les " citrons " nécessaires à une force de travail précarisée magasinant à Wal-Mart, dans le cadre des zones de libre-échange, vous parlent alors de prédominance de l' " économie de services " et même de l' " économie immatérielle " pendant que les multinationales et les gouvernements fédéral, régional et municipaux de leur pays sous-traitent en Asie les tâches ordinaires des bureaucraties publiques ou privées. Ils montrent par-là leur profonde compréhension nietzschéenne de l'évolution de ce que j'ai appelé, contre eux, " l'échelle de la valeur ajoutée " dressée selon les données de l'IAS ou plus précisément encore la " plus value sociale ". Pensons aux sommes faramineuses représentées par les produits dérivés qui ne valent souvent que par l'opacité bancaire qui protège leur montage dont les banques centrales évitent de demander le détail. Malheureusement, cette monnaie de singe vaut son pesant d'or, lorsqu'elle sévit dans l'économie réelle, par les moyens considérables qu'elle fournit à des OPA concernées par le court terme ou, de manière plus évidente encore, lorsque, éclatement des bulles spéculatives aidant, elle s'inscrit concrètement dans les bilans des banques, des fonds mutuels et des entreprises et donc dans l'épargne individuelle et collective des travailleurs et de la communauté en général. Les économistes en titre et les gouvernants néolibéraux n'y veulent voir pourtant que le mirage de la croissance du " PIB ", de la même manière que les boursicoteurs se félicitent de la hausse du ratio P/E. Cependant il devrait être intuitivement clair que les USA, pays qui en 2002 comptait 291 millions d'habitants, ne sauraient gérer leur économie comme Singapour. L'évolution historique en Occident des secteurs primaire, secondaire et tertiaire ne devrait pas porter à illusion les personnes un tant soit peu sensées. La planification bolchevique ainsi que les planifications occidentales en temps de guerre ont fourni à ce sujet une leçon inestimable, particulièrement durant la Seconde Guerre Mondiale qui nécessita la mobilisation de plus de 60 % de la richesse nationale américaine et des ressources des autres pays en guerre contre quelque 10 % seulement dans les pays avancés durant la Première. Il devint alors évident que la priorité donnée aux moyens de production (MP) produisant des moyens de production, cette industrie lourde stalinienne tant décriée par des sots confondant par anachronisme courant l'URSS des années trente et quarante avec les USA des années soixante, était primordiale pour atteindre un maximum d'efficacité en un temps record, du moins tant et aussi longtemps que l'approvisionnement en matières premières suivait sans entrave. Les révolutions dans l'informatique et les télécommunications agissent en partie comme de nouveaux MP participant dans la production de MP dans les trois grands secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Il s'ensuit que toute éviscération de cette relation organique par l'accélération des délocalisations industrielles ne peut qu'affaiblir les économies se développant dans des formations sociales nationales ou supranationales plutôt que dans des enclaves marginales pouvant se spécialiser dans quelques filières intermédiaires d'une importance stratégique dans le commerce international. Bien entendu, la nécessaire et rapide reconversion de l'économie de guerre en une économie partiellement de paix confirma la grande leçon tirée durant la Dépression : en temps normal, l'économie ne peut pas demeurer vibrante et viable sans s'appuyer sur le rôle entraînant des secteurs intermédiaires et donc du renforcement de la demande effective (et de la canalisation de l'épargne interne) qui, en temps de guerre, sont remplacés par la production des armements fiancée en grande partie par l'endettement national. La délocalisation de ces secteurs intermédiaires n'est donc pas d'un meilleur augure que celle du secteur des MP pour la viabilité de l'économie et l'augmentation du standard de vie des citoyens. Bien entendu, malgré ces enseignements fournis par l'histoire, les intérêts égoïstes de classe rendent parfois aveugles. Ainsi, les néolibéraux et les monétaristes les plus attachés à la globalisation capitaliste asymétrique favorisant leurs propres intérêts particuliers continuent de concevoir l'économie selon le paradigme du secteur agricole américain, capable comme chacun sait d'énormes surproductions et produisant donc des profits gigantesques, tout en employant moins de 3 % de la population active. Or, ce paradigme ne vaut rien pour les nations et les citoyens dans leur ensemble pour la simple et bonne raison que, sur ces bases fragiles, aucune politique réelle de redistribution sociale compatible avec une démocratie avancée n'est jamais possible, a fortiori une redistribution axée sur le partage du travail. Il ne peut donc rester que l'alternative du partage de la misère, par la réintroduction de l'esclavage moderne salarié et de la nouvelle domesticité, masqués tous deux pour un temps par les illusions idéologiques d'une quelconque mouture du " revenu annuel minimum garanti " imaginé à dessein par les monétaristes. Bien entendu ce qui vaut pour l'économie américaine vaut immanquablement pour toutes les économies qui imitent son modèle avec, au plus, quelque deux décades de décalage (et beaucoup moins aujourd'hui du fait de la globalisation). Ajoutons que cette relation intime entre secteurs primaire, secondaire et tertiaire crée des contraintes incontournables qui relèvent de la relation entre variables dans tout système reposant sur des variables interdépendantes. Ainsi, l'augmentation de la part du secteur tertiaire au dépend des secteurs primaire et secondaire peut seulement se faire par une précarisation et paupérisation accrues de la force de travail active et des ménages et par une paupérisation tendant vers l'absolu d'un nouveau lumpenprolétariat et d'une nouvelle " cour des miracles ", cette dernière fut-elle chassée par des maires Juliani et leurs polices en périphérie ou dans les boyaux des stations de métro. L'accroissement statistique des emplois bas de gamme, précarisés et du " self-employment ", qui n'est que du précaire et du temps partiel déguisé, était prévisible dès le lancement de la révolution monétariste par Volcker-Reagan. Il se confirme aujourd'hui avec un masochisme élitaire de très mauvais aloi qui exigerait un retour salutaire aux lois de l'économie réelle avant que les limites à l'accumulation du capital laissé à lui-même à l'échelle planétaire ne mène inéluctablement à une nouvelle conflagration gigantesque, ouverte ou larvée (v. Les conséquences socio-économiques de Volcker, Reagan et Cie, ainsi que Tous ensemble, dans ce même site)
Ce retour à l'économie réelle impliquerait pour le moins une considération systématique des industries, des branches et des filières productives. Au niveau européen, cette connaissance en profondeur permettrait à toutes les instances européennes, et notamment à l'Antitrust et au Représentant de l'Europe dans les grandes négociations commerciales internationales, de travailler dans une plus grande transparence. L'implication institutionnelle des syndicats européens se trouverait renforcée et conférerait toute la légitimité nécessaire à l'Europe pour faire prévaloir au niveau européen une conception nouvelle de l'anti-dumping conjuguée avec le plein emploi, du moins dans les filières jugées stratégiques. (Pour les autres, l'ouverture à la compétition internationale se ferait en fonction soit des besoins d'importation de technologies nouvelles, soit en fonction de la possibilité vérifiée des autres filières de résorber les volants de main-d'œuvre ainsi libérés sans sacrifier la qualité des emplois et la qualité de vie des travailleurs.) Il va de soit que dans un tel système les aides et exonérations accordées aux entreprises seraient inscrites d'emblée dans une stratégie industrielle européenne, ce qui militerait pour l'adoption au niveau européen de l'équivalent de la Loi Hue, afin de responsabiliser les acteurs économiques. Pensons ici aux politiques de grands travaux ou encore à l'emploi des fonds structurels.
De la même manière, cette planification permettrait la maximisation de nouveaux instruments économiques européens post-keynésiens qu'il faut inventer ou revitaliser selon une optique nouvelle. Par exemple, le Fonds d'investissement européen contre-cyclique à créer grâce à l'emploi d'une partie des réserves de la BCE. Sa fonction principale serait de permettre aux institutions bancaires et de crédit de soutenir, hors budget, une politique contre-cyclique sans exposer l'Europe à une décote de son " risque pays " ou, si besoin était, d'intervenir elle-même, par exemple en permettant la mise sur pied de grands consortiums européens capables de mener à bon port des opérations de consolidation et de rénovation infrastructurelle par le biais de " swaps dette contre actions " ce qui aurait l'avantage supplémentaire de soulager le budget des Etats et de nous épargner le recours, actuellement en vogue, à une fiscalité aussi régressive qu'aveugle.
A plus long terme on voit bien que la vision découlant du système de planification indicative et incitative permettrait une gestion fine des secteurs et des branches concernées grâce à l'adoption de Seuils Tobin qui viendraient alors compléter le dispositif d'insertion dans l'économie mondiale déjà consolidé (du point de vue des travailleurs et des entreprises véritablement productives) par la nouvelle conception de l'antidumping proposée ici. Dans Tous ensemble j'avais illustré ce que pourrait être un système " quadripartite " axé sur des Fonds Ouvriers et sur les Seuils Tobin. Dans la mesure où les Fonds Ouvriers seraient largement contrôlés par les travailleurs et recevraient le mandat d'appuyer les entreprises nationales ou simplement présentes sur le territoire, on voit d'emblée le rôle positif qu'ils pourraient jouer dans la mise en place d'un système de régulation économique fondé sur le partage du travail.
Cohésion économique et Europe sociale.
Philosophie générale : L'Europe sociale comme nécessaire médiation régionale.
Durant l'étape actuelle de la construction de l'Europe, avec ou sans constitutionalisation d'ensemble, la priorité consiste à parachever ce que la mise en place de l'euro avait initié, soit la coordination des principales politiques économiques, compte tenu du fait que les textes juridiques concernant l'euro et sa gestion interdisent dans les faits à l'Europe la suicidaire confusion entretenue aux USA entre politique monétaire proprement dite et politiques économiques et fiscales. Rappelons que la première a trait à la gestion des agrégats monétaires en tenant compte de l'inflation, de la désinflation ou encore de la déflation selon le cas et, partiellement du moins, du taux de change de l'euro ; les deuxièmes relèvent, pour leur part, de la forme de régulation économique et sociale retenue.
Pour l'heure, cette cohésion repose sur les critères de Maastricht et sur un Pacte de stabilité et de croissance mis à mal par un néolibéralisme qui contamine aujourd'hui tant les gouvernements de droite (France, Italie etc) que soi-disant de gauche comme l'actuel gouvernement allemand. Or la question de fond dépasse de loin celle du respect ou non des engagements antérieurs et du pouvoir juridique d'une instance (la Commission) sur l'autre (le Conseil via l'Ecofin). En réalité, ce qui est en cause est tout simplement la nature démocratique ou nietzschéenne de l'Europe. Cette Europe sera-t-elle une instance supranationale bourgeoise et strictement censitaire, ou bien une recomposition régionale nécessaire de la démocratie européenne compte tenu des évolutions de l'économie mondiale ? En bref, la réalisation de l'Europe du capital ou de l'Europe sociale. La raison est simple quoique terriblement occultée du fait de l'inanité de la " science " économique enseignée de nos jours dans les universités ; compte tenu aussi des présupposés de classe imprégnant toutes les instances décisionnelles, reliées de près ou de loin à l'Union européenne, tels les bureaucraties et instituts de recherches européens ou nationaux, ou encore l'OCDE et le FMI. Car, à part certains économistes patentés, confondant naturellement objectivité scientifique avec nécessité de préserver leur réputation sinon leur standing académique et social, personne n'ignore que toutes les variantes d'une " flat-tax " ne sauraient être que des prescriptions dignes d'une science économique voodoo, à moins d'exiger publiquement des coupures symétriques dans les dépenses de l'Etat. Personne n'ignore que cette exigence néolibérale implique le démantèlement complet de l'Etat social et même de l'Etat smithien classique. Car ce dernier prévoyait comme allant de soi l'intervention naturelle de l'Etat pour assurer les tâches que le capital privé ne pouvait pas assurer seul (défense, sécurité) et, par implication, pour établir les conditions infrastructurelles (urbanisme, hygiène public, transport etc.) nécessaires à l'épanouissement du capital dont les formes dominantes, à l'époque d'A. Smith, étaient le capital marchand et le capital industriel émergent. Or, cet aspect pré-keynésien du libéralisme classique est aujourd'hui liquidé par le néolibéralisme ambiant qui ne retient plus que le financement et la coordination par l'Etat de la défense (dont certaines tâches majeures pourraient, selon Rumsfeld et al., être dévolues au privé dans un avenir proche) et l'accroissement des appareils de répression destinés à garantir le caractère social de la production conjugué avec le caractère strictement privé de l'accumulation capitaliste.
Parler de " nietzschéisme " pour caractériser ce " retour ascendant " vers une redistribution inégalitaire et barbare des revenus et des richesses n'est pas un vain mot ni un slogan exalté, mais bien une description objective et lucide. Ce " retour " volontariste à l'inégalité intrinsèque entre les classes n'est pas tombé soudainement du ciel : il a comme antécédents immédiats, notamment au sein du Pentagone au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et de la reprise de la guerre froide, d'études secrètes très officielles (attestées sur l'honneur par Galbraith). Ces documents alimentèrent ensuite les études privées annonçant la " révolution technétronique " et les " futur chocs ". Avec la chute du modèle rival que constituait l'URSS, la philosophie capitaliste nietzschéenne des documents originaux acquis un nouveau souffle. Les élites bourgeoises ont donc conclu depuis belle lurette que l'accroissement incessant et systémique de la productivité du capital et du travail, par l'approfondissement de la composition organique du capital, libérerait des masses croissantes de force de travail posant ainsi inéluctablement un choix douloureux au mode de production capitaliste. Soit l'acceptation de son dépassement progressif en partageant travail et richesses produites tout en maintenant une éthique et une culture " démocratiques " fondées sur le travail individuel des citoyens et, partiellement donc, sur la propriété individuelle liée à ce travail. Soit le choix de la perpétuation des inégalités de classe nécessairement alors portées à leur paroxysme par l'accroissement simultané de la productivité et du chômage structurel et requérant, par conséquent, l'institutionnalisation de mesures permanentes de répression des classes dangereuses (ce qui se vérifie aujourd'hui par l'impact liberticide du Patriot Act américain et de la substitution partout d'une pseudo-sécurité armée à la primauté des droits fondamentaux des citoyens au nom d'une menace " terroriste " mal définie sinon créée de toute pièce pour les besoins de la cause). Un mot s'impose sur la première alternative. Sans refaire tout Beaumarchais, soulignons que la société bourgeoise s'est imposée contre la féodalité en soulignant la légitimité des fruits du travail contre l'héritage des privilèges et des richesses. Hamilton ou le Directoire eurent vite raison de Paine, de Jefferson ou encore de Babeuf et de Robespierre, cependant le bourgeois, cet entrepreneur souvent accroché aux fourgons de l'armée ou à ses pantalons garance, garde toujours la conscience aiguë d'être un " self made man ". L'initiative individuelle du propriétaire, du manager ou du travailleur serait foncièrement identique du point de vue " qualitatif " quoique fort différente du point de vue " quantitatif " du fait du " mérite " de chacun. Cette égalité formelle est savamment présentée comme telle pour des raisons de légitimation des prétentions universalistes familières à toute classe dominante. Cela risque d'être le cas pendant encore longtemps ce qui impose un rééquilibrage que seul l'Etat peut opérer. Le monde du capitalisme reste un monde à l'envers : les illusions au sujet du " salaire " en tant que propriété individuelle proviennent du fait que le " salaire capitaliste " reste individuel malgré les formes adoptées par la redistribution sociales liée à la mise en place des filets sociaux et donc à la plus value sociale. Elles proviennent, en outre, de la relève " managériale " qui, au tournant des " années folles ", permit au capitalisme moderne de masquer l'indécence des profits de " propriétaires " des moyens de production souvent absents derrière les " salaires " des mangers, une distinction aujourd'hui singulièrement mise à mal par le capitalisme financier spéculatif soutenu par les " holdings " privées cultivant l'opacité comme une arme contre les concurrents et contre leurs propres actionnaires.
Pour l'heure, la bourgeoisie occidentale cédant aux illusions du " schumpeterisme à l'envers ", croit pouvoir absorber les franges croissantes de chômage par la double destruction " créative " (de son point de vue de classe) de la propriété publique et des emplois permanents et syndiqués qu'elle implique. Les chômeurs sont dès lors voués aux jobines (précarité et temps-partiel) par l'entremise du " workfare " ou à l'enfermement dans des institutions pénales ou para-pénales en passe d'être, elles-aussi, privatisées. Les élites européennes actuelles semblent penser également que ce " schumpeterisme à l'envers " leur permettra de remplacer les monopoles économiques nationaux en vigueur dans leur pays respectif par des entreprises privées européennes. Celles-ci seraient restructurées au niveau régional européen dans l'espoir d'accroître leur poids dans l'économie mondiale. Mais elles n'en demeureraient pas moins ouvertes au capital étranger du fait du " Big Bang " boursier reposant sur l'ouverture des marchés et le décloisonnement des instituions financières, ce qui, tout ou tard, les forcera à devoir faire leurs comptes avec les grands fonds mutuels anglo-saxons.
L'Europe applique donc aujourd'hui les recettes néolibérales concoctées aux USA, sous Volcker-Reagan et poursuivies aujourd'hui par G.W. Bush, avec la ferveur du converti philo-sémite nietzschéen, mais avec quelques décades de retard alors même que les contradictions de ce choix contre-nature accroissent tous les problèmes et les déséquilibres externes et domestiques désormais coutumiers aux Américains. En désespoir de cause, l'Europe s'efforce de croire en la vertu des PME qui seraient devenues les principales créatrices d'emploi, tout en sachant qu'en moyenne 70 % de celles-ci ne survivent pas au-delà de trois ans et que, pour le reste, elles ne sont qu'une excroissance instable des politiques de sous-traitance des grandes entreprises publiques ou des entités gouvernementales sabordées par une soi-disant déréglementation et la privatisation, accélérées encore par la décentralisation/déconcentration. De fait, l'actuelle " croissance économique ", allant de pair avec la désindustrialisation et la délocalisation des entreprises américaines ainsi qu'avec l'incapacité structurelle de créer de l'emploi véritable, démontre, sans l'ombre d'un doute, qu'en l'absence d'une Nouvelle Donne en matière de redistribution des pouvoirs et des richesses le capitalisme spéculatif et débridé actuel est redevenu son propre pire ennemi (les syndicats rappelait justement Galbraith, à la suite des New Dealers les plus avancés, constituent des " contre-poids " précieux en vue de discipliner le capitalisme). De nouveau, le capitalisme moderne, dont les USA constituent la pointe avancée, se heurte de plein fouet à sa contradiction intime indépassable sans changement de mode de production ou du moins sans une nouvelle régulation économique appropriée, à savoir la surproduction allant de pair avec la sous-consommation érigée en fatalité systémique par les chantres néolibéraux payant leur propre emploi et leur réputation par un surplus de servilité volontaire. (Le mirage de la Nouvelle Economie fit illusion de par la massification de nouveaux secteurs intermédiaires qui remplacèrent ou se greffèrent en partie sur les anciens. Aujourd'hui cet effet ne joue quasiment plus mais se double de l'émergence qualitative des concurrents asiatiques. L'accroissement net de la massification future de nouveaux secteurs liés, par exemple, au développement des nanotechnologies sera sans doute inférieur à celui qui suivit la massification des produits issus de la révolution informatique et des télécommunications.)
En bref donc, la politique actuelle des élites européennes, qui parient sur la privatisation et la déréglementation pour restructurer leurs appareils productifs au niveau européen et ainsi relever de nouveau le " défi américain " et mondial, semble dérisoirement suicidaire à plus d'un titre : économiquement, il n'est pas sûr que cette privatisation se fasse au profit des Européens du fait de l'aval donné par ces élites européennes au libre-échange à tous crins voulu par les USA, y compris en matière de produits agricoles et de biens et de services. Ce qui est sûr, c'est que les néolibéraux sont en train de forger de toute pièce une " crise fiscale de l'Etat " véritable en charcutant les revenus des impôts directs de l'Etat social moderne, tant l'impôt sur le revenu, impossible à payer par des travailleurs précaires réduits, au mieux, au strict minimum, que l'impôt sur les revenus du capital et sur les successions. De plus, les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'accroissement du chômage structurel mal résorbé par un " workfare " à la sauce européenne, naturellement voué à flexibiliser la force de travail, provoquera des replis identitaires diamétralement opposés à une poursuite harmonieuse de la construction européenne. (La capacité d'un Le Pen à canaliser une partie du vote anciennement " ouvrier " ne constitue à ce sujet que la pointe de l'iceberg. Or, variant entre dix et vingt pour cent, ou davantage selon le mode de scrutin, les Le Pen se déclinent déjà dans toutes les variantes des pays membres, de sorte que les Amis de la bière constituent presque une pause démocratique dans la grisaille de la représentativité ambiante.) Les socio-démocrates et les philo-sionistes parmi eux portent à ce sujet une responsabilité qui n'a d'égale que la timidité manifestée par leurs prédécesseurs envers les gouvernements d' " union nationale " (ces " pactes républicains " égalitaires sous une autre forme) destinés à faire barrages à la montée du fascisme.
On comprend dès lors ce que peuvent avoir de pathétique cécité les politiques visant à imputer au respect des critères de Maastricht et du Pacte de stabilité ce qui relèvent directement des choix en matière de fiscalité et de redistribution des revenus et des richesses. Bien entendu, les économistes patentés ainsi que les journalistes " réfléchissant " sur la base de leurs magistrales vulgarisations médiatiques auront beau jeu de signaler la croissance continue, bon an mal an, du PIB, sans se soucier jamais du paradoxe voulant que malgré un PIB (nominal) en hausse, la redistribution sociale devienne néanmoins de plus en plus inégalitaire et, de ce fait, accroisse davantage la crise structurelle du capitalisme, qui oppose intimement surproduction et sous-consommation chroniques, sans que cette contradiction puisse être levée par une fuite en avant au niveau mondial. Loin de lever durablement cette contradiction, la globalisation en cours à le potentiel d'en décupler les effets néfastes. De plus, contrairement à ce que l'on voudrait laisser croire, l'action globale des multinationales ne permet ni de penser ni d'agir efficacement au niveau local, dont les agents se retrouvent de fait aussi atomisés que les chandalas décrits par Nietzsche et souhaités par les pseudos élites occidentales d'aujourd'hui - directes " héritières ", comme on sait, de l'humanisme et de la démocratie comme d'autres héritent d'une fortune familiale qu'ils n'ont pas contribuée à établir! Les avantages marshalliens liés aux économies provenant de la localisation peuvent éventuellement soutenir un nouvel artisanat mais il est douteux qu'on puisse fonder sur lui une politique industrielle et moins encore une politique de plein emploi !
En résumé, disons que dans tout système composé d'un ensemble de variables interdépendantes entre elles mais asymétriques, le niveau d'équilibre sera atteint selon l'importance politique assignée à une ou à quelques variables particulières (compte tenu que le salariat capitaliste est la première relation politique au sein du MPC). Ceci est d'autant plus vrai que les idéologues et les victimes du régime continuent de croire, malgré toute vraisemblance, en une parfaite concurrence entre " facteurs de production ". En l'absence d'une rationalisation et d'une efficacité minimum dans la gestion des entreprises (production) et du gouvernement (reproduction et commerce extérieur) il sera alors toujours aisé et dérisoire, sinon criminel, de prétendre que le niveau d'équilibre optimum n'est pas atteint du fait des contraintes dues au manque de flexibilité du " facteur travail " (" facteur " bien entendu " désincarné " et qui, de surcroît, selon son degré de syndicalisation, exhibe une fâcheuse tendance à être " nominalement rigide à la baisse "). Les filets sociaux de l'Etat-providence établis comme autant de droits et de conquêtes ouvrières constituent les obstacles par excellence à cette flexibilisation. Or, la chute du Bloc de l'Est ( " socialisme réel ") rend désormais politiquement pensable leur total démantèlement. Que des fractions de plus en plus larges de la population tombent dans la misère cela est aujourd'hui souhaitable pour la bourgeoisie parce qu'elle y voit la cure contre la " paresse " inhérente aux classes dangereuses, c'est-à-dire au travail aliéné. Elle y voit aussi le " partage de la misère " par le temps partiel et la précarisation en lieu et place d'un authentique " partage du travail ", par la réduction de sa durée sans perte de revenus, jugé par nature " socialiste " et collectiviste. Cette tiers-mondialisation au sein des pays développés est recherchée comme une fin en soi : après tout, le Mexique, qui fait aujourd'hui partie de l'Amérique du Nord du fait de l'Alena, démontre à l'envie comment les profits du capital compradore et des multinationales peuvent être accrus tout en conservant un volant de chômage et de sous-emploi de quelque 50 % et plus de la population active. Pour conserver cet équilibre savant, il suffit d'avoir le courage de sacrifier en temps et lieu les capitalistes les plus faibles, la répression des travailleurs, voire leur massacre, faisant naturellement partie des us et coutumes célébrés comme des modèles de conduite démocratique et, comme tels, puissamment flanqués par le Southern Command et les autres services occidentaux ! Que cette tiers-mondialisation se heurte à un seuil physiologique annonçant la ruine de la force de travail après deux ans en moyenne d'inactivité, voilà une autre grande leçon du New Deal vite oubliée puisque cet oubli justifie le remplacement de l'assurance-chômage par des instances caritatives assorties de leurs bas clergés et de leur soupe populaire, condition sine qua non pour que les " pitres " se prêtant à ce jeu de la distribution de l'opium social puissent asseoir leur légitimité de dames patronnesses bien cotées au temple. Qu'on prenne bien garde à gauche : la régression philo-sémite nietzschéenne est bien conçue comme le seul moyen de résoudre la contradiction capitaliste opposant surproduction et sous-consommation tout en oeuvrant sur les conditions d'existence (de survie) matérielles et idéologiques du prolétariat. La flexibilisation du travail contient bien en elle l'équilibre toujours rétabli des variables capitalistes selon une redistribution des richesses sociales toujours plus inégalitaires et faisant sans cesse reculer le seuil physiologique du commun des mortels dès lors que les plus vénaux se sentent réinvestis d'un devenir spécifique de " post-humanité ". Le temple des flux d'information autorisés se chargera pour sa part de supprimer la conscience de classe du prolétariat qui demeure le seul obstacle concret à cette descente en enfer forcée du prolétariat et de la civilisation humaine, revue et corrigée par des grands et bas clergés autoproclamés, et, bien entendu, se réclamant d'un droit divin rétabli dans sa suzeraineté de caste.
Qui ne voit pas que la création de l'Europe, comme bloc économique de plus en plus cohérent, comme " marché commun " d'abord, comme " union monétaire " ensuite, enfin comme " union politique ", n'a de sens que dans la tentative supranationale de recomposer l'Etat social à un plus haut niveau afin de conserver aux grandes et petites nations européennes et à leurs citoyens leur statut confortable dans l'insertion au sein de l'économie mondiale capitaliste ? Que les Pères de l'intégration européenne (Jean Monnet, Robert Schuman etc.) et, avant eux, ceux de l'intégration fonctionnaliste (tel Mitrany) aient unanimement pensé que l'intégration économique devait précéder l'intégration politique, relève de leur appréciation des catastrophes humaines causées par la guerre moderne toujours capable d'étendre sa destructrice fureur industrielle à l'échelle planétaire mais ne change rien à l'évaluation qu'ils faisaient des fins ultimes de ce processus graduel. La gauche, en particulier la gauche marxiste ayant nourrit la pensée antimilitariste au nom de l'internationalisme prolétarien, n'a rien à reprocher à ce cheminement sinon son aspect de classe qui le rend partiel et souvent contradictoire et aberrant. (On ne peut sérieusement parler d'indépendance économique et politique de l'Europe tout en concevant l'Otan comme une organisation impériale au lieu d'y voir une organisation régionale des Nations Unies devant répondre aux exigences de sa propre Charte ainsi qu'aux exigences de la Charte de l'ONU. Ni laisser à cette organisation régionale le premier et dernier mot sur la structure et le contrôle du complexe militaro-industriel européen et sur ses retombées économiques civiles, notamment en matière de financement de la recherche et de subventions aux entreprises qui échappent aux règles de l'OMC pour cause de " sécurité nationale ".)
Cette Europe sociale, de part son héritage culturel propre, devrait savoir d'instinct que le " facteur travail " est une catégorie logique dont la valeur ne peut pas être décidée uniquement par le Patronat et par un Etat de classe. Cette Europe sociale devrait également savoir d'instinct que ni le commerce extérieur ni aucune autre contrainte extérieure ne saurait être conçu comme une variable indépendante du niveau de vie de l'ensemble des travailleurs. La gestion du commerce mondial pourrait tout à la fois concilier une ouverture négociée des marchés visant à conjuguer les avantages comparatifs naturels ou acquis de chacun avec le plein emploi : " il suffirait " littéralement de remplacer le destructeur Amendement Byrd américain actuellement en vigueur par une nouvelle conception de l'anti-dumping, à inscrire à l'OMC, conciliant productivité du capital et productivité sociale, c'est-à-dire plein emploi selon les secteurs, les industries et les filières que chaque Etat jugerait bon de préserver. Ce n'est en effet pas la " société ouverte mondiale " qui est en cause en tant que telle, mais plutôt la forme de classe qu'on désire lui impartir. Au demeurant, avec un PIB national (du moins pour les pays développés de l'OCDE) et mondial toujours en hausse, il est clair que l'appauvrissement de couches de plus en plus larges de travailleurs ne représente aucunement le résultat d'une fatalité liée à de quelconques " lois économiques " mais bien plutôt le résultat de choix politiques délibérés de la part du Patronat et de l'Etat bourgeois.
L'argument de la compétitivité est tout aussi replet de stérilité intellectuelle et représente littéralement un non-sens : contrairement à ce que prêchent les porte-parole de la bourgeoisie, la compétitivité des secteurs économiques ou des nations dans leur ensemble ne dépend pas, en soi, de l'ouverture à la concurrence mondiale. Les secteurs agricoles et agroalimentaires américains ou européens en témoignent assez. La compétitivité en soi n'est autre que la productivité liée à la composition organique du capital. Elle exhibe un double caractère quantitatif et qualitatif qui dépend de la satisfaction des consommateurs et du nombre d'unités d'un bien ou service quelconque produit durant un laps de temps donné selon les conditions individuelles (procès de production immédiate) et sociales (organisation de la productivité sociale et gestion des paramètres définissant la structure des prix). En d'autres termes, la compétitivité des nations ou des blocs économiques dépend strictement des possibilités techniques (qui n'existent sur demande dans aucun mode de production ainsi que l'a montré Lénine), de la volonté politique et des formes de comptabilité adoptées. L'exposition aux compétiteurs étrangers peut évidemment apporter une contribution positive en matière d'avances techniques ou de savoir-faire mais, trop souvent, au prix d'une perte de contrôle domestique qui se traduit ensuite par l'expatriation des profits et l'endettement corrélatif des formations sociales concernées. Et, bien entendu, par l'assujettissement du " facteur travail " à cette compétition économique dépourvue de toute finalité sociale autre que l'accroissement des profits privés, en espérant de la sorte, ainsi que l'avait déclaré Galbraith par pure dérision, qu'on parviendrait " à nourrir les passereaux en nourrissant d'abord les chevaux " (trickle down effet.) Ainsi que je l'ai montré dans le chapitre portant sur le " socialisme cubain " dans mon Pour Marx, contre le nihilisme, (disponible gratuitement à la section Livres sur ce même cite) le mode de production socialiste (ou même l'époque capitaliste correspondant au keynésien avancé) est pour sa part capable de concilier accroissement systématique de la productivité individuelle et nationale (ou régionale) sans sacrifier l'emploi (voire, en acceptant momentanément des volants de suremploi), tout en négociant internationalement le degré d'exposition/compétition sectoriellement nécessaire à une croissance continue du niveau de vie des travailleurs et de l'ensemble de la société. Les dotations naturelles des pays interdisent en effet toute autarchie. Le partage de la plus value individuelle s'en trouvera évidemment affectée, cependant dans une formation sociale bien dirigée et planifiée démocratiquement et avec bon sens, toute diminution de la part relative revenant individuellement au possesseur des moyens de production (capitaliste, coopérative ou Etat) serait plus que compensée par le soutien et le développement de la productivité collective (la plus value sociale : ainsi, on observe aisément que les USA dépensent près de 15 à 16 % de leur PIB pour un mauvais système de santé alors que l'Europe pourvoit au maintien et à la reproduction d'une force de travail active et inactive saine en dépensant seulement près de 9 % de son PIB.) En dernière instance donc, la compétitivité relève de formations sociales peuplées par des hommes qui sont aussi des citoyens et non par des facteurs de production ou d'autres Golem, corvéables à merci. Entre êtres humains, entre citoyens, il est toujours possible de concevoir la compatibilité entre intérêts individuels et intérêt général au sein d'un contrat social librement et consciemment adapté aux circonstances historiques. Entre " facteurs de production " ne peut jamais prévaloir que des pseudo lois naturelles oeuvrant sur la base d'une hiérarchie déshumanisante, savamment dissimulée en coulisse, mais qui n'en colore pas moins toutes les règles du jeu.
C'est pourquoi on doit clairement poser la question suivante: à quoi servirait de faire l'Europe si l'ensemble des variables déterminantes du capitalisme est unilatéralement globalisé, sans médiation régionale possible, au seul profit du Capital? La Commission et le Conseil européen peuvent bien se concevoir comme des instances supranationales destinées à imposer la globalisation aux peuples européens au-delà de tout contrôle et de toute sanction démocratique mais ce n'est évidement pas là leur mandat ni leur rôle. Par ailleurs, l'exemple des pays européens les plus socialement avancés démontre sans l'ombre d'un doute que la compétitivité de la force de travail est d'autant plus grande que les éléments nécessaires à sa reproduction (éducation, santé, assurance chômage et retraite, logement, transport etc.) sont d'autant plus socialisés. La France de M. Jospin a également fait la preuve irréfutable que l'accroissement de l'assiette fiscale de l'Etat et le rendement des impôts sont bien plus compatible avec une régulation économique par le biais du " partage du travail " que par l'administration des médecines chevalines fiscales prescrites par le néolibéralisme. C'est ce qui explique sans aucun doute pourquoi le capitalisme américain cherche par tous les moyens à détruire préventivement l'Etat social partout sur la planète car il est fondamentalement incapable de conserver le statut privilégié qu'il avait au sortir de la Seconde Guerre Mondiale lorsqu'il concentrait plus d'un tiers des richesses mondiales, la plus grande partie des réserves en or de la planète et une structure industrielle sortie indemne des affrontements armés : pour l'heure, le capitalisme américain ne semble plus avoir le ressort moral et le courage politique nécessaires pour lever les obstacles à l'accumulation du capital par une plus grande redistribution interne des richesses (après tout, la consommation des ménages représente plus de 70 % de la demande effective des sociétés avancées). L'hystérie anticommuniste a laminé chez lui le ressort du New Deal rooseveltien et se trouve aujourd'hui amplifiée et relayée par un impérialisme brutal de nature ouvertement philo-sémite nietzschéenne. L'Europe ne saurait emprunter cette voie sans trahir son histoire. C'est pourquoi, désormais, à ce " retour " programmé de la barbarie doit répondre la détermination et la force implacable de la résistance du prolétariat, de nouveau conscient de ses propres revendications de classe.
Paramètres économiques généraux
Après ce rapide tour d'horizon de la philosophie et des tendances économiques générales qui influent nécessairement sur le type de construction et de constitution européenne retenu, il convient de rappeler certains paramètres économiques généraux déjà largement acquis. Il s'agit bien évidemment des caractéristiques et règlements qui contribuent à faire de l'Union européenne un " marché commun ", préalable à toute autre forme d'intégration de nature constitutionnelle ou infra-constitutionnelle. C'est un hommage de la réalité politique et économique rendu aux concepteurs de l'intégration européenne que de constater aujourd'hui que ces paramètres échappent largement à la conscience politique puisqu'ils sont devenus des conditions infra-structurelles de l'opération quotidienne de cette intégration au sein de l'UE. Cependant, il convient à présent d'avoir des idées très claires à ce chapitre pour être en mesure d'imaginer les nouveaux paramètres de ce type qu'impose la réalité actuelle ainsi que le type d'intégration européenne désirée. Nul ne peut plus se cantonner dans la posture d'impuissance révélée par le rappel outré ou sympathisant du poids des directives européennes (supranationales et donc teintées d'anti-démocratie aiguë) sur plus de 80 % des lois nationales des pays membres.
Qu'est-ce qui dépend encore, à l'heure actuelle, des paramètres nécessaires au maintien du " marché commun " mais pas nécessairement au développement ultérieur d'un marché commun unilatéralement capitaliste, dans l'acception néolibérale censitaire du terme ? De la même façon, quels seraient les nouveaux paramètres qui devraient aujourd'hui faire partie de ce socle commun, gérant en silence la circulation des biens et des services au sein de l'UE, afin que l'Europe ne devienne pas une simple auberge espagnole du néolibéralisme européen et global ? En termes plus crus, quelle serait la " Partie 3 " du projet constitutionnel européen qui serait légitime et mutuellement bénéfique ?
Malheureusement, poser la question ne revient pas à y répondre entièrement. Néanmoins il suffirait de rappeler l'attachement de tous les citoyens européens non seulement aux " services publics " mais surtout " aux services publics rendus par des entreprises publiques " pour pointer du doigt l'erreur idéologique principale qui détermina la rédaction de cette " troisième partie " quasi-occulte et qui motiva sa publication subreptice (ainsi que le firent remarquer les députés européens du PCF.) Or, qui ne voit pas qu'en respectant ce principe et cet attachement, l'UE ne restreindrait en rien la circulation des biens et des services en son sein mais qu'au contraire elle la favoriserait en soutenant parallèlement de la sorte l'emploi direct et indirect relié à ces entreprises publiques (donc la consommation interne et l'opération interne des multiplicateurs économiques) ? Il est clair que le démantèlement des entreprises publiques et, avec elles, de la structure des prix reposant sur une rentabilité non-spéculative et à long terme, ne répond pas à des impératifs reliés au maintien ni au développement du " marché commun " européen, mais plutôt à la volonté de bradage des richesses collectives par des bourgeoisies nationales férues de " schumpeterisme à l'envers " qui trouvent là un moyen facile, mais forcément limité, de lever les obstacles à l'accumulation que le capital rencontre partout dans le monde et, en premier lieu, dans le monde occidental avancé. Les conquêtes économiques et sociales représentées par ces entreprises publiques sont donc sacrifiées au capital mondial et cette privatisation et cette déréglementation aux forceps sont ensuite vendues à tort comme le seul moyen de développer encore la force de frappe du " capitalisme européen ". Un capitalisme qui, par nature, comme tout autre capitalisme, n'a que faire des travailleurs " européens " dès lors que leur force de travail n'est plus jugée compétitive sur le marché de court terme mondial (américain et anglo-saxon) imposé à l'UE comme nécessaire à la poursuite de son intégration.
Tout " marché commun européen " digne du nom devrait aller de pair avec une structure des prix stable parce que transparente et abstraite d'un court terme uniquement spéculatif. Notons que la restructuration des entreprises publiques nationales européennes, qui doit impérativement suivre les évolutions qualitatives de l'intégration européenne afin de permettre à l'Europe de conserver et d'améliorer son rang au sein de l'économie mondiale, n'implique nullement leur démantèlement sous prétexte de lutte néolibérale faite aux " monopoles " d'Etat. (En réalité, toutes les privatisations et dérégulations menées à date - électricité, à l'exemple de la Californie, transport aérien, eaux, ports maritimes comme en Italie etc. - démontrent que l'objectif véritable consiste à transférer des richesses collectives, gérées productivement pour le bien de l'ensemble de la société, en richesses privées reconstituant en fin de course des monopoles ou des oligopoles privés. Malheureusement ces derniers ne répondent plus à l'intérêt commun qu'en soudoyant encore les finances publiques après que les Etats néolibéraux se soient mis intentionnellement en position d'infériorité pour négocier avec eux cet intérêt commun, par exemple sous forme de tarification ou de plafonnements (caps) etc.
En réalité, ce dont il devrait proprement s'agir pour l'UE et pour ses citoyens, ce ne sont pas la privatisation et la dérégulation des " monopoles d'Etat " mais plutôt le passage à des " monopoles ou des oligopoles européens, publics et supranationaux ", capables donc de répondre au besoin du marché commun tout en rivalisant avantageusement au niveau international avec leurs concurrents publics ou privés, sans pour autant léser les pays membres du fait de cette restructuration supranationale européenne. Malgré les privatisations déjà subies par certains pays membres, il devrait être possible de constituer ces pôles publics européens équitablement : simplement, nous aurions une logique institutionnelle favorisant la fusion des monopoles existants selon leurs compétences, chaque nation demeurant actionnaire public de ses propres parts dans l'entreprise européenne conjointe fonctionnant désormais comme un tout. Les entreprises déjà privatisées des pays membres qui le désireraient (par voie législative) entreraient dans ce dispositif selon la logique des joint-ventures mais accepteraient, de fait, de se soumettre à la structure des prix déterminée par les institutions européennes ainsi qu'au type de management inhérent aux entreprises publiques (notamment pour les comptes annuels qu'elles doivent rendre aux commissions parlementaires chargées de leur contrôle.) A terme, les Etats pourraient légalement envisager le rachat de ces entreprises privées participantes, selon diverses modalités allant de la nationalisation classique à l'échange " dette contre actions " envisagé dans ma théorie post-keynésienne des Swaps. (voir Tous ensemble). Ce type de collaboration serait également la norme au plan mondial, en tout cas pour ce qui concernerait l'UE et, n'en doutons pas un seul instant, de très nombreux pays de la planète, du Japon au Brésil, de l'Inde à la Chine, bref, tous les pays du globe qui reconnaissent l'importance primordiale du commerce international pour autant qu'il s'agisse d'un commerce équitable et donc librement consenti et négocié, plutôt que d'un commerce bêtement " libéré " de ses " carcans sociaux " au profit de multinationales oeuvrant sans cesse davantage pour un néo-féodalisme corporatif post-national mais idéologiquement impérialiste. Car un tel système est fatalement forcé de s'appuyer, en cas de danger, sur l'Etat de classe minimum de type américain, tout en espérant pouvoir s'appuyer dans l'avenir sur les nouveaux bas-clergés rattachés au temple illégitime mais reconstruit de Salomon dans la nouvelle Jérusalem croisée.
Ajoutons pour le bénéfice des plus crédules d'entre nous que la privatisation n'est aucunement gage de créativité et d'innovation. En réalité Barnett et Muller (Global Reach) avaient jadis magistralement démontré l'extrême application des multinationales à contrer toute innovation pouvant mettre en danger leurs parts de marché et leurs économies d'échelle, soit en cooptant leurs compétiteurs, soit en achetant leurs brevets afin de les retirer préventivement de la circulation. Rappelons aussi que sans les entreprises publiques (et surtout les ministères de la défense à cause de leurs politiques d'achat et leur structuration sur le long terme selon des besoins collectifs évidents), ni le TGV ni Internet (ni, à plus forte raison, le Web), ni les centrales nucléaires, ni les agences spatiales et leurs retombées civiles etc. etc. n'auraient vu le jour, du moins aussi rapidement. En général, tout ce qui dépend d'une recherche pure et de longue haleine, alimentant ensuite une recherche appliquée vouée à des intérêts communs urgents ou, paradoxalement, à des intérêts humains fondamentaux d'une urgence relative à un moment donné, mais porteurs d'innovations inattendues le moment venu, ne serait possible sans la latitude disciplinée offerte par le secteur public et ses relations avec la recherche publique et l'éducation nationale. (De ce point de vue, les pays membres de l'UE qui pensent pouvoir viser une quelconque " Europe puissance " en sacrifiant chercheurs, laboratoires et instituts de recherche font fausse route : la " science ", revue et corrigée par Nietzsche et ses disciplines actuels, tous très " éveillés ", n'est porteuse d'aucune promesse pour l'Europe, sinon celle de son asservissement définitif vis-à vis des Instituts tolérés par de Grands Inquisiteurs auto-proclamés qui, dans leur hallucination " post-humanité ", rêvent de replonger leurs concurrents et l'humanité entière dans un " bain d'ignorance " orwellien, voire de les " renvoyer à l'âge de pierre " par l'utilisation massive et illégale de " bombes intelligentes .")
Ceci rappelé, il convient encore de poser brutalement la question suivante : puisque la privatisation et la déréglementation n'ont qu'un rapport objectif très lointain avec le maintien et la consolidation du " marché commun " européen, quels seraient les nouveaux paramètres qui devraient s'imposer à l'heure actuelle ? La réponse devrait être motivée par les exigences conjoncturelles mais surtout par la conception que l'on se fait du socle commun qu'est ce " marché commun " généralement accepté et nécessaire à la cohésion systémique d'ensemble ainsi qu'aux avancées futures, permanentes ou ponctuelles, de l'intégration européenne selon la logique impliquée par les équilibres constitutionnels décrits ci-dessus. Outre la circulation des biens et des services et, plus encore, la libre circulation des facteurs de production, dont la main-d'œuvre, qui exige souvent un traitement et des accords spécifiques, l'attention doit porter sur certaines normes essentielles à la cohésion de l'ensemble économique et à la préservation de sa compétitivité vis-à-vis de l'extérieur. L'UE n'est pas aveugle dans ce domaine mais sa timidité relative s'explique par la primauté que ses élites néolibérales donnent au marché " global " : leurs exigences de classe en matière de négociation au sein de l'OMC et du GATS passent trop souvent avant la cohésion européenne qui se trouve ainsi inféodée au néolibéralisme ambiant. Par exemple, dans une conjecture de difficile maintien et création de l'emploi en dépit d'une (faible) croissance nominale du PIB, rien n'explique, par exemple, que l'UE n'ait pas imposé à toutes ses instances et à tous ses pays membres l'adoption du programme ouvert Linux. L'Allemagne a eu cette intelligence. Or les pays de l'UE n'ont pas encore épuisé le potentiel de massification des nouveaux secteurs reliés à l'exploitation des données par des logiciels appropriés, tant en informatique que dans le domaine des télécommunications. Bien entendu, l'Europe a adopté des standards lui permettant de rattraper son retard, par exemple, en matière de télécommunication. Mais en traînant la patte dans l'adoption d'un standard Linux commun à l'Europe, elle se prive d'un avantage considérable tant en ce qui concerne la maîtrise des systèmes d'exploitation des ordinateurs que de toutes les filières qui en dépendent (logiciels, jeux vidéo etc.) Rien n'explique non plus que, malgré une recherche française et européenne très avancée en matière de " puces " électroniques de nouvelle génération, les fonds nécessaires à leur exploitation industrielle et commerciale ne soient pas rapidement débloqués par les gouvernements et par les instances européennes appropriées. Ces manquements se reflètent ensuite tant dans les comptes courants que dans la création d'emploi reliée au développement autonome du capital-savoir (ainsi que dans la création d'un basin de compétence pouvant être largement maintenu, du fait de son épaisseur économique, malgré les cycles spécifiques à ces domaines.) C'est donc dire que la problématique du " marché commun " est malheureusement négligée au profit de programmes idéologiquement motivés. D'ailleurs, la plupart du temps, ces derniers n'ont pas leur origine au sein des instances (démocratiques ou censitaires) de l'UE ou de ses pays membres, mais plutôt au sein des instituts américains préoccupés par l'articulation de la " longer view " de la bourgeoisie américaine, tels la Brookings, le Cato Institute et souvent désormais le Competitive Entreprise Institute ou encore le Committee on the Present Danger de triste mémoire, passée et récente, qui influent tous également sur le FMI, la Banque mondiale et l'OCDE, ne serait-ce que par l'interchangeabilité de leurs recrues respectives.
Ce n'est pas une mince affaire que de concevoir l'adéquation fine des paramètres du " marché commun " à l' " époque " économique et sociale actuelle. Pourtant nous savons tous intuitivement de ce dont il s'agit, à savoir les normes, les standards, les labels et les étiquetages qui constituent autant de règles du jeu sous-jacentes qui en garantissent l'équité et l'efficacité. Personne, par exemple, ne concevrait aujourd'hui en Europe des lignes de chemins de fer transfrontalières ayant un écartement variable selon les pays, comme cela a pu se faire en d'autres temps afin de protéger des marchés nationaux internes. Présumément, cette exigence commune présenterait le seul cas nécessaire de codécision entre les deux branches de l'exécutif (Conseil et Commission) envisagées ici. Pour la raison simple qu'il ne saurait y avoir d'anicroche dans le dispositif sous-jacent nécessaire pour préserver l'égalité et le traitement équitable minimum de tous les acteurs européens privés ou publics, de sorte que tout acquis en ce domaine devrait porter la marque d'un profond consensus. Il s'agit en effet des règles du jeu les plus fondamentales qui sous-tendent tout l'édifice commun comme elles ont sous-tendu la consolidation des premières étapes de l'intégration européenne. Remarquons cependant que pour l'essentiel les problèmes sont déjà réglés par les traités existants et ne se poseraient vraiment que pour les ajouts. Or, contrairement à ce qui fut prévu ci-dessus pour la généralisation de certains programmes, il s'agirait ici de généraliser rapidement certains paramètres sans possibilité de retrait. Comme il n'existe pas de critères objectifs, valables pour toutes les époques, pour déterminer objectivement les paramètres devant être impérativement ajoutés, il est donc nécessaire de prévoir une méthode appropriée : la codécision du Conseil (à l'unanimité) et de la Commission, en autant que celle-ci puisse recueillir une majorité simple du Parlement européen. Autrement il faudra se résoudre ici aussi au processus d'avance par cercles concentriques appelant ensuite une éventuelle généralisation constitutionnelle.
Instruments spécifiques :
Comment compléter honnêtement le dispositif de coordination sous-jacent contenu dans les critères de Maastricht et le Pacte de stabilité ?
Cette dernière démarche est néanmoins de rigueur pour tous les instruments spécifiques nécessaires à la cohésion économique et fiscale. Toutes les discussions actuelles semblent porter sur la pseudo-critique de l' " indépendance " de la BCE et sur la non-viabilité du Pacte de stabilité, ce qui nécessairement pose mal une question légitime dans le cadre de la poursuite de l'intégration européenne : à savoir, quels instruments politiques en matière de coordination des politiques économiques, l'Union Européenne, finalement munie d'une constitution, mettrait-elle en œuvre ? Au stade présent, ni l'UE ni la Zone euro ne sont prêtes pour se donner des outils économiques et politiques gérés uniquement ou prioritairement par leurs instances plutôt que par leurs pays membres. De surcroît, l'UE ne concorde pas avec la Zone euro. La conception avancée ici est que cette recherche d'outils centraux n'est ni souhaitable à l'heure actuelle ni nécessaire. Cependant, les objectifs véritables qu'on lui assigne en général pourraient être atteints en adjoignant à la BCE (qui gère les agrégats monétaires) une Commission européenne du Plan chargée de préparer la " longer view " européenne. Les gouvernements nationaux ainsi que les instances européennes resteraient maîtres du taux de change (en partie) ainsi que des politiques fiscales, sociales et généralement économiques, du fait des compétences partagées ou dévolues aux différents paliers européens selon la logique institutionnelle explicitée plus haut. Nous aurions-là une véritable coordination économique européenne en profondeur qui demeurerait compatible avec une Europe de nations de plus en plus intégrée avec pertinence. En outre, cette coordination sous-jacente par le Plan influerait également sur les données prises en compte par la BCE et sur celles prises en compte par le représentant européen en matière de commerce international. Le Plan est le véritable pendant obligatoire de la BCE. Il représente une condition préalable au développement de la " démocratie économique et sociale ". Cette Commission européenne du Plan, d'abord consolidée au niveau de la Zone euro, irradierait naturellement sur l'ensemble de l'UE élargie de par la simple dynamique de l'élargissement et des ajustements qu'elle met en œuvre.
On sait qu'à cause de son mandat et sa structure, la BCE est loin d'être indépendante. Son mandat la confine dans une gestion des conséquences monétaires d'agrégats monétaires dont l'évolution dépend autant sinon plus, à moyen et long terme, des politiques en matière bancaire et de crédit adoptées par les ministères des finances, que de la simple fixation des taux directeurs par la banque centrale (exercice qui est loin d'être totalement arbitraire surtout lorsqu'il est surdéterminé grâce à l'obstacle à toute manipulation politicienne de grande ampleur contenue dans le critère de Maastricht portant sur l'inflation.) Une réflexion soutenue sur la nécessaire législation devant porter sur le montage et les circuits trans-frontières des " produits dérivés " en regard du fisc serait plus bénéfique que les stériles discussions partisanes actuelles sur la BCE ! De part, sa structure la BCE contient en son sein tous les gouverneurs des banques centrales de la Zone euro qui peuvent donc relayer institutionnellement les préoccupations de leur pays. Pour le reste, il n'est pas souhaitable ni même matériellement possible que le Conseil européen se mêle de la gestion des agrégats monétaires, pour ainsi dire en bout de course. Ses membres ont mieux à faire en s'occupant, avec le sérieux et l'innovation qui s'impose, des politiques gouvernementales qui déterminent en dernière instance les volumes structurels de ces agrégats. Pour le reste, les meilleurs journaux l'ont assez répété, la gestion du taux de change de l'euro relève autant du Conseil que de la BCE. Critiquer la BCE semble relever d'un " mythe sorélien " dont la plausibilité repose sur l'équivalence intuitive de la BCE avec le FMI ou avec les " banques " en général. Or, si le FMI et les banques en général étaient soumis à la même transparence que la BCE, nous n'aurions plus besoin d'en exiger la réforme démocratique ! En fait, ces discours convenus semblent uniquement destinés à masquer les conséquences d'une fiscalité régressive néolibérale dont la BCE serait le bouc émissaire tout désigné et ensuite à occulter l'accord politique arraché par le Secrétaire américain au Trésor, John Snow aux pays du G7 lors du Sommet de Doha et plus encore lors du Sommet de Dubaï (20 septembre 2003) visant à tenter de relancer les exportation et la croissance américaines en provoquant la baisse du dollar américain. A quoi il faut ajouter le comportement moutonnier de nombreux économistes titrés qui demain diront le contraire en mimiquant toujours les fiats du Pouvoir avec le même souci d'objectivité " scientifique " propre à leur discipline, telle que conçue dans les académies, et avec la même bonne conscience typique des élites nietzschéennes ou courtisanes.
J'ai déjà expliqué ailleurs ainsi que dans l'introduction du présent texte les raisons qui militent en faveur du maintien des critères et du Pacte : en bref, le non-respect actuel du Pacte n'est nullement dû à une nécessité économique objective mais plutôt au choix d'une redistribution des revenus et des richesses inégalitaire par le biais d'une fiscalité régressive et finalement vouée à l'échec. Pourtant, l'issue désastreuse de ce choix de classe ne fait aucun doute ainsi qu'en témoigne l'amnésie de la croissance économique alors que cette " croissance " est principalement recherchée par le biais de la flexibilisation de la force de travail, ce qui implique l'augmentation structurelle du chômage et du sous-emploi. On aura compris qu'il s'agit-là des recettes de Volcker-Reagan mais appliquées avec des décennies de retard et malgré l'échec américain présentement visible à l'œil nu. Ceci en dépit de l'énorme avantage dont disposent les US, seul pays qui dispose du pouvoir de dicter les règles du régime financier international dominant grâce à son contrôle exclusif et non-négociable de la principale monnaie de réserve internationale, un instrument dont ne dispose pas l'UE malgré le succès de l'euro à ce jour. (Le dollar américain n'est ni un DTS onusien ni un " bancor " !) . Il est donc inutile de sacrifier des mesures nécessaires et déjà négociées dans l'espoir (" espérance " creuse à usage public) de l'obtention de résultats futurs qui sont de manière patente impossibles à atteindre du fait des conséquences prévisibles des politiques adoptées (M. Jean Arthuis n'a-t-il pas déjà prévenu le gouvernement français à cet égard ? v. " Le fort recul des entrées fiscales pesera sur la préparation du budget ",www.lemonde.fr, 9 septembre 2003). Finasser avec les critères et le Pacte sous prétexte que le Pacte de stabilité, étant aussi un pacte de croissance, l'endettement budgétaire devrait être modulé selon les volumes d'investissements dans chaque pays membre, revient à se donner un prétendu rationnel ( une " intelligence " appropriée) pour faire sauter conjointement le seuil de 3 % budgétaire et l'exigence de s'en tenir à une plus grande rigueur encore dans ces pays membres de la Zone euro et de l'UE en général qui dépassent ce seuil afin de permettre l'abaissement du rapport dette/PIB lorsque celui-ci atteint plus que 60 %. D'ailleurs la conception d'une modulation déterminée selon le volume des investissements n'est en rien originale quoique sa provenance historique ne manque pas de piquant et reste d'un grand intérêt : en effet, l'idée de base revient à Samuelson. Ce dernier, suite à la crise mexicaine du début des années 80 et du risque grave de banqueroute en chaîne de la part de ce pays et de plusieurs pays d'Amérique latine, s'était avisé de concurrencer les Chicago Boys (déjà à l'œuvre dans le Chili de Pinochet) en rappelant qu'au-delà d'un certain seuil aucune sortie de crise n'était plus envisageable pour ces pays. On devine pourquoi. Les profits et l'épargne disponibles sur le plan interne ne suffiraient plus à la longue à cause de la tendance au rapatriement du capital vers les sièges sociaux. On sait que le pourcentage du contrôle étranger en Europe est partout considérable. Les artifices budgétaires et les comptes courants ne racontent pas toujours la même histoire ! S'avisera-t-on bientôt de nous conseiller les avantages de la " production pour l'exportation " (arguties sur le taux de change de l'euro à l'appui) pour en venir enfin au cœur du sujet, c'est-à-dire aux vertus rédemptrices de la " croissance négative " (ou de la " décroissance "), du moins pour tout ce qui concerne l'économie sociale et locale, en faisant naturellement fie tout à la fois des thèses du Club de Rome et des contre-thèses de Cambridge ?
Le même raisonnement qui vaut pour le seuil budgétaire de 3 %, vaut également pour l'inflation qui doit être contenue mais sans excès de zèle monétariste confondant 1 % d'inflation ou même 0 % pour les 3 % permis, en autant que le pouvoir d'achat suive et que des mesures nouvelles soient mises en œuvre pour le maintenir (par ex. la modulation nationale des ratios Cooke dans la Zone euro ou encore l'utilisation d'une infime partie des réserves de la BCE pour créer un Fonds européen d'investissement contre-cyclique chargé d'appuyer les banques qui accepteraient de financer des emplois productifs créés par les entreprises publiques ou privées, que se soient des PME ou pas, ou qui procèderait directement à cette tâche, assumant alors lui-même le risque). En réalité, hors manipulation politique des agrégats, le risque de voir resurgir une forte inflation structurelle est aujourd'hui quasiment nul : son taux dépend étroitement du sort fait à l'armée de réserve et dépendra ainsi de plus en plus de la propagation de la déflation induite par les importations en provenance d'Asie, relayée par la forte tendance interne à la création d'une société de la surproduction et de la sous-consommation. Osons le dire, dans le contexte néolibéral d'aujourd'hui, les conquêtes syndicales sont remises en question à un tel point que les clauses Cola ou les " scale mobile " sont remplacées par une politique des revenus qui ferme gaiement les yeux sur l'impact conjoint de l'inflation restante, de la précarisation et de la flexibilisation accrues de la force de travail, de sorte que le Pacte finit par être la seule garantie légale oeuvrant en défense du pouvoir d'achat des salariés.
En fait, bien que cela soit occulté dans les discours publics, finasser à l'heure actuelle avec les critères et le Pacte reviendrait à rééditer le laxisme économique de classe que certains pays membres atteignaient jadis par le biais des dévaluations soi-disant compétitives qui finirent par liquider la compétitivité restante des secteurs les plus mous et par accroître la dette. Notons que les USA, qui disposent de la possibilité de reporter sur leurs concurrents le coût réel de leurs actions économiques de par leur contrôle du dollar, peuvent se permettre un laxisme (aujourd'hui budgétaire mais demain relevant de la fixation politique des taux d'intérêt) qui n'est pas encore à la portée de l'Europe. Cette dernière ne peut donc pas suivre aveuglément les mêmes prescriptions économiques sans s'exposer dangereusement à des changements de caps sur lesquels elle n'a aucun contrôle. Elle peut et doit ajuster au mieux ses taux directeurs (compte tenu de la cotation du pétrole et de nombreuses autres matières premières stratégiques en dollar et des prix mondiaux de ces produits essentiels) mais ne peut pas faire l'économie d'une pensée et d'une pratique prudente et de longue halène. C'est pourquoi elle ne peut jamais perdre de vue la nécessité de soutenir tout à la fois le niveau de ses investissements internes ainsi que le niveau de la demande effective relevant de la consommation des ménages. Ceci devrait être une évidence pour les gouvernements de gauche mais vaut également pour des gouvernements de droite justement soucieux de préserver les intérêts réels ou illusoires de ses classes d'origine et des groupes sociaux associés à ses alliances de classe. Les pays dont le ratio PIB/dette est le plus élevé ne seraient pas eux-mêmes dépourvus de moyens si la volonté politique et le sérieux existaient réellement : par exemple, l'Eurotaxe qui servit à faire entrer l'Italie dans la Zone euro pouvait être temporairement maintenue pour financer la mise en place d'une politique nationale de partage du travail consolidant ainsi l'assiette fiscale générale de l'Etat et la demande interne ; la progressivité du régime fiscal pouvait être maintenue et soutenir une canalisation de l'épargne interne vers le soutien de la productivité et de l'emploi ; la part des réserves de la banque centrale italienne qui lui fut remise lors de la création de la BCE pouvait faire l'objet de diverses initiatives allant de la création volontaire d'un Fonds d'investissement italien, à des opérations de swaps dette contre actions pour les dettes portant les plus hauts taux d'intérêt, ce qui aurait alors bénéficié à la fois aux banques et au gouvernement dont les marges budgétaires, et donc la possibilité de financer des mesures sociales favorisant l'emploi, auraient ainsi été accrues ; les revenus provenant de la mise aux enchères des ondes hertziennes auraient pu servir des fins identiques ; la création de Fonds Ouvriers gérés majoritairement hors bourse aurait pu servir à consolider et bonifier les systèmes actuels de retraite et nous aurait évité les fiascos crapuleux du type Cirio et Parmalat, le dernier à lui seul coûtant quelque 13 milliards aux épargnants ; les privatisations, ces opérations à courte vue qui bradent les joyaux nationaux pour régler les frais de plomberie budgétaire d'une nation transférant avec insouciance son patrimoine à une classe de nantis souvent parasitaires, auraient pu être stoppées, ce qui n'aurait nullement empêché les nécessaires restructurations à l'échelle européenne ; en un mot, la planification économique impliquant tous les acteurs socio-économiques aurait prévalu sur la déraison actuelle qui empêche de " penser en dehors de la boîte " selon la belle expression du pragmatisme américain d'antan.
Le monétarisme ou la fiscalité néolibérale à eux-seuls ne sauraient se substituer à une véritable politique économique, bien que la confusion des premiers avec la seconde soit de bon ton ces-jours-ci. Plutôt que le démantèlement des critères et du Pacte de stabilité ou encore la tentation désastreuse d'établir la prééminence du Conseil et de certains de ses Etats membres sur l'ensemble de l'UE, il conviendrait donc que le Conseil européen et la Commission, chacun dans ses domaines de compétence respectifs, s'attachent à l'instauration rapide et la plus large possible de nouveaux programmes d'envergure européenne. Ceux-ci concerneraient en partie l'harmonisation fiscale : il ne s'agirait pas, sous couvert d'harmonisation et selon les penchants néolibéraux en vogue, de viser le nivellement par le bas de tous les impôts et en particulier des impôts jadis progressifs. Mieux vaut être spécifique selon des objectifs socio-économiques clairs susceptibles d'être partagés d'emblée par toute la Zone euro et au-delà. L'harmonisation fiscale (qui n'est pas l'uniformisation des pratiques individuelles des Etats mais l'établissement d'une équivalence de leurs effets globaux) s'impose pour permettre la définition d'une politique commerciale commune qui soit fondée sur autre chose que le darwinisme d'un libre échange mondial mais asymétrique. Elle s'impose aussi pour permettre la défense des programmes sociaux existants et pour les abstraire à un darwinisme social européen qui nivellerait tout vers le bas en jouant des ouvriers slovaques recevant moins de 3 euros de l'heure contre les ouvriers allemands recevant environ 10 euros selon le barème du salaire minimum et finalement les uns et les autres contre certains ouvriers asiatiques se contentant de moins de 1 euro de l'heure. Seraient spécifiquement concernés les diverses incitations et exonérations étatiques accordées aux entreprises au titre de la création ou du soutien de l'emploi ainsi que le rétablissement de la fiscalité sur le capital. Contrairement à ce que l'on veut faire croire, ceci ne provoquerait nullement la fuite des capitaux puisque la taille et la vitalité du marché européen dictent de tous autres comportements ! De plus, malgré l'idéologie prédominante qui encense le " libre-échange ", tous les pays sans exception qui s'en réclament, y compris au sein de l'Alena (l'accord de libre échange le plus développé et le plus nuisible au monde comme en témoignent l'appauvrissement du Mexique et les disparités régionales et de revenus induites partout ailleurs dans cette zone) ont savamment amorti les conséquences du " libre échange " pour leurs propres bourgeoisies en entérinant des pourcentages maximum de contrôle étranger selon les secteurs, en échange de l'ouverture partielle généralisée de l'ensemble des secteurs - y compris, à terme, des services publics telles l'éducation et la santé. Autrement dit, l'impact idéologique négatif, aux yeux du capital et de ses médias, lié au rétablissement et à l'harmonisation de la fiscalité qui concerne spécifiquement le capital, pourrait avantageusement être compensé par une clarification européenne des seuils de pénétration étrangère selon les secteurs d'activité aujourd'hui largement abandonnés à des Commissaires ayant de l'Antitrust une conception plus perméable encore que celle qui présida au Sherman Antitrust Act (1890) renforcée avec le Robinson-Patman Act de 1936 par Franklin Delano Roosevelt, pour des raisons de légitimation politique et accessoirement de pression sur les capitalistes les plus ouvertement hoovériens. Le reste relève essentiellement dans ce domaine de l'adaptation des politiques d'amortissement et de dépréciation du capital productif (par définition immobilisé dans la production) selon la position occupée dans le cycle économique et, par conséquent, selon le niveau d'harmonisation européenne atteint dans ce domaine.
La problématique de la restructuration de grands " pools " nationaux et européens de capitaux largement abstraits institutionnellement des circuits spéculatifs devrait recevoir une grande attention (Ex. Fonds ouvriers) : ceci complèterait avantageusement le soutien déjà offert aux entreprises grandes, moyennes ou petites, malgré le rétablissement souhaitable de la fiscalité sur le capital et permettrait de soutenir les investissements collectifs nécessaires par le biais des entreprises publiques, tout en préservant et en canalisant l'épargne nationale/européenne (donc celles des retraités et des ménages). L'instrument de la Caisse de Dépôt et de Consignation a rendu un service signalé en la matière : plutôt que de l'amoindrire, il conviendrait de le compléter, notamment par la création d'un Fonds Ouvrier recueillant les cotisations du régime public de retraite sur la base d'un décalage des prestations versées grâce à l'utilisation du Fonds de réserve. Ce décalage permettrait alors une montée en puissance des actifs du Fonds malgré les évolutions démographiques prévisibles. Un cycle vertueux pouvant tranquilliser le plus scrupuleux des actuaires serait alors envisageable par la participation active de ce Fonds Ouvrier à la création d'emplois véritables, ne serait-ce que par le retour à la politique de partage du travail.
Ce dispositif appuyé encore par le Fonds d'investissement européen contre-cyclique, créé grâce à l'utilisation d'une partie des réserves de la BCE dont nous avons parlé plus haut, permettrait alors de revenir à l'échelle européenne à la conception du partage du travail, seul moyen de concilier emploi réel, formation professionnelle ne relevant pas du workfare et préservation de l'assiette fiscale nécessaire à l'Etat social (national ou fonctionnellement européen) pour que celui-ci puisse continuer à offrir à ses citoyens les régimes collectifs de base d'accès universel que ne devraient jamais cesser d'être ceux qui concernent l'éducation, la santé, la retraite, l'assurance chômage/formation professionnelle ainsi que les garderies.
Par ailleurs, si la création et la consolidation d'une bourse européenne doivent être poursuivies, il serait temps de doubler les bourses actuelles par des institutions similaires visant le long terme (3 ou 5 ans, minimum) et devant être encadrées dans cette optique par des modalités d'opération et des mesures de contrôle précises, dictées par l'Etat et non par l'industrie elle-même. Bien entendu, pour concevoir ces institutions, il faut sortir de la " boîte à penser " habituelle et plus encore des griffes du capital spéculatif. Les Seuils Tobin représenteraient en la matière la solution générale reliée organiquement à la planification économique mais pourraient faire l'objet d'une réflexion partielle et efficace. Par exemple, en publiant des rapports annuels complets et en permettant la cotation publique libre des entreprises concernées seulement durant une courte période à l'échéance des trois ou cinq années mentionnées plus haut qui correspondent de plus près aux cycles intimes de rentabilisation du capital productif. Lorsqu'il est destiné à lever des fonds supplémentaires, le marché obligataire fonctionne partiellement déjà selon cette logique temporelle mais se retrouve assujetti ensuite par la bourse à une logique quotidienne qui a peu de chose à voir avec les besoins de financement externe des entreprises ou avec l'optimisation réelle des ressources par le " marché boursier " et moins encore avec la logique économique réelle. Il s'agirait donc de synchroniser ces deux opérations en les soutirant aux fourches caudines du court terme. Un simple examen cursif de l'histoire des marchés boursiers fait d'ailleurs voir l'intime connexion idéologique entre l'affirmation de la puissance des firmes multinationales durant les deux premières décades du 20 ème siècle et le besoin corrélatif de la grande bourgeoisie régnante de re-légitimer le capitalisme en propageant l'idée " populiste " d'un " capitalisme populaire " et d'une " démocratie des actionnaires " représentée par des petits porteurs qui réaliseront vite par la suite (dès 1929 !) que cette nouvelle mouture de la démocratie bourgeoise demeurait tragiquement formelle et férocement censitaire. Le choix des entreprises pouvant être cotées dans ces nouvelles institutions boursières serait particulièrement sévère, en particulier en ce qui concerne le style de management. Par contre, cette sévérité agirait naturellement comme caution supplémentaire pour les emprunts bancaires contractés par ces institutions. Les actionnaires, particulièrement les petits porteurs de même que les actionnaires institutionnels plébisciteraient rapidement ces entreprises qui apparaîtraient forcément comme les " meilleurs placements ". Leur rôle de stabilisateurs du marché serait en outre considérable. Quoi qu'il en soit, il convient de démontrer à tous que les " marchés " n'existent pas dans l'abstrait, qu'ils ne sont jamais que ce que leurs limites topographiques ou juridiques en font et que, par conséquent, le court-termisme n'est pas une fatalité mais bien une aberration auto-suicidaire du capital spéculatif le plus débridé sévissant sans obstacle à l'échelle planétaire.
Plus que les finasseries de classe contestant les critères de Maastricht et le Pacte de stabilité, qui finiront par diviser l'Europe et freiner tant son développement économique et social que son intégration égalitaire, ce sont ces chantiers qui seraient susceptibles de mener de front l'intégration politique et sa constitutionalisation en douceur ainsi que le maintien du degré développement économique, social et diplomatique de l'Europe sur la scène mondiale.
La flexibilité institutionnelle que créerait l'adoption du dédoublement de l'exécutif proposé plus haut, en clarifiant le partage des pouvoirs ainsi que l'attribution des rôles décisionnels, permettrait de viser et de généraliser ces objectifs communs sans flirter avec le suicide institutionnel collectif contenu dans les politiques néolibérales régressives menées unanimement aujourd'hui par tous les gouvernements européens, avec quelques nuances insignifiantes destinées à tenir compte des particularismes nationaux et locaux. Un unanimisme idéologique et pratique de mauvais aloi mais qui paradoxalement, à cause de sa déroute annoncée, laisse bien présager des possibilités futures lorsque celles-ci seront portées par une gauche européenne consciente de ses objectifs, de ses possibilités et de ses devoirs envers les peuples et les citoyens de l'UE.
Charte sociale.
La Charte européenne des droits devrait s'attacher à définir tous les droits, en particulier les droits sociaux et syndicaux, sur lesquels reposent la démocratie industrielle et la démocratie économique et sociale. Les doits individuels sont d'ores et déjà bien conceptualisés et fortement garantis, de sorte que leur transposition au plan européen ne pose aucun problème ainsi qu'en témoigne le travail de la Cour européenne de justice. Soulignons également le contraste qu'il y a entre la conception d'un Jefferson, considérant comme le rappelait Lénine, qu'une démocratie devait permettre " à chaque cuisinier " de prétendre accéder à la présidence, et la conception étriquée et pour tout dire guerrière des droits de l'homme dans la conception formelle d'une bourgeoisie globalisée qui prétendrait désormais jouer les " chevaliers du temple " : a-t-on jamais vu un être humain vivre uniquement ou avant tout de ces " droits " formels-là ? En ce début du XXI ème siècle, toute apologie des droits formels de la Personne qui ne serait pas strictement conçue comme un maintien et une défense de l'égalité concrète de tous doit être considérée comme une vulgaire indécence et un acte de guerre ouverte. Pourquoi croit-on que chaque année dans le monde plus de 40 000 enfants meurent de faim alors que la moitié de l'humanité est contrainte à survivre avec moins de 2 euros par jour ? Certains paient la poudre dont ils parfument leurs perruques par la sueur des peuples, constatait déjà Jean-Jacques Rousseau. En particulier, il importe d'exiger la reconnaissance de l'égale dignité et égalité en droit de la propriété collective (régime de propriété publique, coopérative ou d'Etat, selon les besoins et les époques) et de la propriété privée, de sorte qu'en Europe l'une ou l'autre puisse viser l'hégémonie sans pouvoir légalement abolir le principe fondamental de sa rivale (à son degré d'expression absolu le socialisme européen serait un système de dominance d'une forme de propriété collective dûment sanctionnée par les électeurs mais dans la coexistence juridique (de principe) des deux formes principales ; la propriété privée deviendrait résiduelle. Au cas où cette égalité serait contestée par la future Constitution européenne, la gauche n'aura d'autre choix que de penser à amender la Constitution sur ce chapitre spécifique - ou, comme cela est coutumier (pensons à l'irruption de la radio ou de l'aéronautique au tournant du siècle passé) à interpréter l'absence spécifique de référence comme une ouverture à modification constitutionnelle impérative visant à rétablir le texte fondamental avec l'évolution de la réalité concrète. Pour l'heure, il convient de combattre le projet constitutionnel tel qu'il est formulé. Car il ne représente rien d'autre qu'un " coup d'Etat constitutionnel " perpétré par la bourgeoisie.
Ceci implique le respect de la transparence juridique de la gestion de la propriété quelle qu'elle soit et donc l'abolition du court-termisme imposé irrationnellement à tout et un chacun. A l'heure de la compétition naturellement imparfaite entérinée par la concentration et la centralisation du capital, cette transparence constitue la véritable loi de contrôle auto-référentiel du capitalisme moderne. Les spécialistes de l'asymétrie de l'information sur les divers marchés, sans jamais avoir soulevé directement le problème juridique et institutionnel de la transparence, ne me contrediront pas là-dessus ! (par ex. toute filiale d'une " holding " privée n'étant pas elle-même cotée en bourse devrait être exclue d'office de la bourse et de ses possibilités de lever du capital auprès du public. En effet, ce type de structure, lorsqu'elle est dominée par le privé, cultive à dessein l'opacité comme une arme spéculative, contrairement à ses contreparties publiques soumises quant à elles au contrôle de l'Etat. Ceci constituerait un minimum de décence propre à assainir les marchés mieux que les piètres encadrements des " late-tradings " et les " insiders information " propres à amuser les galeries. Ceci supprimerait du même coup les manœuvres habituelles découlant de l'hégémonie du capital financier spéculatif (OPA etc) qui ont un effet gratuitement dévastateur sur le maintien de la productivité des entreprises (car celle-ci exige des immobilisations conséquentes de ressources) et donc sur l'emploi et sur la location de ces mêmes entreprises, pour ne rien dire de l'éthique personnelle des propriétaires et des managers. Les entreprises familiales continueraient d'exister mais elles devraient justifier leur accès aux circuits financiers et au crédit par la publication de leurs résultats effectifs plutôt que par leur facilité à vendre du vent en opérant des razzias inutiles du point de vue de la production et de la consommation.
Défense et politique étrangère
Toute Constitution européenne devrait affirmer son attachement pour la paix et son rejet du recours à la guerre comme méthode de résolution des conflits sauf cas de légitime défense, lorsque le sol national serait directement menacé. En outre, cette position de principe européenne devrait s'inscrire constitutionnellement dans l'affirmation du respect pointilleux de la Charte de l'ONU, de sorte à promouvoir l'intégration européenne comme un pas vers la démocratisation de cette Organisation et, en particulier, de ses agences spécialisées qui sont censitaires par nature, tels le FMI, la Banque mondiale et l'OMC. Le développement de la politique de défense et étrangère commune devrait également être placée sous l'égide de la Charte onusienne en tant qu'organisation militaire régionale destinée à assurer la " sécurité collective " de ses membres dans le contexte des règles onusiennes garantissant la sécurité collective de l'ensemble de la communauté internationale. (Chapitre VIII, articles 52, 53 et 54)
Cette manière de concevoir la politique étrangère et la politique internationale permettra à l'Europe de jouer un rôle de premier plan dans des opérations de maintien de la paix qui sauront tirer les enseignements des expériences du passé en la matière. Ainsi, ces opérations doivent impérativement être neutres. Cette neutralité est nécessaire pour assurer la légitimité des casques bleus, seule garante de leur succès sur le terrain. Elle est également nécessaire pour respecter la souveraineté des Etats garantis par la Charte de l'ONU. Ces opérations doivent également s'inscrire dans un rôle d'appui des organisations onusiennes régionales investies d'une responsabilité négociée régionalement en matière de sécurité collective. Bien souvent les pays et les régions dans lesquelles ces opérations de maintien de la paix sont nécessaires ne disposent pas des moyens financiers, militaires et logistiques pour les mener à bien. L'Europe ainsi que d'autres grandes puissances ont alors l'obligation de mettre leurs moyens à leur disposition. La création d'un Etat-major onusien prévu par la Charte est souhaitable mais fait présentement face à une forte opposition, notamment des USA. Par contre, la création sous l'égide de l'ONU d'Etats-majors régionaux pouvant alors être coordonnés avec les Européens constituerait une évolution fonctionnelle et pragmatique utile pour la stabilité régionale et la sécurité des populations. Bien entendu, toute intervention de ce type devrait désormais chercher à capitaliser sur le concept de neutralité. Jusqu'ici ce concept, conçu de manière non-interventionniste, donna lieu à des opérations heureuses pour les populations mais incapables, de par leur succès, de permettre un débouché politique définitif aux crises que les forces de maintien de la paix parviennent heureusement à enrayer. De fait, on gèle le statu quo établi par les armes sur le terrain (ex. Chypre). Il convient aujourd'hui de concevoir la neutralité de manière interventionniste mais en garantissant une parfaite transparence et une parfaite équité et équidistance entre les belligérants. Les forces régionales seraient appuyées par les Européens de manière à accroître leur capacité logistique et de renseignement et éventuellement leur force de frappe, à condition d'obtenir l'accord préalable de tous les belligérants afin de faciliter leur déploiement. Cet accord sera plus aisé qu'on pense à obtenir dans l'exacte mesure où la nouvelle conception de la neutralité sera expliquée. Cet accord obtenu, le mandat régional sera sanctionné par l'ONU, ce qui devrait devenir une simple formalité (v. plus bas) Suite au déploiement, les casques bleus entreprendraient la réorganisation des forces armées nationales : tous les groupes armés pesant sur le terrain qui auraient accepté l'accord de déploiement en échange de la neutralité seraient inclus dans cette nouvelle armée nationale. L'intégration des autres groupes serait sujette au même accord dans les mêmes conditions. De la sorte, aucun des belligérants n'aura à craindre d'être unilatéralement désarmé ce qui l'incitera à transférer son différent sur un plan diplomatique et politique. La nouvelle armée nationale sera dirigée par l'Etat-major des forces de maintien de la paix, flanqué par les commandants et les officiers des forces belligérantes intégrées. Cette nouvelle armée intégrera alors une discipline nouvelle et une meilleure compréhension de son rôle, strictement professionnel, qui consiste à défendre le territoire national sans ingérence dans les processus politiques. Pour un maximum d'efficacité, notamment dans les premiers temps, les sous-officiers, en particulier les sergents et les caporaux, seront doublés par des collègues issus des forces de maintien de la paix. Ceci est strictement nécessaire afin d'éviter les débordements et les manipulations sur le terrain qui seraient propres à faire déraper ou même basculer les processus diplomatiques/politiques de règlement du conflit. Dans un second temps, la simple discipline et l'institution de mécanismes de responsabilisation des chaînes de commandement feront le reste, de sorte que l'Etat-major des forces de maintien de la paix pourront s'en remettre à la hiérarchie de l'armée nouvelle pour conserver le contrôle du terrain, en prévoyant par contre toujours l'intervention rapide de leurs propres troupes et personnels pour appuyer la nouvelle armée en cas de besoin, que l'urgence soit militaire ou diplomatique. La mise en place de l'armée nouvelle et sa mise en opération rapide, permettront de lancer le processus de transition et de normalisation politique interne. En réalité, ce processus n'est rien d'autre qu'un processus constituant plus ou moins élargi. Il s'agit de redéfinir les équilibres qui permettront à tous les groupes hier en arme de concevoir la préservation de leur sécurité et de leur prospérité économique par le biais des nouvelles règles constitutionnelles et politiques. Ceux-ci incluront les structures parlementaires fédérales ou centralisées dans le cadre d'une régionalisation dotée d'un degré variable d'autonomie, selon la composition ethnique des pays mais aussi selon leur histoire et leur vision commune du futur ; les structures représentatives des partis ; la structure des organisations parlementaires et extraparlementaires nécessaires à l'implication de la société civile et donc au développement de la démocratie participative, sociale et industrielle, etc. En tout état de cause, le fait que les belligérants puissent immédiatement assumer l'élargissement de ce processus constituant à l'ensemble de la population sous l'égide des forces de maintien de la paix ou pas, ne devrait pas constituer d'obstacle artificiel. Il vaut mieux redéfinir rapidement les bases fondamentales du nouvel équilibre permettant la transition au processus politique normal, quitte à n'impliquer d'abord les populations que par l'intermédiaire de leurs représentants, en tant que signataires des accords de déploiement, à condition de se mettre d'accord sur des échéances précises et datées de révisions constitutionnelles qui porteraient sur des domaines précis et circonscris plutôt que sur l'ensemble de la Constitution. Ceci permettrait alors à l'ensemble des citoyens de peser directement ou par l'intermédiaire de leurs représentants démocratiques, syndicaux, culturels etc. Ce calendrier fonctionnellement étalé dans le temps devrait ainsi avoir comme conséquence structurelle d'inciter les alliances des classes et des groupes trans-ethniques qui renonceraient instinctivement à la violence puisque la Constitution en vigueur aura été préalablement l'objet d'une accommodation des élites et des peuples que personne n'aura plus intérêt à remettre en question. La première phase constituante est donc d'une importance cruciale : pour réussir, surtout en Afrique et dans les pays très riches en ressources mais rendus cruellement pauvres par l'exploitation interne et externe, il convient de prendre en compte le partage équitable des possibilités d'accès aux ressources du pays pour tous les groupes et, par conséquent, les manières communes de planifier le développement de ces richesses. Ce partage équitable des possibilités pour tous d'avoir accès aux richesses nationales supprimerait les querelles aussi stériles que venimeuses au sujet du partage des ministères dits importants par mimétisme avec un Occident jusqu'à peu divisé en deux par la guerre froide interne issue de Yalta. Tous les ministères sont importants s'ils permettent de contribuer au bien général. En tout état de cause, le rôle des ministres n'est pas de jouer aux caciques représentant un groupe particulier. Ce partage préalable peut être accompli avec une grande souplesse dès lors que l'on réalise que l'aménagement du " pouvoir de dépenser " (droits de douane, royautés, impôts, taxes, tarifications etc.) de l'Etat central mais aussi des régions et des municipalités, s'il est proprement codifié sans rigidités excessives, permet d'opérer cette " accommodation des élites " (Robert Presthus) qui doit également être une accommodation des peuples, sur une échelle autrement plus large et autrement plus compatible avec le bien général et le bien de l'Etat que ne le peut la simple main mise privée sur les entreprises et la propriété privée. Pour faciliter encore les modalités de ce partage afin d'éviter des querelles intestines entre paliers de gouvernements, plusieurs pays fédéraux ont, par exemple, choisi de céder à des régions relativement autonomes la propriété des richesses naturelles, donc des royautés, tout en concédant au pouvoir central le pouvoir exclusif de taxation sur la transformation et la vente de ces richesses. Dans la même optique, les Etats centraux procèdent à des dévolutions fonctionnellement logiques du pouvoir de taxation vers les paliers inférieurs, le cas le plus connu étant l'octroi de la taxe foncière aux municipalités dont elle constitue la principale assisse fiscale. Il s'agit donc bien de décider quel type de " régime politique " sera le mieux adapté. Mais, à un niveau encore plus fondamental, il s'agit de faire en sorte qu'une partie des richesses nationales soient contrôlée par des entreprises nationales dans tous les secteurs stratégiques. Les choix forcés en matière de politiques néolibérales qui suivirent le sommet de La Baule et le décrochage forcé du franc CFA avec le franc doivent être reconsidérés. Fatalement, en effet, le principe de l'entreprise privée ne fera que renforcer les déséquilibres naturels, soit que d'importantes richesses soient localisées dans de petites régions (ex. Shaba/Katanga), soit-elles sont mieux réparties géographiquement, de sorte qu'elles échoient majoritairement aux groupes ayant une plus vaste zone d'expansion démographique. Ces contradictions se reflètent alors inutilement et stérilement sur les processus parlementaires qui sont d'autant plus solides qu'ils reposent déjà sur le rodage, durant de périodes longues, de ce partage matériel préalable. Les entreprises publiques permettent une solution élégante de ce problème par l'adoption de quotas permettant qu'aucun groupe ethnique ne soit seul représenté ou qu'il soit représenté de manière inéquitable. De plus, ces équilibres internes peuvent facilement être réadaptés sans conflit majeur grâce aux marges institutionnelles usuelles et au fonctionnement administratif (donc feutré et non directement politique) de ces structures, notamment en regard de l'embauche des personnels à tous les niveaux et de la définition du nombre d'officiers " nécessaires ", à un moment ou un autre, sans nuire à la productivité générale de l'entreprise. En gérant efficacement les richesses nationales selon des paramètres de croissance et de développement définis en commun, ces entreprises publiques constituent en réalité le meilleur moyen de souder les élites dirigeantes autour du projet national quelle que soit leur provenance ethnique. A l'instar de ce que nous avons décrit pour les entreprises publiques nécessaires à l'Europe, les pays en voie de développement appartenant à un même marché commun auraient tout intérêt à créer des entreprises publiques supranationales car il y aurait-là une possibilité de maximiser les ressources existantes, qui sont en passe d'être bradées par le biais des privatisations et des déréglementations, tout en créant des économies d'échelle adaptées aux marchés en question. Avec les écoles publiques et les médias nationales, voire les équipes nationales de football ou d'autres sports, ces entreprises publiques constituent les meilleurs creusets de la nation. Un solide système de planification national et régional appuierait encore cette évolution et favoriserait leur insertion dans l'économie mondiale. Une fois l'étape constituante passée, des élections suivraient. Avec ces élections et la mise en place du nouveau gouvernement, débuterait le retrait progressif des casques bleus, ne laissant sur le terrain que les équipes nécessaires à la finalisation de la transformation de la nouvelle armée en armée professionnelle : ceci déboucherait alors vers une transition transformant l'appui des casques bleus en coopération militaire normale de ces nouvelles forces armées au sein des organes de sécurité collective régionale placée sous égide de l'ONU. Le " suivi ", si l'on veut utiliser ce terme objectivement et sans paternalisme, serait alors assuré institutionnellement et agirait naturellement comme mesure préventive pour l'ensemble de la région concernée.
Je ne pense pas qu'il soit possible de parler de " prime à la violence " dans l'optique adoptée ici. D'abord, tout Etat digne du nom prendra des mesures préventives sociales, politiques et policières pour prévenir et désamorcer les conflits internes. Ensuite, la plupart sinon la totalité des conflits graves dans la région provient de causes externes. Les frontières africaines furent dessinées par les puissances coloniales sans souci des populations sinon celui de les diviser. De plus, dans le contexte actuel post-guerre froide, les anciennes rivalités ont fait place à des rivalités locales, plus diffuses et moins encadrées, qui sont attisées par des entreprises en quête de concessions minières et commerciales et de profits aussi rapides qu'illicites. Dans un premier temps donc, il convient de réaffirmer sans faille le principe de l'intangibilité des frontières (à l'instar de la Première Corbeille des Accords d'Helsinki dont il ne faut jamais oublier que son viol par l'Allemagne et les USA dans les Balkans, pour cause d'épuration idéologique, donna cours au plus atroce conflit de l'après-guerre en Europe.) Cette réaffirmation doit et est en passe de se solidifier grâce à la consolidation d'ensembles régionaux voués à la sécurité collective et à la formation d'espaces économiques communs, ce qui constitue un dépassement heureux de la contradiction initiale héritée du colonialisme. Dans un second temps, il conviendrait de rappeler à tous, gouvernements et belligérants rebelles, le nécessaire respect des Conventions de Genève ainsi les enseignements prodigués par Mao Tse Toung au sujet du traitement des populations civiles dans sa " Feuille de Route de la VIII ème Armée de Marche " qui représente un pas civilisationnel et illustre encore une fois la contribution communiste initiale en la matière (à l'encontre de la doctrine de l'attaque des populations civiles préconisée par les théoriciens bourgeois tel le général Giulio Douhet, qui furent si prisés par les fascistes et les nazis et continuent d'être adulés par les Etat-majors israéliens et américains, ainsi qu'en témoignent leurs doctrines et leurs actions sur le terrain, bombes à fragmentation, mines antipersonnel, bombardements des infrastructures civiles, dynamitage des habitations et " daisy bombs " à l'appui.) Dans l'optique précise qui nous préoccupe ici, du point de vue des populations civiles, la question difficile consiste à accélérer les négociations préalables à toute intervention puisque la négociation des modalités de la mise en application de la neutralité défendue ici est plus immédiatement utile aux dirigeants qu'aux populations. Comment alors gérer les urgences avant les déploiements qui, en tout état de cause, exigent toujours un certain temps avant de pouvoir être efficaces ? La solution réside dans la formation et/ou l'activation des organisations régionales de sécurité collective, strictement placées sous l'égide de l'ONU, et dans le respect de la neutralité telle que définie plus haut. En effet, aucun groupe belligérant ne pourra longtemps rester à l'écart d'un type d'intervention qui assure sa traduction politique sans risque de défaite militaire. Les vrais problèmes sont ailleurs, c'est-à-dire dans l'intervention (ou la non-intervention active) de puissances étrangères ainsi que l'a démontré Wolfowitz, imitant avec son brio ordinaire les méfaits d'une Albright au Rwanda, lorsque aux demandes pressentes d'intervention américaine en Sierra Léone et au Libéria, il crut intelligent et habile d'affirmer que les USA ne pouvaient intervenir sans avoir auparavant reçu l'aval de tous les belligérants et ceci au non de la " neutralité ". (En fait, Wolfowitz ne pouvait ignorer la situation sur le terrain et surtout le fait que ce type de position de la part de son pays ne pouvait que jeter de l'huile sur le feu en empêchant l'ONU d'agir. De la même façon, il n'ignorait pas qu'il avilissait ainsi en conscience et de manière caractéristique un bon concept naît ailleurs.) En réalité, lorsque cela s'avère nécessaire pour le bien des populations civiles, et dans le souci de ne pas violer la souveraineté des Etats membres de l'ONU, ni d'effectuer des " changements de régime " illicites, il est clair qu'il faut exercer des pressions extrêmement fortes dans le but de faire admettre rapidement par tous les belligérants ou même, dans un premier temps, par les principaux d'entre eux, du point de vue de la continuité de l'Etat et de la force sur le terrain, le déploiement des casques bleus selon le principe de la neutralité décrit ici. A ma connaissance aucune intervention de maintien de la paix, y compris celles, classiques, qui se déroulèrent dans le cadre de la guerre froide, ne se sont jamais heurtées à des refus. Leurs problèmes résidaient dans le fait qu'elles perduraient et qu'elles pouvaient donc en principe être révoquées par une seule partie avec l'intention de régler le problème par les armes au moment opportun. Le nouveau principe de neutralité, donnant lieu à une translation politique négociée, ordonnée et équitable, sera pour sa part impossible à refuser. Les pressions le cas échéant feront le reste. En définitive, le seul problème véritable réside dans la mauvaise volonté de certains membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. C'est pourquoi, en attendant que le principe de la Résolution Acheson soit réintroduit afin de démocratiser les relations entre Conseil de sécurité et Assemblée générale, il serait souhaitable que les organisations de sécurité collective régionales prennent l'habitude d'en référer d'abord à l'ONU puis, en cas de refus de certains membres permanents, de faire valoir la Résolution Acheson au niveau régional, en prenant soin toutefois de faire avaliser les interventions les plus litigieuses par l'Assemblée générale, de manière à permettre une éventuelle contribution onusienne au financement de ces opérations non-agressives opérées au nom de l'ONU et de sa Charte. Ceci constituerait alors une alternative, internationalement acceptable et cohérente avec la Charte de l'ONU, à la soi-disant " ingérence humanitaire " qui n'a jamais servi que les intérêts des grandes puissances " concernées ", tout en constituant une aubaine médiatique pour certaines personnalités aussi impartiales que Jacques Foccart ou Kissinger et leurs émules, plus ou moins masqués, en la matière.
En inscrivant ces principes onusiens dans sa constitution, l'Europe sera naturellement protée à se donner les moyens économique et diplomatique de sa propre indépendance et de son autonomie d'action sur la scène internationale. Elle sera alors largement portée à privilégier les actions qui sont compatibles avec la Charte de l'ONU, y compris celles qui, pour un temps encore, se dérouleraient pour certains membres dans le cadre d'alliances régionales en partie extérieures à l'Europe elle-même. Puisqu'une des fonctions principales du financement de la recherche et des industries liées au " complexe militaro-industriel " européen à travers les " coopérations renforcées " vise l'indépendance économique, il s'ensuit que l'UE ne peut pas se permettre de soutenir financièrement les nouveaux pays membres au même rythme que les autres lorsque, pour des raisons idéologiques d'un autre âge, ils entendent fragiliser la solidité d'ensemble en se procurant des systèmes d'armement hors de l'Europe. La cohérence et la décence sont ici de rigueur et ne souffrent aucune discussion. Les chevaux de Troie ne sont indispensables à aucune " maison commune " quelle qu'elle soit ni, à plus forte raison, au prolétariat et à ses organisations syndicales et politiques ainsi que le démontre tragiquement l'histoire récente. Au demeurant, le développement de ces systèmes d'armement mettant en cause des ensembles industriels de grande ampleur, il importerait que l'UE se donne les moyens de mieux répartir les retombées économiques auprès des pays acheteurs. Ceci devrait relèver en principe de la Commission du plan dont nous avons parlé plus haut.
Quelques actions décisives s'imposent cependant. La première serait le soutien de l'Europe et des pays les plus avancés pour la conception et la mise en œuvre d'une défense européenne aux élites des pays membres désirant mettre un terme à un avatar du néocolonialisme issu de la guerre froide qui prend la forme honteuse des bases militaires américaines en plein cœur de certains pays membres de l'UE. Ces bases ne sont plus nécessaires à l'Otan du fait du développement des armes nouvelles et du suicide du Pacte de Varsovie, organisation qui constituait sa seule " raison d'être " " acceptable ". Au mieux, l'Otan a besoin de bases aériennes lui permettant de faire escale et de se ravitailler. Ce sont là des tâches qui devraient être planifiées au sein des armées des pays membres mais qui certainement ne nécessitent plus la présence armée extraterritoriale des USA dans les pays membres. Vu la prépondérance du sentiment populaire européen en faveur de la paix et de la Charte de l'ONU, le nombre de ces tâches otanesques devant se dérouler à partir de l'Europe sont minimes, sinon inexistantes. Les élites américaines peuvent rêver de s'instituer en " bras armé " de l'ONU, ceci n'est qu'un rêve unilatéral et impérialiste. Il dénature le mandat de l'Otan et son rôle ainsi que le fonctionnement démocratique prévu par sa Charte qui impose une prise de décision à l'unanimité entre pays membres souverains. Rappelons que cet accord unanime devrait encore être sanctionné par un vote de chaque Parlement, à moins qu'on ne veuille réduire ceux-ci à de simples chambres d'enregistrement pré-démocratiques. Les élites impérialistes des USA, qui seraient mieux avisés de relire les avertissements de Harry Magdoff sur la question, sont donc libres de poursuivre leurs rêves impériaux pathologiques si elles le désirent, ceci ne regarde pas l'Europe. Il faut bien voir que si tel était le cas, la volonté de subordonner l'Europe à ce choix impérial et militariste ne sera pas, en tout état de cause, la décision stratégique et diplomatique la plus sage, puisque contre-nature. En regard des pays membres, la réalité est que ces excroissances territoriales d'un autre âge (v. Cermis, par exemple) que sont les bases militaires doivent être supprimées. Elles fonctionnent au mieux comme de puissants lobbies antidémocratiques, et, en temps ordinaire, semble-t-il dans la Péninsule italienne, comme le véritable Sénat tout puissant d'une démocratie sous surveillance, immédiatement soumise à la " stratégie de la terreur " dès que ces intérêts étrangers (militaires, économiques et stratégiques) sont minimement remis en question. (Qui a oublié, les langues se déliant suite à l'euphorie qui suivie la chute de l'URSS, l'ambassadeur américain à Rome, du temps des " années de plomb ", reconnaissant devant les télés américaines son rôle de porteur de valises d'argent destinées à alimenter cette systématique destruction de toute possibilité de " compromis historique " pouvant mener le pays hors de sa servilité luckylucianesque ? Qui a oublié que le triste membre de Gladio, le sieur Andreotti, qui ne mérite certainement pas d'être en liberté, se sortit d'au moins un de ses procès grâce à la mise à l'abri des autorités judiciaires italiennes par les autorités américaines d'un témoin gênant. Ces alliés impérialistes le maintenir en lieu sûr jusqu'à sa mort, alors que son témoignage, dont la substance était largement connue d'avance, aurait suffit, aux yeux de la loi italienne, pour envoyer ce triste valet informe, aimant se pourlécher du mot " Belzébuth " alors qu'il porte au premier chef le poids de la malédiction de Aldo Moro, derrière les barreaux pour le restant de ses jours ? Andreotti n'est que le plus caricatural de ces larbins politiques ordinaires, comptant également un Cossiga parmi eux, mettant constamment l'intérêt de leur caste au-dessus de l'intérêt national qui feraient la honte du pays le plus corrompu et le plus dépendant et qui, en l'occurrence, condamne cette pratique moyenâgeuse qui consiste à nommer des sénateurs à vie. Cependant, à l'heure des débandades, personne ne devrait oublier ni sous-estimer le contexte culturel national et international qui, pour ne donner qu'un seul exemple, mena un Enrico Berlinguer et plusieurs autres personnages rémunérés au sein du PCI officiel, à soutenir en sourdine que l'Otan (et par conséquent ses bases et ses meurtrières conséquences dans la Péninsule ?) valait mieux que le bloc communiste. Cette attitude convenue ( ?) mériterait d'être comparée à la compréhension objective et critique de la dynamique et des marges de liberté propres à tout régime bipolaire défendue par des Gramsci et des Togliatti, des De Gaulle ou des Tito, selon leur position de classe respective : ceux-ci ne se réclamaient apparemment pas des mêmes " racines " que ceux-là, ni des mêmes référents cultuels. Ils n'auraient pas certainement tirés les mêmes conclusions de l'offensive diplomatique soviétique d'Helsinki qui démontrait concrètement que la Détente pouvait jouer en faveur d'une Europe authentiquement indépendante de l'un et de l'autre bloc. (Plus intelligemment, Washington en tira sa hantise de tout " découplage ", une hantise dure à passer semble-t-il, question de régime à part !) Et que dire de ces autres, diversement élus par alliance ou par choix, toujours convaincus du reste d'être dans le sens de l'histoire avec la meilleure conscience béate du monde, revenant parfois d'un refuge à San Giovanni in Fiore en des temps pénibles et malheureusement sans humour, mais qui s'emploient légèrement aujourd'hui à occulter les avancées authentiques dans le domaine de la " loi de la valeur marxiste " ou celui de la " psychoanalyse marxiste " auxquelles, en tant que " communistes " qui en sont revenus conscients de leurs erreurs passées, ils nous affirment aujourd'hui, avec retard, n'avoir jamais cru, tout en feignant d'ignorer que ces contributions capitales récentes sont abondamment plagiées par des gueux titrés (au mérite nietzschéen) qui s'emploient eux-mêmes à en détourner le sens, ce qui, au demeurant, est peine perdue de nietzschéens éveillés et de bas clergés caractéristiques, mais a néanmoins l'avantage de révéler l'honnêteté et la décence intellectuelle et simplement humaine des uns et des autres (une bénédiction, en somme et un gage précieux pour le futur.) ? On le voit, ces rhétoriques plus ou moins alimentaires naissent de l'illusion ordinaire sur le sens de l'histoire récente et sur la mémoire fort peu philo-sémite nietzschéenne des militantes et des militants, sinon, sur l'auto-valorisation d'un " style " d'expression de classe, bien propret, qu'ils sont fiers d'avoir intériorisé et qui, heureusement, les mets à l'abri de toute pensée frisant involontairement l'hérésie. Un bon débat " démocratique " n'est-il pas, en effet, un débat bien encadré, dont les conclusions sont tirées d'avance ? Un débat visant à banaliser et à dévoyer les points forts de l'adversaire en taisant jusqu'à son nom mais en lui dérobant à découvert ses concepts, en comptant fallacieusement sur l'impunité intellectuelle ? Certaines personnes, le peuple même, n'ont jamais besoin qu'on prétende parler à leur place, sans d'ailleurs le bagage qu'il faut. Une histoire à finir donc : il y a ceux qui se réclament de la Commune et ceux qui, croyant l'heure de l'Empire venu et leur position de bas clergé bien assuré dans des organes donnés pour " autonomes ", renient leur masque (marxiste ?) d'antan en affirmant par écrit, qu'après tout, elles n'avaient jamais cru à l' " utopie " des " conseils ouvriers ". Mais il y a également les autres, tous ceux qui immanquablement finiront par juger. Seuls les imbéciles dit-on ne changent pas d'idées, le problème étant que malheureusement les imbéciles changent parfois également d'idées malgré le procès préventif qu'on leur fait, mais sans doute le font-ils après mûre réflexion, sans céder aux modes trop vénales que par nature ils ne savent pas évaluer ! On l'aura compris la présence de ces bases étrangères fausse irrémédiablement la démocratie des pays hôtes tant du point de vue diplomatique que politique, économique et bien entendu judiciaire et culturel. Une constitution européenne n'aurait aucun sens si elle s'accommodait de la permanence de ces excroissances extraterritoriales en son sein. J'ai déjà eu l'opportunité de faire remarquer ailleurs que cette position de principe au sujet de la présence de bases militaires étrangères sur le sol italien n'a rien à voir avec l'amitié entre les peuples américain et italien. La fermeture de ces bases pourra d'ailleurs être couronnée par l'intensification des contacts entre les populations civiles des deux pays tant au niveau de l'accueil des étudiants, des touristes et mêmes des gens d'affaire. De fait, ces contacts sont déjà extrêmement soutenus et mutuellement bénéfiques, comme peuvent en témoigner les gens de ma génération.
Immigration.
De nombreux rapports des agences spécialisées de l'ONU font état des dizaines de millions de personnes vivant au Sud et à l'Est du bassin méditerranéen qui sont susceptibles de se déplacer de leur région d'origine poussés par la répression politique ou le terrorisme inhérent au système économique inégalitaire en place. D'un autre côté l'indice synthétique de fécondité de tous les pays européens avancés est très en-dessous du pourcentage nécessaire au renouvellement des populations. A ce rythme un pays comme l'Italie aura quelque 49 millions d'habitant ou moins d'ici 25 à cinquante ans. Son statut de grande puissance européenne et de puissance moyenne mondiale disparaîtrait pour longtemps. Le calcul selon lequel cette évolution démographique serait une aubaine économique pour un capitalisme post-moderne, libérant toujours plus de force de travail qu'il n'est capable de résorber ensuite dans d'autres secteurs, est un calcul suicidaire d'ailleurs propre à des sociétés vieillissantes dont les artères commencent à être sérieusement ankylosées faute de savoir conserver un esprit et un cœur jeunes et socialement ambitieux. L'espace de Schengen ne vaut que ce que valent les quartiers fortifiés des USA ou de Neuilly : dans ses efforts vains, il ne protége que ce qui est en train de mourir sans retour, historiquement parlant. Les calculs arithmétiques concernant les millions de personnes qu'il faudrait accueillire dans un laps de temps très bref pour atteindre un taux de renouvellement des populations passent aussi largement à côté du problème, tout en dressant un épouvantail savant qui fait le lit du paradigme néolibéral au tréfonds des consciences les plus vulnérabilisées ou les plus compradores. Pourquoi s'acharnerait-on à rechercher ce qui est mathématiquement impossible ? Par conséquent, toute contribution extérieure à la force de travail et à la natalité prise en compte par l'Etat nécessiterait d'emblée la sortie des modèles économiques et internationaux prévalents et c'est bien de cela dont il s'agit. Or, il suffit de tendre vers le taux de renouvellement en posant des objectifs chiffrables plus immédiats : le maintien du rapport force de travail active et retraités à 3 pour 1 d'abord, puis la progression ascendante de ce rapport vers un rapport de 4 à 1 et, au-delà, selon la programmation de la croissance réelle. (j'entends par " croissance réelle " la hausse du PIB, bien entendu, mais selon une " méthode " qui respecte certains barèmes socio-économiques fondamentaux, tels le financement des retraites compatible avec le partage du travail et la retraite générale à 55 ans, le financement de tous les programmes contributoires et généralement le maintien de l'assiette fiscale nécessaire à l'Etat social.) A y regarder de plus près, l'Europe vieillissante et frileuse ne peut pas se passer de cette contribution extérieure : les visas de Schröder, tout comme la situation des infirmières et infirmiers dans l'Hexagone suite à la mise en place des 35 heures, en témoignent comme en témoignent la nécessaire contribution immigrante aujourd'hui au Portugal, en Espagne et en Italie. Ce choix d'une gestion purement capitaliste de la main-d'œuvre dans le cadre d'un modèle néolibéral de l'offre explique un grand nombre de contradictions " insurmontables " actuelles, ces mêmes contradictions amplifiées par Schengen et faisant le jeu de la droite réactionnaire sur l'ensemble du continent. Par exemple, les réfugiés politiques pourtant protégés par des traités internationationaux sont redéfinis d'office comme réfugiés économiques donc refoulables avec bonne conscience. L'Angleterre dépense des millions de dollars tous les ans pour maintenir un personnel scrutant les éventuels passagers clandestins dans les aéroports et les autres points potentiels de départ. L'Italie finance les polices côtières de ses voisins pour éviter d'avoir à affronter ces problèmes dans les reportages télévisés aux heures de pointe. Ces pays contribuent pourtant aux belles guerres préventives et à leurs bombardements humanitaires qui, des Balkans aux régions kurdes, ont envenimé des problèmes latents et contribué à déplacer des millions de personnes. Le fin du fin vise à renforcer la Ligne Maginot de Schengen pour n'avoir plus à se renvoyer les patates chaudes (aux yeux d'une opinion publique manipulée) tout en renvoyant les réfugiés et autres illégaux dans leur pays de départ. Au final, l'espace Schengen influant sur les sommets soi-disant destinés à l'espace méditerranéen dicte les priorités de ces rencontres et contribuent à accroître la situation actuelle qui fait que la politique de puissance des pays occidentaux " produit les réfugiés " en proportions industrielles dans les pays du Sud alors que ces mêmes pays sont supposés les accueillir majoritairement, ce qu'ils font d'ailleurs déjà aujourd'hui, en jouissant tout au plus d'une aide humanitaire désormais doublée d'une " ingérence " d'un pedigree plus que douteux. On le voit ceci est intenable et désastreux.
Dans mon Tous ensemble (pages 89-90) j'avais tenté de développer succinctement les contours d'une politique européenne conciliant développement économique des régions et des villes et intégration en douceur des nouveaux arrivés dont le nombre pourrait être considérablement accru en favorisant la catégorie des réfugiés, surtout ceux envers qui l'Occident a des dettes historiques ou récentes. Je renvoie ici aux passages mentionnés. Essentiellement, il s'agirait de rediriger les fonds structurels européens. Contrairement à la volonté de les supprimer à terme, ceux-ci devraient être élargis en direction des régions présentant des projets propres à relancer l'économie locale par les retombées économiques dues à l'intégration des immigrants. La conjugaison de ces deux objectifs permettrait de relancer une croissance plus auto-centrée tout en supprimant les racines économiques et psychologiques de la xénophobie ordinaire, coupant ainsi l'herbe sous les pieds des partis d'extrême droite. L'immigration serait alors associée avec justesse à la croissance réelle. Rappelons une autre leçon du New Deal américain : l'irruption de la guerre outre-atlantique permit la réalisation rapide du plein emploi et donc une amélioration sensible des salaires. Les New Dealers, déjà convertis au keynésianisme par des économistes comme Hansen, et aiguillonnés par de jeunes recrues comme Sweezy, remarquèrent rapidement que l'augmentation marginale des salaires réels des ménages s'investissait rapidement dans les secteurs intermédiaires liés à l'augmentation du standard de vie, tels l'automobile et les électroménagers. Cette idée fondamentale reste à la base de la thèse de la " maturation " des marchés développée notamment par Perroux quoiqu'elle soit exprimée selon un angle de vision différent. L'immigration et son intégration économique et sociale rapide, particulièrement celles des réfugiés, permettrait donc le soutien de marchés internes plus rentables que les marchés externes puisque ces derniers appellent également aujourd'hui une délocalisation industrielle tirée uniquement par les sur-profits réalisés par les entreprises multinationales. Une révision des règles anti-dumping compléterait le tableau et représenterait du coup le salut définitif des industries européennes et de ses travailleurs.
Plus largement, il est clair que le modèle de développement des deux rives de la Méditerranée doit impérativement changer. C'est le rôle de l'Europe de propulser ce changement. Il s'agit d'abord d'en revenir, en Europe, à une politique sociale reposant de nouveau sur l'intervention de l'Etat et sur la planification ainsi que je l'ai indiqué plus haut. Ce nouveau modèle devrait être défendu par les instances européennes compétentes et les pays membres au sein du FMI et de la Banque mondiale, organisations dans lesquels la Zone euro dispose collectivement de quotas plus importants que ceux des USA, sans qu'elle jouisse pour autant de l'influence économique et diplomatique qui devrait en découler, par exemple lors des négociations du Club de Paris ou encore lors de l'établissement de la philosophie et des objectifs des " conditionnalités " attachées aux plans d'ajustement structurel exigés des pays endettés du Sud. De la même manière, le pourtour de la Méditerranée, étendu à la Francophonie et à l'Afrique, devrait constituer une base diplomatique pour la défense de la nouvelle conception de l'anti-dumping liée au maintien du plein emploi. Elle devrait également constituer une base nécessaire pour le développement de l'Europe elle-même en restructurant et en démultipliant l'aide étrangère liée. Aujourd'hui, reaganisme aidant, tous les pays ont oublié l'objectif de 0,7 % du PIB des pays riches qui aurait dû être consacré à l'aide étrangère : ce pourcentage tourne autour de 0,3 ou 0,4 %, au mieux, et sert surtout de prétexte au financement du secteur privé sous couvert d'un " partenariat " par lequel le secteur privé comblerait avantageusement le retrait des Etats. Ce qui, preuve faite, fut la recette d'un désastre rarement inégalé dans l'histoire. Préceptes néolibéraux et Chicago Boys à l'appui, cette initiative réactionnaire transforma une partie du Tiers monde en Quart monde, notamment en Afrique, ce continent qu'on a dit " perdu au développement ". Ainsi que d'autres l'ont également illustré, une bonne conception du maintien et du développement de l'Europe suppose de nouvelles relations avec les pays africains, méditerranéens ainsi qu'avec la Fédération de Russie et la Chine. Ce qu'il convient d'ajouter à ces études, c'est qu'il faut impérativement changer de paradigme de commerce international et d'aide au développement économique. Dans le premier cas, qui vise plus particulièrement la Russie et la Chine, il s'agit essentiellement des nouvelles règles à développer en terme d'anti-dumping liées au plein emploi. Le reste suivrait de cela. Dans le second cas, qui concerne nombre de pays africains et du pourtour méditerranéen, il s'agit d'inverser l'optique : l'aide au développement ne serait plus une aide visant (en théorie) essentiellement ces pays mais également ou avant tout l'Europe elle-même (ce qui est plus congruent avec la réalité). Il s'agirait de concevoir un espace intégré et mutuellement bénéfique reposant sur la planification de longue haleine d'une division inter-régionale du travail. Mon optique est celle de l'égoïsme calculé du Plan Marshall mais dans le respect intégral de la souveraineté des pays concernés (il ne serait pas question, par exemple, de traiter le Zimbabwe comme un Bernard Baruch cru pouvoir traiter l'URSS : à savoir, exiger le contrôle de toute la comptabilité du pays en échange de l'accès aux fonds disponibles du plan.) L'aide, coordonnée par une instance européenne, viserait initialement des pourcentages de 1 à 2 % et son montant serait à terme entièrement substitué aux actuelles exonérations fiscales accordées aux entreprises, puisqu'on sait que ces mesures fiscales atteignent rapidement des rendements décroissants sans d'ailleurs que l'Etat puisse contrôler l'utilisation qui en est faite par les entreprises en matière de création d'emplois. Cette aide serait alors nécessairement liée, en ce sens qu'elle provoquerait des achats proportionnels chez les pays donateurs. Par contre, les pays ou les unions régionales recevant ces aides seraient maîtres en ce qui concerne l'affectation industrielle et économique de ces aides. C'est là le meilleur moyen d'optimiser la planification économique d'ensemble d'un côté et de l'autre sans créer des rigidités artificielles dans le fonctionnement ordinaires des économies. Bien entendu pour accélérer le mouvement de développement, les joint-ventures seraient privilégiées. Du fait de la rareté des capitaux disponibles en Afrique, ces joint-ventures pourraient prendre la forme de consortiums formés à partir de l'aide étatique européenne et de la participation des entreprises publiques ou privées européennes en collaborations avec les partenaires locaux disponibles. Après 4 ou 5 ans, la part créée grâce à l'aide étatique européenne serait cédée en tout ou en partie aux pays hôtes, ce qui reviendrait ni plus ni moins qu'à amortir l'investissement long des entreprises européennes engagées dans ces initiatives et ainsi à assurer la rentabilité de l'ensemble des consortiums en question. De plus les pays africains prendrait le contrôle de l'ensemble des institutions bancaires oeuvrant dans leur pays qui ne seraient pas engagées principalement dans le financement de l'import/export ou dans les prêts accordés aux consortiums dont nous avons parlés. Ces institutions financières prendraient la forme des maisons d'épargne coopératives chapeautées par une institution mère. Outre de redonner le contrôle de l'épargne interne aux pays africains sans laquelle rien n'est jamais possible en matière de développement, ceci aurait alors trois avantages : d'abord celui de donner aux gouvernements africains la possibilité d'écouler et de soutenir leurs propres bons du trésor grâce à l'épargne domestique et ainsi de résorber à terme leur endettement extérieur ; ensuite, de créer des institutions bancaires aux assises nationales fortes ; et finalement de permettre, du fait de la structure coopérative, l'octroi de micro-crédits, de préférence à des initiatives agricoles, artisanales et industrielles issus du cru et utilisant, elles aussi, la structure coopérative, ce qui permettrait une meilleure rentabilisation des moyens de production disponibles. Avec où sans aide extérieure, il est clair que les réformes touchant la socialisation de l'épargne nationale et donc du crédit devraient constituer une urgence pour tous les pays africains. Les critères de développement retenus et rendus possibles grâce à cette aide nouvelle seraient fonctionnels : il s'agirait de re-déployer une logique des filières économiques dans les espaces considérés avec des partenaires traités comme des égaux, pour une raison simple : une fois les marchés occidentaux et asiatiques saturés, les produits complexes de l'industrie européenne (TGV, usines clés en main etc.) doivent pouvoir compter à terme sur de nouveaux clients solvables. Il faut donc planifier la création de cette solvabilité. Les flux de capitaux vers le Sud sont aujourd'hui largement négatifs : ce scandale maintient et accroît le sous-développement de nos voisins et de leurs populations. L'aide liée et ciblée doit donc compenser cette ponction et créer les conditions de son inversion durable. Elle doit donc être considérablement augmentée et coordonnée au niveau européen ce qui, à terme, mettrait en jeu les anticipations de la Commission du Plan dont nous avons parlé. Afin de s'assurer d'une gestion efficace de ces stratégies de développement nouvelles, il conviendrait que l'Europe sociale, défendue ici, prenne toutes ses responsabilités au niveau international sans a priori idéologiques et qu'elle soutienne la mise en place d'Etats interventionnistes dans le Sud et en particulier dans les pays qui seraient les plus enclins à redistribuer équitablement les richesses découlant de cette nouvelle relation avec l'Europe. C'est d'ailleurs le seul moyen d'œuvrer en faveur du respect des droits humains qui incluent également, et au même niveau de dignité, les droits sociaux au nom desquels l'Europe elle-même cherche à s'intégrer. Autrement cette défense des droits humains formels ne devient qu'une sanglante supercherie de classe, et aujourd'hui de caste, philo-sémite nietzschéenne pour laquelle le " mensonge " et le " terrorisme d'Etat " sont des instruments impériaux privilégiés. La défense du pluralisme des régimes économiques devrait être une ligne de conduite de laquelle aucun européen qui se respecte ne devrait jamais s'écarter puisque, sans elle, l'insistance sur les droits formels bourgeois n'est jamais qu'une sourde déclaration de guerre provenant de peuples globalement minoritaires mais historiquement expropriateurs et exploiteurs qui s'acharneraient à légitimer leur domination sur le monde.
Préambule et laïcité
La laïcité consiste à garantir la liberté de conscience, c'est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire. Ce principe devrait être inscrit dans le Préambule de la Constitution européenne de même que dans le texte même de la Charte des droits immédiatement après la liberté de religion. A défaut, le projet de constitution devra garder un silence absolu sur cette question, renvoyant aux lois nationales de chaque pays membre, ou bien être rejeté sans la moindre hésitation. Le sujet, quoi qu'on en dise, est plus que vital : il relève tout bonnement de la conception qu'on se fait de la souveraineté politique, d'origine divine ou populaire. Or l'Europe ne peut être ni un Vatican ni une Israël redéfinie comme Etat officiellement raciste (d'une seule ethnie/religion) et théocratique. Cette laïcité seule digne de l'histoire de l'humanisme européen est tout le contraire des contre-réformes multiconfessionnelles qui selon des Bauer, Stasi et compagnie voudraient donner la réintroduction par la bande de l'obscurantisme religieux dans les écoles publiques sans jamais mentionner la dignité paritaire de l'agnosticisme et de l'athéisme, ou encore de ce dernier sous la forme de ce que j'appellerais une " psychologie de la libération " selon les paramètres démontrés la première fois de manière claire et irréfutable dans la seconde partie de mon Pour Marx, contre le nihilisme.
Le Préambule de la Constitution européenne devrait également inclure la condamnation de tout racisme comme antithétique à l'humanisme européen et souligner que si l'antisémitisme constitue une forme idéologiquement et historiquement grave du racisme, l'exclusivisme sous toutes ses formes en constitue la source la plus virulente. Alors qu'une application stricte de la laïcité constitue la meilleure prophylaxie contre l'exclusivisme religieux, les mesures légales sont le seul remède contre l'exclusivisme politique, puisque toutes les formes d'exclusivisme politique portent irrémédiablement atteinte aux principes constitutionnels de l'égalité, de la liberté (notamment de la liberté de conscience) et de la tolérance. Afin d'éviter des discussions stériles et manipulées par des groupes puissants mais forts peu démocratiques, provenant souvent de l'extérieur de l'Europe, le Préambule devrait sans doute prendre la peine d'ajouter que l'anti-sionisme tombe sous le coup des opinions politiques légitimes et donc sous le coup de la protection de la liberté d'opinion et de la liberté d'expression. De fait, Th. Herzl n'est pas prophète et encore moins dans sa propre communauté d'origine qui, fort heureusement, a de multiples conceptions de ce qu'est et devrait être le " sionisme " après 1947 ou après le 15 mai 1948. Surtout, il importe de souligner dans le Préambule que la condamnation la plus ferme de l'anti-sionisme de droite constitue pour tous les citoyens européens, quelles que soient leurs origines proches ou lointaines, une obligation morale et politique pour cause d'anti-exclusivisme, ici placée sous le signe de la résistance au nazifascisme et du devoir de mémoire authentique qu'elle impose à des Etats européens lui devant leur légitimité et souvent leur constitution, en tout cas lorsque celles-ci ne furent pas écrites outre-atlantique. Rappelons que le sionisme est un mouvement multiforme naît des pogroms et de l'Affaire Dreyfus qui s'imposa suite à la politique d'extermination raciale menée par les Nazis. Miracle inespéré et sous-évalué par de trop nombreuses personnes de toutes origines, du fait de l'acceptation du principe " échange des terres contre la paix " par l'OLP, le sionisme sera désormais compatible avec l'existence légale de l'Etat israélien suite à son acceptation de la création d'un Etat palestinien indépendant et souverain sur tous les Territoires Occupés visés par les Résolutions 242 et 338. Le sionisme de droite est pour sa part une perversion dangereuse de nature fasciste, coloniale, théocratique et ouvertement raciste : il revendique l'abolition du peuple palestinien comme peuple et sa déportation " silencieuse " pour mieux usurper les terres qui lui reste afin de créer un Grand Israël utopique capable d'imposer la reconstruction du temple illégitime de Salomon sur les cendres de Haram al-Sharif, troisième lieu saint de l'Islam. Ce projet, déjà monstrueux en ce qu'il implique nécessairement l'avilissement définitif de tout un peuple et de tout un groupe humain fort de 1,2 milliard d'individus de la part d'un peuple récemment persécuté, impliquerait une guerre de civilisation permanente et, par conséquent, la vaine tentative de construire un empire philo-sémite nietzschéen capable de la mener à bien. Il impliquerait également la suppression et l'encadrement des libertés civiles des citoyens au nom de la préservation d'une " sécurité " de caste auto-proclamée. Tout ceci est diamétralement opposé aux valeurs de l'Europe historique et plus encore de l'Europe issue de la résistance au nazifascisme. Aucune intimidation ne saurait être tolérée à ce sujet. Aucune dénonciation d'antisémitisme ayant pour seul objet de couvrir le sionisme de droite ne devrait être tolérée par aucun citoyen soucieux de ces devoirs républicains ni par la justice. La confusion et l'amalgame, on le sait, font souvent le lit de l'obscurantisme violent, porté à légitimer ses nombreux crimes de guerre comme une autodéfense dès lors qu'on laisse faire.
Soulignons l'obligation pour l'Europe d'instituer une commission multiethnique regroupant toutes les croyances, religieuses ou pas, dont la vocation serait le monitorage du racisme sous toutes ses formes en Europe. Cette Commission recevrait un pouvoir de recommandation auprès des autorités compétentes et serait la seule habilitée à le faire. Elle pourrait éventuellement entendre les autres organisations du même type qui demeurent des groupes de pression dédiés à la défense d'un seul groupe mais cela ne serait pas une obligation légale. Cette Commission aurait également le mandat de définir les termes de manière opérationnelle afin de comprendre concrètement les situations sur le terrain et donc de pouvoir agir avec intelligence et efficacité. Cette action ne peut être que préventive puisque la répression relève d'autres instances mais elle est primordiale pour endiguer les dérives qu'elle pourrait constater. Les diatribes plus ou moins manipulées dans le domaine, par des groupes organisés à vrai dire comme des sectes succombant trop facilement au " politically correct " du moment, sont peu utiles et souvent totalement contre-productives. La Commission tiendra alors compte de l'importance comparée des actes racistes qu'elle aura elle-même relevés et analysés, non pour en excuser certains mais pour les condamner tous avec une égale justice. Quoi que l'on puisse penser de l'importance historique ou philosophique ou nietzschéenne de la Shoah, ces conceptions n'autorisent personne à croire qu'une insulte antiislamique soit en Europe moins grave qu'une insulte " antisémite ", au sens spécifique d'une insulte faite aux juifs. Ne pas le comprendre revient à mélanger irrémédiablement deux domaines ethico-politiques qui ne sont pas sur le même plan. L'antiarabisme et l'antiislamisme individuel des juifs (israéliens ou pas) vivant en Europe doit être considéré selon les mêmes critères que les autres formes de racisme. Par contre, ces manifestations de racisme antiarabes et antiislamiques en provenance des organisations juives, quelles qu'elles soient, sont ontologiquement irrecevables et doivent être condamnées avec la dernière rigueur et la dernière sévérité. En effet, le rôle légitime de toute Commission de ce type ne peut pas être par définition d'opérer une hiérarchie entre types de racisme mais de les combattre tous également, pour la bonne et simple raison que les citoyens et tous ressortissants européens sont par nature égaux dans leur humanité. Ceci implique une grande vigilance envers les foyers souvent politiques et religieux à partir desquels ces perversions éthiques se propagent. Cette manière de voir les choses, la seule me semble-t-il, qui soit démocratique et non-exclusiviste, devrait également être généralisée à tous les pays membres de l'UE. Ceci aurait l'avantage de légitimer les travaux et les recommandations de ce type de Commission plurielle et nous épargnerait le genre d'indignité qui, lors du lancement de la Seconde Intifada, vit un juif italien se tuméfier lui-même le visage pour ensuite prétendre publiquement avoir été agressé par des groupes " antisémites ", une version reprise avec indignation mais également avec arrogance par de nombreuses organisations juives en Italie et ailleurs. Bien entendu, ce type d'événement, nous le savons tous, sont très rares et exceptionnels et peuvent même parfois être bien motivés quoique toujours totalement fourvoyés. Néanmoins, se sont là des dérives à éviter institutionnellement comme la peste pour de simples raisons de légitimité, cette indispensable légitimité et d'impartialité des principes moraux et politiques fondamentaux qui doit toujours rester sans taches.
Le Préambule devrait également faire une obligation à l'UE et à tous ses pays membres d'intégrer tous les ressortissants selon les formes que chacun jugera bon de retenir en autant qu'aucune " communauté " ethnique, religieuse ou économique ne soit systématiquement sur-représentés au sein des instances décisionnelles de la société politique comme de la société civile. Cette sur-représentation, lorsqu'elle se confirme dans le temps, est le signe antidémocratique par excellence d'un nietzschéisme de caste sous-jacent qui est une insulte gravissime à l'évolution et au sens de l'humanisme européen et mondial qui ne signifierait plus rien s'il ne reposait, au minimum, sur une réelle égalité des chances qui seule peut garantir une mobilité sociale sur la base d'un mérite réel, certifié sur des critères objectifs et non sur des lettres de recommandations ou des lettres pastorales ou sur toutes autres prothèses de ce tonneau-là. Certains s'acharnent à faire de fausses querelles à la discrimination positive et au " communautarisme " afin de mieux conserver les privilèges souvent immérités de leur collectivité d'origine qui jouissent désormais en silence de la tendance systémique à la perpétuation des privilèges acquis dans toutes les sociétés de classes, notamment les sociétés capitalistes ou théocratiques/capitalistes. Soit ! Mais qu'au moins tous aient une chance réelle identique à l'amont des processus de sélection et surtout qu'à mérite égal le souci principal soit celui d'éviter les dérives racistes et classistes qui, par empathie de caste, mènent fatalement à la sur-représentation de certains groupes lorsque l'Etat républicain refuse de jouer le rôle d'arbitre qui lui revient.
Le texte constitutionnel européen devrait s'attacher également à souligner son attachement pour l'éducation laïque, universelle et gratuite. Ceci impliquerait une stricte application du principe de laïcité : l'enseignement des religions doit strictement être banni de toutes les institutions scolaires qui n'ont pas vocation à enseigner des catéchismes et des articles de foi mais plutôt des principes de réflexion rationnels, critiques et scientifiques. Par contre, afin d'éviter la création de dialectiques tronquées dans l'esprit des élèves et des étudiant-e-s, prélude à l'asservissement volontaire à toute forme de superstition, l'histoire comparée des religions et de leurs interactions avec le développement de l'esprit des Lumières ainsi que de l'ethnologie, de l'anthropologie et de l'archéologie modernes devrait être intégrée aux programmes ordinaires ou faire partie de cours spécifiques lorsque le calendrier le permettrait. Les cours proprement dits de religion seraient tolérés comme cours facultatifs, après consentement des parents, le jeudi après-midi, ce qui impliquerait la récupération du samedi matin dans tous les pays ou cette matinée, pourtant nécessaire aux rythmes d'apprentissage des écoliers, fut supprimée pour des raisons obscurantistes qu'on n'ose pas élucider en public (par crainte d'être taxé d'antisémite par des exclusivistes notoires et leurs porte-parole plus ou moins masqués ?) . Le même refus de la régression impliquée par le multiconfessionalisme scolaire doit impliquer la condamnation constitutionnelle de tout financement public aux écoles et aux universités privées qui n'accepteraient pas de se soumettre entièrement au curriculum prévalent dans le secteur éducatif public et qui ne soumettraient pas également les critères d'embauche de leur personnel non-religieux aux règles en vigueur dans le secteur public. La seule exception envisageable regarderait les cours de religion dispensés dans ces établissements privés, à condition toutefois que l'enseignement de l'histoire comparée des religions, de la philosophie des Lumières et des sciences afférentes, soit intégralement respectée. On le voit, l'existence de ce genre d'établissement privé devrait être exceptionnel et ne se justifie pas autrement. En particulier, il convient de dénoncer la situation prévalant en Italie, pays dans lequel les écoles maternelles sont largement abandonnées au secteur religieux, ou encore celle prévalant en France où, sous couvert de laïcité apaisée, plus de 30 % des étudiants chrétiens, protestants et juifs (et demain musulmans et de toute autre confessionnalité) fréquentent des écoles privées religieuses sous contrat qui, de surcroît, seront exemptées de l'application de la nouvelle loi concernant les " signes " religieux ! (le ridicule, on le voit, ne tue pas toujours quoiqu'il envenime extraordinairement les choses, sans raison apparente.) La multiconfessionnalité dans le domaine scolaire, de par ses méthodes d'évaluation et de sélection subjectives et personnalisées des professeurs et des diplômés, conforte l'idée de "l'élection ", ce qui est une négation intolérable de l'idéal d'égalité républicaine surtout lorsqu'elle se perpétue sur fonds publics. Cet anti-égalitarisme militant se répercute ensuite sur l'ensemble des dynamiques qui sous-tendent la mobilité sociale au sein de la République surtout lorsque cette mobilité échappe à l'égalisation statistique résultant des concours aux Grandes Ecoles, tout entachées de classisme systémique qu'elles puissent encore être. Il permet d'expliquer ensuite l'inexplicable : par exemple, que dans une société capitaliste avancée, les écarts de revenus, sinon de richesses et de patrimoines, puissent être supérieurs à un ratio de 1 à 3 ou de 1 à 5, au grand maximum; ou encore, que des spéculateurs, souvent de simples criminels en clos blancs, qui ne contribuent rien à la richesse concrète de leur entreprise mais n'hésitent pas à s'affubler du titre ronflant de CEO (" chief executive officer " = " duce " d'entreprise, mégalomanie incluse ?) puissent s'octroyer des " salaires " et des " prêts garantis " par leur entreprise de plusieurs dizaines de millions d'euros, alors que les actionnaires ordinaires épongent seuls les désastres dus à cette culture de la spéculation (sans remise à zéro des compteurs tous les cinquante ans, puisqu'il n'est de morale et d'histoire que contemporaines !). Une fois bien en place ces mêmes spéculateurs professionnels, bien connectés à toute sorte de Hauts Conseils, en viennent naturellement à concevoir l' " intégration " comme une simple question de gestion d'une main-d'œuvre moins qualifiée qu'eux, ce qu'eux seuls peuvent croire sérieusement, problématique de création de la valeur à part. Ils parlent alors de " communautarisme " comme d'un danger suprême, sans jamais s'émouvoir de la filiation matrilinéaire et patriarcale qu'eux-mêmes et leurs semblables défendraient becs et ongles s'ils se sentaient collectivement visés, sans hésiter un seul instant à employer l'anathème convenu d' " antisémitisme " envers toute critique républicaine de pratiques privées que, fort heureusement pour nous, par les temps qui courent, le Coran n'a pas cherché à codifier dans un sens strictement exclusiviste ! Toute tentative ouverte ou dissimulée de porter atteinte à ces principes laïcs en semant la zizanie et la chienlit à dessein, par exemple en poursuivant une logique de reductio ad absudum qui trahit l'esprit de la constitution et la pratique républicaine, doit être condamnée et contrée sans ménagement. Ces manigances relèvent de techniques bien rodées par les castes dominantes soucieuses de fragmenter l'opposition, voire de créer artificiellement des pseudo-oppositions nuisibles pour les " nihilistes militants " qui y adhèrent et discréditées d'avance par les mass media dominants. Ce sont-là des techniques que Derrida chercha à conceptualiser/occulter par son concept de " déconstruction " mais dont il savait pertinemment qu'elles avaient été pratiquées bien avant lui. (Preuves à l'appui, nous pensons ici notamment à l'initiative du pathétique et intrigant Alain Bauer, ex-Grand Maître maçonnique du Grand Orient de France, et à ses semblables, sur la question du voile frauduleusement donnée pour une question de laïcité dans les seules écoles publiques, c'est-à-dire, en réalité, la question de la place légitime des sémites musulmans en France dont le poids démographique dépasse pourtant de loin celui des sémites juifs, malgré la scandaleuse sur-représentation de ceux-ci et la sous-représentation de ceux-là à tous les niveaux de la société et jusqu'au sein du PCF. Ajoutons qu'avec l'appui de Stasi, qui dans Le Monde affirme quelque peu obséquieusement mais à raison, partager la position de Wojtyla sur la " laïcité ", ils ont tout simplement cherché à faire écrire dans la loi républicaine une définition frauduleuse et anticonstitutionnelle de la laïcité comme multiconfessionnalité faisant consciemment l'impasse sur toute pensée non religieuse, ce qui aurait tout bonnement remis en question la liberté d'opinion et surtout la souveraineté du peuple. Ils se croyaient soudain être de taille pour prendre le contre-pied de mes mises au point antérieures, par exemple dans l'article " le lit du néo-fascisme " et son " annexe " (sans jamais oser les citer, malhonnêteté intellectuelle typiquement nietzschéenne qui les caractérisent ainsi que beaucoup d'autres) un texte qu'eux et leurs contrôleurs avaient reçu avec l'opinion que la " laïcité est une idéologie comme une autre " pour la simple raison qu'elle constitue le principal obstacle à leur volonté de régression philo-sémite nietzschéenne. Ils en dérivèrent également la conscience douloureuse que leurs manigances venaient de prendre fin intellectuellement de façon irrémédiable, ce qui les poussa à développer un concept fallacieux, lâche et, pour tout dire, bassement insultant pour la mémoire historique authentique, d' " antisémitisme de gauche ", en prenant d'ailleurs le soin instinctif de ne pas citer de source et de se confronter avec l'ombre des anges en évitant soigneusement les anges eux-mêmes. Ils oublient d'aucune loi ne peut, sans conséquences graves, tenter d'abolir un patrimoine républicain et égalitaire acquis de haute lutte. L'illusion de puissance dirigée contre les peuples est bien une affaire de " pitres ". L'illusion de faire peser une chape de plomb sur les concepts et les théories adverses n'est pas du " stalinisme " mais bien du nietzschéisme, en l'occurrence philo-sémite, le même qui mène à la publication des " œuvres " d'Ezra Pound, ce grand écrivain en avance sur son temps et des diverses Oriana Fallaci dont le nom même se passe de commentaire, sans évidemment parler des " pitres " connus, généreusement médiatisés et écoulées comme autant de produits de consommation courante. Or, qui ignore le sort que les démocrates véritables ont fait et feront à cette pseudo-théorie politique nietzschéenne et à ses variantes ? On notera que tout ceci milite en faveur de l'abolition des franc-maçonneries ou de leur stricte soumission à des règles de transparence démocratique qui empêcheraient à ces sectes non-élues, cultivant le secret et les superstitions les plus inavouables dans l'espérance de dominer les événements et les esprits, d'influer sur les processus décisionnels, par-dessus la tête des citoyens et de leurs organisations légitimes.
Est-il besoin de sonner la sonnette d'alarme en rappelant les effets dévastateurs du chômage de masse et de l'exclusivisme ? Or, les tenants de la désconstruction multiconfessionnelle de la laïcité sont aussi les tenants les plus acharnés du néolibéralisme et de la globalisation débridés, c'est-à-dire de la réintroduction d'un esclavage et d'une domesticité moderne par le biais de la précarisation à outrance de la force de travail. Bien entendu, ils pensent également qu'arrivée à un certain degré de paupérisation et de vulnérabilité économique et psychologique, cette nouvelle force de travail majoritaire perdra toute possibilité de résistance corporative/syndicale ou politique et qu'elle sera donc livrée, pieds et poings liées, à leur distribution quotidienne de pain et de cirque, de sorte que l'opium dispensé par leur temple fera le reste : à ce point, les valets sont supposés adorer leurs maîtres et ignorer jusqu'à l' " Instruction aux domestiques " de Swift, pour ne rien dire de Marx, des bolcheviques et des maoïstes classiques ! A ce rythme, les lendemains risquent de déchanter d'importance. Chacun d'entre nous est donc tenu de prendre préventivement ses responsabilités afin d'éviter qu'on vienne, par la suite, nous raconter de nouveau les sornettes habituelles, éloge appuyé des grands " maîtres à penser " d'emprunt que sont les Nietzsche et les Heidegger, en prime. Certaines " batailles des idées " doivent véritablement être les dernières, ou bien elles ne méritent pas d'être lancées.
Aujourd'hui le principe de laïcité fait l'objet de toute sorte d'ingérence en Europe. Pour couper court à ces intolérables immixtions antirépublicaines dans l'âme, il importe que l'UE énonce quelques vérités simples :
1) Les instances officielles de l'UE et de ses pays membres ne reconnaîtront pas officiellement l'existence de groupes de pression ne pratiquant pas la démocratie la plus transparente en leur sein mais se voulant les porte-parole des notables de leur communauté respective, sinon directement de leur Etat étranger d'attache, ce qui est un comble puisque dans ce dernier cas les représentations diplomatiques ordinaires suffisent amplement. Ainsi le Congrès juif mondial et ses succursales nationales ne devraient pas avoir d'audience auprès des instances démocratiques européennes, surtout lorsqu'ils donnent la parole à des Bronfman parlant pour le compte d'un criminel de guerre comme Sharon. Ceci vaut également pour B'nai B'rith et le Centre Wiesenthal qui devraient désormais tous deux consacrer leurs meilleures énergies à clarifier les complicités nietzschéennes de certains des leaders de leur communauté lors de la montée du fascisme et du nazisme, dont les successeurs appuient aujourd'hui effrontément les guerres impériales des néo-templiers armés. Ceci leur serait un devoir s'ils prétendent réellement rendre service à leur communauté ou même servir la cause de la mémoire de la Shoah qui, séparée de l'histoire générale de la Résistance contre le nazifascisme et séparée de l'histoire de la Déportation, verse trop facilement dans l'exclusivisme pathétique et dangereux pour tout le monde. Qui se souvient des raisons pour lesquels les " Gitans ", coupables d'être nés Gitans et sans doute de n'avoir jamais cherché à imposer leur exclusivisme à personne, furent éliminés par les Nazis, pour seul crime d'être " nés Gitans ", ceux-là mêmes que les épigones d'un antisémitisme facile raccompagnent sans état d'âme aux frontières de " leur " pays ? Or, ces Gitans, toutes tendances confondues, de par leur attachement à une culture du nomadisme, ne témoignent-ils pas d'un internationalisme futur qu'un monde encore soumis aux médiations étatiques et supra-étatiques ne sait pas respecter à sa juste valeur ? Qui se souvient de leur élimination elle-aussi " industrielle " et " systématique " pour cause d'appartenance à une " race inférieure " ? De la même manière, qui se souvient de l'élimination pour des raisons strictement identiques des malades mentaux et des homosexuels ? Le nombre ferait-il le concept lorsque cela s'avère rentable ? Qui se souvient de la politique d'esclavage et d'extermination et des expériences mengeliennes menées contre les peuples coréen et chinois caractérisés, à la même époque, de peuples inférieurs malgré les démentis aveuglants de l'histoire ? Qui se souvient du sort fait aux peuples caractérisés par les Nazis et leurs alliés de " peuples inférieurs " en Europe centrale ? Et comment ne pas parler de la lente et patiente " traite des Noirs ", réduits eux-aussi au statut de sous-hommes et systématiquement triés, exportés et vendus selon des critères marchands très " objectifs " du point de vue d'une force de travail réduite à l'esclavage et savamment transportée dans des bateaux négriers par des " négriers " qui n'ignoraient pas leurs propres listes Schindler, ces belles raisons de ne pas abolir l'esclavage ? Une déshumanisation et un négoce d'experts vite justifié par des raisons bibliques par ceux qui, à l'époque, et jusqu'à dernièrement dans une Afrique du Sud de l'apartheid aidée par le Mossad et l'Etat Israël pré-Sharon pour cause de développement illicite des armes nucléaires, se réclamaient des origines judéo-chrétiennes de l'Europe et de l' " homme blanc " supposé (pace camarade Cheikh Anta Diop !) descendre de la " race (élue) d'Abel ". " Le chemin de Jérusalem est parsemé de crimes ", pour paraphraser un vieil adage, même lorsqu'il passe par le déménagement précipité en Espagne et au Portugal des Templiers rescapés à la vengeance du pouvoir politique légitime ! Ne pas se souvenir de tout cela revient tout simplement à une volonté philo-sémite nietzschéenne et vénale de falsifier et de réécrire l'histoire et, en définitive, à mettre aveuglément le peuple juif en danger. L'existence légale de l'Etat d'Israël implique également désormais une démocratisation des vieilles instances de la Diaspora juive : ne pas le comprendre reviendrait à mettre, comme cela est largement le cas aujourd'hui, ces institutions sous la houlette des gouvernements israéliens qui disposent déjà de l'accès du Mossad à Echelon et aux autres structures semblables, ainsi qu'aux divers services policiers via Interpol. Prenons garde, les dénonciations incantatoires des eaux troubles du Protocole de Sion n'y suffiront pas. Parler de " complot juif ", les plus " habiles " diront de coordination des cercles dirigeants des organisations juives à partir des ambassades israéliennes ou directement par l'entremise du Mossad et des autres services, deviendra dans ces circonstances une lapalissade, surtout lorsque les leaders internationaux de ces instances refuseront cauteleusement de prendre ouvertement et sans détour leurs distances avec toutes les politiques racistes, colonialistes et illégales engagées ou soutenues par Israël. La signification profonde de la Résistance, et donc de la Déportation, est qu'en démocratie il ne peut y avoir de passe-droit d'aucune sorte: la loi vaut également pour tous.
Nul n'ignore que, pour les sionistes de droite de toute provenance mais particulièrement juifs, l'accusation à l'emporte-pièce d' " antisémitisme " constitue une sorte de " lettre de cachet " moderne visant à intimider, réduire au silence et à exclure les critiques du sionisme de droite et de l'empire américano-sioniste. L'UE et ses pays membres prendront donc soin d'appliquer les règles visant à combattre le racisme avec une grande vigilance et une impartialité exemptes de tout soupçon. En particulier, tous les professionnels particulièrement professeurs, avocats ou médecins qui se livreraient à la propagation des concepts " d'ingérence humanitaire sélective et impériale ", de multiconfessionnalité opposée à la laïcité d'Etat et donc à la souveraineté ultime du peuple, de " séparation " et de soi-disant " mur de sécurité " qui, de toute évidence, masquent pauvrement une politique coloniale, théocratique, exclusiviste et raciste, ou encore ceux qui se livreraient à une révision nietzschéenne, fut-elle philo-sémite, du droit international, tous ceux-là devront subirent exactement les mêmes procédures disciplinaires, voire d'exclusion, que ceux qui propagent l'antisémitisme ou le racisme sous toutes leurs formes. Il n'y a pas d'autres solutions démocratiquement et humainement acceptables. Il convient également de rappeler à tous ce que signifie la " liberté académique " : en aucun cas elle n'autorise à se prendre pour des " nihilistes éclairés " dans l'exercice de ses fonctions (pour le reste la liberté d'opinion et la liberté d'expression demeurent sacrées et exigeraient une distribution égalitaire de ses conditions réelles d'exercice) ; cela en est même tout le contraire puisqu'il s'agit avant tout d'une protection qui se justifie par les nécessités objectives inhérentes à la poursuite d'une recherche critique, libre et n'omettant jamais, du moins consciemment, d'exposer ses présuppositions, ses non-dits, ses hypothèses et surtout n'omettant jamais de soumettre les preuves scientifiques de ce qu'elle avance. Car ceci est strictement nécessaire pour que la critique désintéressée des chercheurs par leurs pairs puisse se dérouler dans le plus grand respect, la plus grande rigueur et la plus grande sérénité, mais également sans concession conceptuelle. C'est le respect scrupuleux de ces règles méthodologiques et déontologiques qui seules expliquent et justifient l'extraordinaire liberté que toute société libre et égalitaire se doit d'accorder à ses scientifiques pour garantir sa propre nature, indépendamment des gouvernements en place. Les prêtres ne sont pas, par définition, des scientifiques ni, en tant que prêtres, des académiques. Aujourd'hui, de trop nombreux professionnels, ouvertement sionistes de droite, se sont mis au service d'une idéologie, sans fondements objectifs ni légaux, qui n'a rien à voir avec la profession qu'ils occupent (en réalité qu'ils usurpent puisqu'elle confère une certaine " autorité " et une certaine légitimité morale). Ceci devient proprement intolérable et une insulte à la civilisation et à la démo-cratie lorsque ces personnes occupent (souvent en surnombre) des positions universitaires ou d'enseignement au sein des Grandes écoles dont ils trahissent, en toute connaissance de cause, le mandat républicain, l'héritage humaniste et l'esprit scientifique. Inversement, la dénonciation argumentée de toute forme de racisme, et notamment aujourd'hui du sionisme de droite, est un devoir citoyen autant qu'un devoir moral et politique. " Plus jamais ça " : plus jamais donc d'exclusivisme anti-démo-cratique.
2) L'UE proclamera immédiatement sa reconnaissance officielle de la souveraineté de l'Etat palestinien dans tous les territoires visés par les Résolutions onusiennes 242 et 338. Elle rappellera avec force qu'après la signature de " l'Accord de Genève ", qui mérite d'être salué avec chaleur et respect, seules la duplicité et les arrière-pensées de l'actuel gouvernement israélien constituent les ultimes obstacles connus à l'établissement de la paix et, par conséquent, de la sécurité dans l'ensemble de la région. (Notons qu'inviter un " pitre " tel Bernard-Henri Lévy à Genève lors du lancement de " l'accord de Genève " constitue une mauvaise alliance de classe, une mauvaise stratégie de communication et, pour tout dire, une insulte à ceux qui en avaient lancé l'idée originale, en prenant le risque matériel et professionnel considérable, de se faire taxer " d'antisémite ". Cette invitation ne peut être que de très mauvais augure et renforce l'idée " éveillée " selon laquelle cet accord ne serait qu'un encouragement à une " feuille de route " éviscérée de tout sens concret car préalablement soumise par Sharon et les sionistes chrétiens et juifs américains et du " quartet " à " 14 réserves " irrecevables et d'ailleurs totalement illégales. Ce qu'il convient de dire c'est que cet " Accord de Genève " porte dignement à terme des négociations débutées à Camp David II et poursuivies à Taba ; des négociations qui furent sabotées intentionnellement par un Barak revenant in extremis sur la question du Temple (Clinton fit de même et se vit demander par le Président Arafat quelles preuves il avait de l'existence archéologique de ce temple) et trop heureux, au fond, d'avoir à craindre la montée et les manipulations meurtrières de Sharon. L'Accord de Genève fait la preuve irréfutable que le sionisme de droite est le seul obstacle réel à la paix dans la région et qu'il constitue, par conséquent, la plus grave menace contre la paix dans le monde. Un fait évident que de nombreux leaders des Congrès juifs, qui soutiennent les guerres préventives des sionistes de droite américains, devraient méditer d'urgence, avec ou sans l'aide de rabbins. Ce triste sire est également célèbre pour sa manie de s'auto-octroyer des missions toutes compatibles avec les idéaux et les bombardements illégaux de l'Otan, surtout lorsqu'une grande partie des élites et de l'opinion publique européenne y est opposée. Ce fut le cas du Kosovo où il se retrouva naturellement (fait qu'il ne pouvait pas ignorer vu son expérience anticommuniste afghane) du côté des membres d'al-Qaida et de la CIA soutenant Izetbegovic. Il reçut d'ailleurs pour sa peine une médaille de ce dernier, en compagnie de son compère Kouchner qui a sur la conscience la déportation silencieuse de plusieurs centaines de Serbes du Kosovo, lui qui n'hésita pas à se montrer avec le terroriste Thaci alors qu'il avait la charge onusienne de la province. Dernièrement, ce pathétique personnage qui voilà peu de temps encore accomplissait volontairement ses missions chez les actuels " blowbacks " afghans formés par les services pakistanais et la CIA, prétendrait que l'on s'en prenne au Pakistan, puissance nucléaire musulmane taxée par ses maîtres d'être un havre de " terrorisme " : il voit dans son agitation surdéterminée sa mission personnelle comme " vedette médiatique " pour grands écrans, selon une pratique de la propagande conceptualisée, hélas, depuis quelque temps déjà. Pour certaines causes, certains individus ne sont pas fréquentables : on eût mieux fait d'inviter M. Bové qui, en son temps, eut du moins le courage désintéressé de dire un mot pour les paysans palestiniens et pour leurs oliviers ! Qui a le droit dans le contexte contemporain, où certains veulent confondre à dessein antisémitisme et antisionisme de droite, d'ignorer le fait qu'en partant des préjugés idéologiques, ethniques et culturels d'un BH Lévy et compagnie il ne serait pas possible de conceptualiser les éléments de droit international, d'éthique et d'histoire non-amputée, qui sont intrinsèquement nécessaires pour concevoir les fondements indispensables à un tel accord ?
3) L'UE décrètera immédiatement la suspension de toute aide financière, économique, commerciale et militaire à l'Etat d'Israël. Cette suspension sera révoquée le jour même où l'Etat israélien aura lui-même reconnu la souveraineté et l'indépendance, pleines et entières, de l'Etat palestinien sur tous les Territoires occupés visés par les Résolutions 242 et 338. La supercherie d'un Etat bi-national doit être rejetée du revers de la main avec indignation et mépris à moins que la police, les services secrets et l'armée de ce bel Etat bi-national ne soient strictement palestiniens pour les prochains 50 ans pour être paritairement mixtes ensuite.
On aura compris qu'il n'y a rien d'extraordinaire à ces trois positions fondamentales puisqu'elles découlent en droite ligne des obligations de l'UE et de ses Etats membres comme parties signataires des organisations et des conventions internationales existantes.
Pour rétablir les faits contre le nouvel obscurantisme sioniste de droite.
Nul n'ignore que les sionistes voient en Marx un antisémite convaincu sans doute plus dangereux encore que les autres car moins porté à faire des concessions sur le plan intellectuel et éthique : à quoi bon alors vouloir prétendre parler de " racines ", d' " origines " " juives ", ou " judéo-chrétiennes " (mot-valise servant finalement à dire " juives " sous une autre forme, mais de manière indirecte) ? N'en déplaise à certains, l'histoire des prêtres et des " élites " religieuses et l'histoire des peuples ne sont pas réconciliables malgré l'impression contraire que les élites dominantes, qui croient toujours dur comme fer en la vertu des hochets et des amulettes, cherchent perpétuellement à propager en se drapant trompeusement dans la culture du peuple. La première tend à accréditer une logique de domination et de soumission en usurpant ainsi, pour le bénéfice de leurs castes, des devoirs qui ne sauraient relever d'autre chose que des consciences humaines individuelles. La seconde tend au contraire à rétablir les devoirs des consciences par le biais d'un système fondé sur la liberté et l'égalité inhérente à tout un chacun (et par conséquent sur la laïcité.) Le peuple israélien et plus largement le peuple " juif " (quelle que soit la définition que l'on voudra donner à ce terme) souffre aujourd'hui d'un " retour " à des structures mentales et culturelles proprement archaïques et dépourvues souvent de toute connexion avec les faits avérés scientifiquement ou compatibles avec la loi internationale commune ; ces conceptions n'ont d'égales que celles imposées en Europe par les factions les plus réactionnaires de la Contre-Réforme. Ceci s'explique par de nombreux facteurs, au premier rang desquels se trouvent une manipulation et auto-manipulation de la Shoah et la volonté blasphématoire de reconstruire le Temple. Si l'invention de l'imprimerie et la publication de la bible en langage vernaculaire influença l'histoire de l'Europe selon des voies paradoxales (Luther et Müntzer etc.) le " retour " de l'hébreu comme langue officielle d'Israël n'est pas sans conséquences : allié au mysticisme spécifiquement sioniste, ce retour d'une langue morte semble renvoyer une grande partie des juifs israéliens ou de la Diaspora à une époque mentalement archaïque précédant la Révolution des Lumières et la contribution que les juifs de la Diaspora apportèrent à ce mouvement général d'émancipation humaine. Il fut un temps où la connaissance des langues " mortes " vivifiait l'esprit en permettant sa décentration conceptuelle (Piaget) comme le dit clairement la belle lettre de Gargantua à Pantagruel qui constitue justement une des plus belles pages de la seconde Renaissance ; aujourd'hui, le retour de l'hébreu, par défaut de laïcité, devient un véhicule d'encasernement, obscurantiste et littéralement fanatique, que le moindre rouleau de parchemin découvert par des chèvres a le potentiel d'attiser : les co-nationaux d'Aba Eban finiront par " parler " comme Kissinger, ce qui, pour avoir été prévisible, n'est guère réjouissant, et relèverait plutôt du Tribunal Pénal International ! Le pire, en ce sens précis que cela ne saurait aucunement être toléré car flirtant trop complaisamment avec la catastrophe, est que cette Contre-Réforme d'inspiration sioniste de droite s'en prend, par les armes, à la laïcité et à la liberté des peuples dans son vain espoir d'établir un nouvel empire théocratique nietzschéen. S'opposant au désir d'émancipation général, il sigle fatalement lui-même son propre destin. Si nous n'avons pas toléré l'apartheid des " blancs " en Afrique du Sud, pourquoi croirait-on que nous serions disposés à tolérer l'apartheid des " juifs " et des Israéliens de droite - surtout après les massacres génocidaires de genre de celui commis à Jénine et des crimes de guerre en série perpétrés quotidiennement dans les Territoires occupés ?
Il est deux manières d'écrire sur ces choses : la première en mode positif consiste à souligner l'histoire et les contributions des peuples, leur ténacité face à l'exploitation et à la servitude. Le peuple juif de la Diaspora, contrairement à ses élites religieuses, peut alors paraître comme un symbole de la persécution, de la déshumanisation et de l'exploitation, de la même manière les esclaves, nécessaires en leur temps, au capital marchand et au commerce triangulaire. La seconde, forcément en mode négatif, consiste à dénoncer sans concession coupable les rêves de domination des élites, toujours coupées des peuples, le leur et ceux des autres. La confusion soigneusement entretenue par les " élites " et leurs laquais sur la concordance de leurs intérêts de classe avec les intérêts " indentitaires " de leur peuple fait parfois paraître cette dénonciation inacceptable à certains : en fait, la première et seconde manière de faire relèvent de la même logique et de la même méthode historique. C'est pourquoi Marx affirmait que l'histoire est l'histoire de la lutte des classes ; alors qu'un Prévert plus goguenard chantait : Louis I, Louis II, Louis III etc ... qu'est-ce que cette foutue famille qui ne sait pas compter jusqu'à vingt ? Le ton et l'angle d'attaque est aussi un enjeu de la lutte de classe (Hegel et Sorel à sa suite parlent tous deux de " diremptions ", le premier naturellement plus systématiquement que le second). Souvent les circonstances ne nous laissent guère le choix, à moins de se trahir soi-même, et sa classe par la même occasion. Je rêve d'un temps au ce genre de mises au point seront devenues inconcevables à cause du degré de conscience humaine atteinte en matière d'égalité intrinsèque de tout être humain, indépendamment de son genre, de son origine ethnique ou de son destin. Ce rêve qui aurait dû être largement acquis, indépendamment de la pluralité des régimes politiques et des modes de productions, du fait de la Résistance et de la victoire contre le fascisme et le nazisme, est aujourd'hui remis en cause par des néo-templiers armés, des criminels de guerre doublés de propagateurs de " mensonges ig-nobles " d'Etat, du genre Sharon, Wolfowitz, Perle, Rumsfeld, Bush et compagnie, auxquels s'ajoutent les hurluberlus fanatiques, racistes dans l'âme, tels les Yobadiah Yossef et nombre de rabbins ou de tenants de l'Institut du Temple, juifs ou non-juifs. Le luxe est donc pour demain. Pour l'heure, s'impose un devoir démocratique et moral, pour tout dire un authentique devoir de mémoire qui ne serve pas de sébile ou de fétiche juste bons pour le retour de rituels superstitieux de caste. Ce qui suit est mûrement réfléchi. Il ne se veut pas comme un enseignement d'estrade mais comme une invitation argumentée et documentée à la réflexion critique, c'est-à-dire au libre examen du sujet par des consciences libres et responsables. Il se veut aussi, en partie, du moins, la transmission d'un héritage de liberté et d'égalité. En tout cas une mise en accusation et une mise au défi implacables lancées à toutes les forces obscurantistes, tout particulièrement celles qui se veulent " éveillées " et classistes. Que chacun prenne donc ses responsabilités, en particulier ceux qui aujourd'hui pensent béatement pouvoir exclure dans l'impunité complète ceux qui pourraient leur faire ombrage du point de vue moral, intellectuel et, bien entendu, politique.
Les racines humaines et Adam
Il reste donc à dissiper les malentendus sur la supposée question des " racines " et des " origines " " judéo-chrétiennes " de l'Europe, comme foyer inacceptable d'obscurantisme vrai. Cette question relève tout bonnement d'un crime intellectuel consciemment perpétré. Selon la phrase lapidaire de Georges Brassens, on nous propose de voir du " pays natal jusqu'à loucher ", à une époque où l'on a découvert avec émerveillement l'existence de " maman Lucy " en Afrique ! Au moment même où ces tenants des " racines judéo-chrétiennes " militent en faveur de l'établissement d'un " Etat juif " raciste, théocratique et colonialiste sur l'ensemble des territoires palestiniens ! Il en est de ces " racines " à peu près comme de l'Ossuaire de " James, frère de dieu sait qui " des divers docteurs Shanks portés par cette pauvre terre, qui n'en peut mais. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'une ridicule tentative archaïque de prise de pouvoir symbolique cherchant à s'approprier le passé et le devenir de l'Europe. Ceci est d'un exclusivisme criminel dénudé de tout fondement, de sorte que les Européens doivent promptement envoyer paître les tenants juifs et ceux du Vatican propagateurs de ces balivernes doctrinales. Les Anglo-saxons appellent cela un " power trip " et ceci se déroule au moment même où Israël et les sionistes chrétiens et juifs (voire arabes), notamment aux USA, s'emploient pour exproprier encore la Palestine et pour lancer de criminelles " guerres préventives " ayant pour objet l'établissement messianique d'un empire théocratique universel, fondé sur la conception d'une race et de groupes élus, autrement dit, fondé sur le retour de la barbarie la plus sombre.
Les petits pois de Mendel mais également Schœlcher, Marx, Lévi-Strauss et tant d'autres nous ont appris l'inanité des concepts de race, le bagage génétique humain étant heureusement très métissé, ne serait-ce que pour des raisons de survie de l'espèce. Parler de " racines " en ce sens serait une fausseté sur le plan scientifique, une prétention démesurée qui occulterait inutilement les contributions véritables sur d'autres plans. On prétextera que personne n'entend les choses de cette manière-là. En est-on sûr ? Croit-on que ceux qui nous forcent à ces mises au point, dont nous aurions pu faire l'économie, aient jamais considéré que la genèse biblique ne soit une partie essentielle d'un texte divin révélé et que, par conséquent, au-delà de Darwin et des sciences modernes, il confèrerait une antériorité généalogique tout comme il conférerait un droit de propriété divin sur Eretz Israël ? L'obscurantisme, toujours fidèle à lui-même, vit on le sait de mythes et du culte du secret, cependant il ne saurait y avoir de discussion sans un minimum d'honnêteté et de transparence publiques. Or, sans discussion impartiale que resterait-il comme méthode de résolution des conflits sinon une épreuve de force qui risquerait d'être plus biblique que nietzschéenne, les " derniers " poussés dans leurs retranchements se sachant destinés à devenir, sinon des " premiers " au sens conventionnel, du moins au sens " d'égaux ". Sait-on les études génétiques, menées jusqu'en Afrique par des " savants " payés souvent sur fonds publics pour de toutes autres recherches, visant à remonter l'arbre généalogique qui serait supposé mener vers les grands prêtres d'Israël en vue de la reconstruction d'un temple de Salomon dont il n'existe pour l'heure aucune preuve irréfutable d'existence ? Ceci n'est évidemment pas de l'eugénisme classique : c'est bien une perversion extra-ordinaire, une dérive que l'Europe de par son histoire ne saurait le plus minimement encourager.
La vérité est qu'il n'y a pas de " racines " sémites en Europe du point de vue d'une antériorité biologique. Ce type de considération est tout bonnement " insensé " du point de vue scientifique, historique et moral. Sur sa base, aucune investigation scientifique concernant le bagage génétique, les migrations humaines etc. ne pourraient plus être menées utilement puisque l'essentiel, relevant d'une révélation divine, serait connu d'avance. Au demeurant, l'histoire a fait que l'apport sémite (juif et arabe) est statistiquement indifférent au long des siècles, du moins au long des siècles scientifiquement et historiquement déterminés. On peut aujourd'hui déplorer l'usage fait par certains de la figure historique de Charles Martel, ou de la défaite ottomane sous les murs de Vienne, mais c'est ainsi. Ce qui n'implique nullement que ceci doive se perpétuer, ni même que ceci soit souhaitable du point de vue démographique et économique.
Si, contre tout bon sens ordinaire et scientifique, nous voulions prêter foi à la fable de la création d'Adam (les plaques d'argile, dit-on le plus scientifiquement du monde, favorisent l'éclosion et le pullulement des bactéries !) plutôt qu'à celle sympathique de Jupiter ou de préférence aux travaux d'un Darwin et à la " soupe " d'un Miller, pour lesquels il existe du moins des preuves objectives culturelles et historiques irréfutables, force serait de conclure que l'Europe n'a pas de " racines " sémites. Le berceau des peuples sémites est géographiquement situé plus à l'Est, du moins si l'on se fie à la carte de Mercator et aux connaissances actuelles sur la rotondité de la terre ! Selon les données historiques irréfutables et selon la " généalogie " biblique, on peut même affirmer que la Palestine était déjà peuplée de peuples sémites avant l' " arrivée " des Hébreux alors qu'Abraham était issu d'un berceau mésopotamien. Il est proprement incroyable que nous nous ayons à rappeler ces vérités évidentes simplement parce que quelques franges dévoyées des franc-maçonneries nietzschéennes, toujours flanquées par le même type de rabbins, sont de nouveau reparties pour un " power trip " caractéristique ! Plutôt que de s'inventer (de nous inventer subrepticement) des racines, ceux-là feraient mieux de dénoncer le Mur de l'Apartheid destructeur de racines authentifiées qu'ils construisent en Palestine ainsi que la politique de pureté de la race qu'ils mettent en œuvre par le biais de leur gestion de l'Etat civil israélien (ainsi que de l'ensemble des documents de l'état civil déposés sans consultation démocratique par de nombreux pays dans les tréfonds des USA) : qui ne voit pas qu'après l'Holocauste ou, à plus justement parler, après la Résistance au nazi-fascisme et la Déportation, de telles politiques sont simplement monstrueuses ? Elles émanent, on l'aura compris, de cet obscurantisme des " racines ", à savoir la prétention de tous " ces avortons de dieu ", et de leurs " aînés " autoproclamés, à une élection exclusiviste et, en l'occurrence, à une " judaïté " sharonesque qui est aussi celle des hurluberlus de l'Institut du Temple qui entretiennent ouvertement des visées territoriales et politiques, une conception que la majorité des " juifs " en Israël ou à l'extérieur d'Israël refuserait avec horreur s'ils n'étaient pas devenus les " prisonniers volontaires " d'une conception de la " Shoah " transformée, selon les besoins, en sébile (qui pense jamais aux " réparations " dues aux millions de morts ayant luttés debout contre le nazi-fascisme ?) ou en " péché originel ". D'ailleurs, que peut-on espérer d'une idéologie qui transforme la mort de six millions de personnes en facteur de culpabilisation bien rodé selon la " science " freudienne, revue par les chapelles américaines et israéliennes, tout en faisant l'impasse totale ou en dénigrant ouvertement les 27 millions de morts soviétiques ainsi que tous les autres résistants, désormais donnés par ces " pitres " véritables, comme les " derniers des hommes ". Révisionnisme et négationnisme, en effet ! Les Européens et leurs instances officielles devraient immédiatement exiger que tous les monuments et musées aujourd'hui consacrés à cette " Shoah " exclusivement juive soient dédiés à l'Histoire de la Résistance et de la Déportation et qu'ils fassent avec le plus grand respect la juste part des autres victimes du nazisme, en particulier des Gitans, des malades mentaux et des homosexuels qui n'avaient eux-aussi commis d'autre crime que d'être nés et qu'ils rendent également hommage aux Résistants et tout particulièrement aux Résistants communistes qui devraient être mis au premier rang des " justes ", à moins que ce concept ne soit autre chose qu'une insulte à l'humanité debout. A défaut, ces monuments et ces institutions doivent être immédiatement privés de tout financement public car ils constitueraient une insulte intolérable faite aux morts et une intolérable machine de culpabilisation et de propagande exclusiviste doublée d'une vulgaire manœuvre de " marquage " du territoire (sur ce concept béhavioriste, utilisé fort à propos ici, voir l'Humanité). Si ces monuments doivent fonctionner uniquement comme des " autels " laïcs destinés à des " gentils ", ils perdent tout leur sens : leur fonction ne peut être que celle de la transmission d'une histoire véridique qui ne serait pas tronquée à dessein dans le but de produire des consciences juives exigeant perpétuellement des comptes à des consciences de gentils culpabilisées sans raison pour l'éternité. Des consciences qui risquent d'exiger elles-mêmes des comptes. Cette histoire non-amnésique soulignerait l'importance des classes et s'attacherait à démontrer le rôle de certains " leaders " juifs dans la formation et la légitimation du nietzschéisme d'origine qu'ils étaient bien les seuls à croire béatement " philo-sémite ". Elle ferait également ressortir le rôle de ces leaders religieux des ghettos qui durant cette montée du fascisme y voyait moins un danger imminent que la possibilité de rétablir le contrôle sur leur communauté qu'ils étaient en train de perdre du fait de l'importance grandissante des tendances socialistes et marxistes en son sein. Aucun devoir de mémoire ne peut être sélectif par choix religieux et politique sans se réfuter lui-même dangereusement : entre temps, l'amnésie sélective produit des séquelles culturelles et politiques graves, y compris parmi les juifs ainsi que le démontrent le racisme et le colonialisme arrogant des sionistes de droite en Israël et partout ailleurs dans le monde. Toutes ces manifestions exclusivistes sont indécentes et dangereuses et ne doivent plus être tolérées. Des comptes doivent maintenant être demandés en n'hésitant pas, s'il le faut, à faire jouer démocratiquement la " force du nombre " (comme on sait, chère aux philo-sémites nietzschéens) contre celle de l' " argent juif " (que certains aveugles, prétendument " socialistes " osent saluer publiquement aujourd'hui.) Et en premier lieu, ces comptes doivent être exigés des élites occidentales, musulmanes et onusiennes actuelles qui appuient efficacement en silence cette dérive nietzschéenne par laquelle les castes dominantes, juives ou autres, piétinent le droit international en se pensant déjà hors d'atteinte et au-dessus de toute loi, de la même manière qu'elles prétendent se situer par-delà le bien et le mal. Ces mêmes élites qui sont cyniquement attachés au philo-sémitisme nietzschéen autant aujourd'hui qu'hier, conscientes qu'elles sont de leur propre exclusivisme de castes luttant pour leur survie historique. Par conséquent, loin de devoir être inscrites dans le Préambule de la constitution européenne, toutes ces prétentions exclusivistes devraient tomber sous le coup immédiat des lois anti-sectes existantes.
La genèse culturelle dans son syncrétisme et la pureté d'engeance " divine ".
Il n'y a surtout pas d'apport culturel spécifiquement sémite-juif en Europe qui mérite d'être retenu ou célébré comme tel : en autant qu'il existe, cet apport est le fait indirect du catholicisme (puis des sectes et courants qui obligent à parler de christianisme). Jusqu'à la révolution intellectuelle et morale des Lumières, l'apport culturel-religieux juif était conçu selon la filiation " dynastique " et morale inventée par les Evangiles. Le tournant décisif pour le monde moderne commence avec cette révolution du bon sens et avec la généralisation de l'esprit scientifique expérimental symbolisé par l'Encyclopédie qui, pour Gramsci, marqua et permit les dépassements politiques démocratiques et révolutionnaires transitoires des dix-neuvième et vingtième siècles, justement en déplaçant la souveraineté du divin, et donc de l'irrationnel, vers les peuples et la conscience humaine émancipée. C'est-à-dire, en portant en elle une " négation " idéelle devant elle-même être niée sans retour dans son dépassement par le prolétariat, pour le dire à la façon des hégéliens de gauche. J'espère pour ma part que personne aujourd'hui ne succombera plus au primitivisme bien intentionné (" ceux qui nous viennent les mains nues " selon la grande Barbara) de ces " racines " théocratiques-là ! Bien entendu, la marche des Lumières fut longue et tortueuse (souvenons-nous des études innovatrices du " syncrétisme " entreprises par Jacques Roumain qui valent pour les courants religieux comme pour les courants philosophiques); à l'époque post-romaine, elle passe par exemple par le renouveau intellectuel inauguré par la cour de Charlemagne et ses moines irlandais restés heureusement insulaires durant le déferlement " barbare ", un renouveau allant de pair (le trône du Saint Empire Romain vaut bien quelques sacrifices) avec le baptême forcé par milliers des autochtones jugés trop païens qui devaient rapidement choisir entre l'eau des fleuves et le tranchant de l'épée impériale ; par la durable décentration intellectuelle et géographique produite par ce même déferlement " barbare " ; par la Première et Seconde Renaissances recueillant l'héritage grec et romain à travers les Arabes de qui elles empruntèrent nombres de produits et de notions arabes, indoues et généralement liées à la redécouverte de la Route de la Soie. Mais à l'instar de la marche de la science décrite par Marx qui est loin de s'inscrire dans une voie royale, cette marche des Lumières ne s'imposa que difficilement. Les premiers balbutiements et prises de conscience post-romains s'incarnent alors en Europe en une tolérance instable qui mène doctrinalement à la Révocation de l'Edit de Nantes et surtout aux perpétuels contra judeos, au mieux en faisant de ceux-ci l'affaire de Dieu lors de la Parousie (les hommes eux-mêmes étant tenus à une stricte tolérance jusqu'à l'échéance suprême selon l'excellent mais institutionnellement minoritaire Joachim de Flore). La " république ", forme d'Etat fondée sur la souveraineté populaire issue de cette première " longue marche ", reconnut les tenants du judaïsme comme des citoyens à part entière dans l'exacte mesure où elle instaurait parallèlement la laïcité (fait capital que nombre d' " imbéciles militants " auto-suicidaires prétendent oublier aujourd'hui, tout " maîtres " qu'ils prétendent avoir été.)
Du point de vue culturel l'apport " juif ", à plus proprement parler l'apport religieux rabbinique, n'est qu'une tentative tardive de mauvaise greffe, sans cesse imposée dans toute son intolérable exclusivisme et sans cesse rejetée du dedans et du dehors comme telle. Pensez par exemple à la féroce mise au ban d'un Spinoza, d'abord destiné au rabbinat, par les autorités religieuses de sa communauté - outre-Hollande ! L'Index et l'Inquisition catholiques ne sont qu'une variante des dérives ordinaires de toute religion ou systèmes de pensée fermés de manière sectaire ou, à plus proprement parler, de manière " exclusiviste ". L'histoire politique, culturelle ou même religieuse de l'Europe ne débute pas selon une vision religieuse simpliste du calendrier actuellement en vigueur qui de surcroît ferait l'impasse sur les relations profondes et signifiantes entre la célébration de Noël et le solstice d'hiver. Ces significations renvoient à des racines qui sont nécessairement communes à l'ensemble de l'humanité, des " avortons de Dieu " à leur " aînés " ou " maîtres ", jusqu'aux simples mortels des temps néolithiques et de leurs ancêtres, puisque le temps astronomique est identique sur toutes les faces de la planète Terre, compte tenu du décalage horaire et des précessions. Ces autres racines sont toutes précieuses et d'égale dignité, à condition de savoir les " lire " correctement comme autant d'étapes dans la marche humaine vers l'émancipation. Les Limbes sont un concept antithétique à tout historicisme et à toute conception scientifique de l'histoire (" matérialisme historique " inclus), ainsi que le montre G. Vico, malgré une prudence obligée, pour son époque. Dans sa Scienza nuova, Vico en était arrivé à l'obligation scientifique consistant à reléguer " Dieu " au domaine de la nature, toujours identique à elle-même, que seul il pourrait comprendre, alors que l'histoire, œuvre éminemment humaine, serait scientifiquement compréhensible aux hommes puisqu'ils la font eux-mêmes et que par voie de conséquence ils en sont collectivement le vrai " créateur ", ergo le " vrai Homère ".
Ainsi que nous l'avons déjà souligné, le contexte actuel nous force à de pénibles mises au point dont nous aurions pu faire l'économie n'eût été des prétentions philo-sémites nietzschéennes renaissantes dans un contexte guerrier, de nouveau mêlé à la " volonté de puissance " la plus primaire, habillée une fois encore des oripeaux du théocratisme et de l'empire " universel " dans sa monstrueuse " singularité " (une dérive fallacieuse qui eût fait horreur à Bacon mais qui n'effraie par les marchands du temple et les démarcheurs d'un holocauste singulier (vénalement singularisé en " Shoah ") et exclusiviste jusque dans la tombe). Ainsi, pour ne donner que quelques exemples qui devraient suffire à fendre les ténèbres les plus obscurs et les plus alimentés : la Genèse biblique, ainsi que les mythes divinatoires et astrologiques et le système de numération qui lui sont rattachés ont des antécédents mésopotamiens et au-delà indiens et autres (des antécédents qu'aucune destruction scélérate ne pourra plus jamais abolir ni occulter), ce qui milite à la fois en faveur d'une " révélation " partagée, donnant lieu au mythe du " divin ", et en faveur d'une recherche plus " matérialiste " de " immortalité ". La première, est largement liée à l'incidence minoritaire mais semble-t-il également partagée, parmi tous les peuples de la planète, de la " schizophrénie " (ce phénomène qui fit entendre des voix à Abraham et tant d'autres avant et après lui) ou à la paraphrénie (qui peut expliquer des " révélations " du type de celles des prophètes, dont Mahomet, ou de certains shamans mais aussi des névroses plus graves et moins sociales, qu'elles soient ou non provoquées par des artifices matériels). La seconde relève d'une lente accumulation de rationalisations et de concepts liés au temps et donc à la vie et à la mort, ces mystères quotidiens difficiles à cerner, et aux relations astrologiques, climatiques et agro-productivites qu'il met en œuvre et qu'il permet de contrôler. Ces deux optiques donnent suite à une inextricable immixtion entre la recherche de l'immortalité de l'homme d'une part (Gilgamesh) et sa volonté de s'établire une filiation " divine " concrète (Adam, Jésus mais également Alexandre le Grand, par sa mère, qui à l'instar d'Anne d'Autriche savait que seules les reines font les rois !), c'est-à-dire l'espérance de la " résurrection " individuelle, sous diverses formes, cette excroissance idéelle (transposition) due à la reproduction sexuée de la seule espèce douée de la conscience de son devenir, autrement dit de sa filiation intellectuelle collective et de sa résurrection individuelle ontologiquement partagée selon la loterie génétique décrite avec tant de poésie humaniste par Albert Jacquard. Resterait à élucider scientifiquement le rôle et la place de la schizophrénie dans ce processus (ainsi que je l'ai mentionné dans mon Pour Marx, contre le nihilisme, dans l'ignorance répandue et le plagiat général de gueux attachés au secret de ces choses pour cause d'espérances vaines de manipulations ultérieures de la part de faux Illuminés et de pseudo " éclairés ", alors qu'il n'est de lumière véritable que des peuples et de leurs volontés d'égalités collectives et individuelles indomptables.) Ceci dit, l'astronomie moderne peut aujourd'hui affirmer sans l'ombre d'un doute que le soleil n'arrête pas sa course au son des trompettes de quelconques envahisseurs. Mais sait-on que les ruines de Jéricho renvoient à un passé fort lointain qui, selon les données archéologiques disponibles, n'a rien à voir avec les fables et les mythes " fondateurs " bibliques, beaucoup plus récents ?Autre exemple, Moïse dont la figure se retrouve déjà dans la légende du Roi akkadien Sargon. Ce même Moïse, personnage collectif à l'instar de l'Homère de Vico ou du mille-feuilles de Roland Barthes et, parfois, dans son rôle de " libérateur ", à l'insatr du " bloc historique " de Gramsci, qui fit de Ibn Ezra le premier archéologue biblique oeuvrant scientifiquement (logiquement) sur des données philologiques et morales qui lui firent deviner les divers dépôts sédimentaires datant d'époques historiques différentes, une découverte qui impressionnera fort le jeune Baruch Spinoza. Comment alors occulter le fait que Ibn Ezra était un grand connaisseur de Platon et de son impeccable innovation herméneutique qui lui permit de passer au crible de la philosophie le comportement, parfois fort peu moral ou fort peu sage, des " dieux " tutélaires grecs décrits par Hésiode ou par l'Iliade et l'Odyssée, ainsi que les notions entretenues par les autres philosophes grecs de son temps qui cherchaient eux-aussi honnêtement une issue à ces contradictions et ces invraisemblances, et n'hésitaient pas pour cela à importer hardiment des théories de leurs contacts nombreux et soutenus avec l'Orient et l'Occident embrassés tous deux par leurs empires et les tentacules commerciales qu'ils soutenaient ? (La République de Platon résume cette démarche tant par son traitement du Bien et du Bon comme par son traitement des mythes qui émanent de bases culturelles susceptibles d'être certifiées ou encore de bases utopiques tel le mythe à valeur purement heuristique que Platon met en scène avec l'Atlantide. (Car Platon, grec instruit de son temps et auteur de surcroît du Cratyle, savait d'instinct la valeur de la procédure qui consiste à " nommer " les choses, selon une méthode d'objectivation permanente, représentée en son temps par l'écrit qui, en émancipant la mémoire de ses " lacunes " naturelles et naturellement nécessaires, permet d'anticiper la libération de tous les obscurantismes en rendant la conscience critique exponentiellement plus efficace. La résonance magnétique et d'autres techniques semblables ne seraient pas des modes de lecture moins performants : encore faudrait-il être animé par un désir authentique et désintéressé de science et par une honnêteté minimum !) D'autre part, il reste encore à vulgariser une évidence, à savoir que l'art divinatoire et d'interprétation de la kabbale relève du même procédé d'accumulation et d'adaptation vis-à-vis de la longue pratique astronomique et astrologique de l'humanité que la Sibylle biblique. Cela est vrai des Mésopotamiens et des peuples avec lesquels ils étaient nécessairement en relation, à l'Est et à l'Ouest d'abord, mais également au Sud et au Nord. Par contre, la Sibylle biblique revêtue de ses habits de propagande phagocytés, nettement plus visibles car plus connus et plus repérables (v. édition de La Pléiade, par exemple), est un cas d'espèce puisque, par excès d'une vieille manie, elle prétend tout simplement donner des " racines juives " à l'empire romain : les prophéties dans ces textes de guerre idéologiques, d'intoxication et de désinformation et d'autres textes semblables, dans toutes les cultures, valent ce que valent les entrailles de poulet des Romains, les paraboles de la Sphinx ou de la Pythie, ou les oracles proférés par des figures semblables dans le panthéon et la culture des Indes ou encore par celles perceptibles dans le Popul Vuh et dans les prophéties méso-américaines etc... Les âges de Saint Jean et ceux, plus prosaïques de Saint Augustin, relèvent de la même démarche et, en dernière instance, des mêmes sources. (Toutes relèvent du même phénomène paraphrénique si ambivalent et donc à la fois si fascinant et si apeurant pour divers caractères oubliant tous, semble-t-il, l'essentiel - disons, socratique/marxiste. Il n'est pas sans intérêt de noter cependant que la Torah connaît une lecture " mystique " kabbalistique, réservée aux " plus élus que les autres " ces usuels indécrottables " primus inter pares " dans cette parodie sans cesse répétée de l' " animal farm " d'Orwell. Il y aurait donc les règles réservées au commun des mortels et celles réservées aux " maîtres " qui hier rêvaient de surhommes et aujourd'hui de " post-humanité " philo-sémite nietzschéenne !
Il n'y a pas donc pas de racines religieuses judéo-chrétiennes : ces balivernes ne visent que la création d'une subordination intellectuelle, culturelle et en définitive politique de l'Europe. Du point de vue spécifique de l'éthique, l'Ancien et le Nouveau Testament ne diffèrent en rien de l'analyse socratique telle que rapportée dans la République de Platon ou, n'en déplaise à Habermas, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs de Kant, sinon qu'ils restent enveloppés dans la pensée synthétique. Du point de vue des mœurs culturelles et politiques, ces textes et d'autres semblables ne font que relater les us et coutumes de leur temps et constituent donc à ce titre de précieux témoignages desquels on ne saurait pourtant tirer aucune preuve irréfutable d' " élection divine " qui différerait en cela des affirmations d'autres textes semblables ou des affirmations orales des shamans. Ces supports culturels revendiqués comme symboles d'appartenance par les peuples n'ont pas grand chose à voir avec les lubies doctrinales des prêtres de toute catégorie. Du reste, les textes bibliques témoignent abondamment des relations tendues entre les uns et les autres. Les meilleurs Prophètes, pour leur part, en appelaient à la conscience humaine plus qu'à l'intervention divine.
Les plus conséquents dénonciateurs de l'antisémitisme et donc du sionisme de droite devraient se souvenir que rien de stable ni de ragoûtant ne saurait être érigé sur des mensonges et des mythes nietzschéens, philo-sémites ou pas. Le christianisme s'est érigé sur une réfutation et un dépassement du message de la culture biblique juive tel qu'accaparé par les rabbins dominants et par le temple. Ensuite, cela mena à un antisémitisme ouvert ou larvé dépendamment des conceptions de la " théorie révélée " portant sur la nécessaire conversion des juifs au moment de la Parousie, de sorte que mêler ces deux mots judaïsme/ et/ christianisme en parlant de racines communes tient tout à la fois de l'aveuglement et de l'imbécillité " génétique " (historique) ou culturelle ou, pire encore, de la supercherie nietzschéenne visant l'asservissement des croyants et des non-croyants de toutes les religions dites du " Livre ", qu'ils soient sincères ou simplement opportunistes. Au demeurant, puisque à la suite de Ibn Ezra et de Spinoza puis de Botero et de tant d'autres nous pouvons lire les rudiments de l'histoire de Moïse dans celle mésopotamienne, nécessairement antérieure, de Sargon ; puisque l'Epopée de Gilgamesh précède la " bible " des rabbins ou des papes et autres popes ; puisque aucune donnée archéologique et historique irréfutable ne prouve l'existence du temple de Salomon au nom duquel certains fous fanatiques pensent être autorisés à mener des guerres préventives, etc. etc. on se rend compte aisément que parler des racines judéo-chrétiennes de l'Europe est mensonger et frise l'usurpation scélérate animée par des intentions criminelles. Le pan chrétien de cette vision propagandiste n'est guère reluisant non plus, pour des raisons essentiellement identiques : en bref, les vernaculaires nécessaires aux renaissances nationales survécurent au latin, la conscience et la science européennes se formèrent en lutte frontale contre le Vatican et les autres structures ecclésiales et, pour tout dire, ces racines sont si peu profondes qu'un Wojtyla essaie, en vain, depuis quelques décades, de relancer l' " évangélisation " contre-réformiste de l'Europe et de la Pologne, en oubliant que le message véritable échappe aujourd'hui, par définition, à ses semblables ! La mystique cabalistique ne vaut guère mieux en tant que racine originelle puisque relevant de nombreux antécédents indo-européens et mésopotamiens etc. On peut seulement dire avec certitude que l'Europe moderne, point d'aboutissement historique des développements intellectuels de tout le basin méditerranéen, finit par tirer systématiquement avant les autres les conclusions qui s'imposaient en matière de religion, de philosophie et de libre arbitre, ce qu'incarne la laïcité. D'autres civilisations avant elle avaient tenté de fondre le religieux dans la philosophique et l'éthique, quoique de manière instable. Les Grecs antiques avaient brillamment anticipé les choses en payant ce succès intellectuel et moral par la ciguë. Il est clair cependant que vouloir transformer cet accident historique en une quelconque supériorité reposant sur l'ontologique (le rapport à l'universel) ou sur l'antériorité, à la Max Weber (paraphrénique notoire), relèverait de l'européocentrisme le plus vil, le moins utile et surtout le plus faux. En réalité, rien mieux que les inepties proférées aujourd'hui en Europe par les philo-sémites nietzschéens prétendant que la laïcité ne serait qu'une idéologique comme une autre ne confirme le besoin permanent qu'à l'Europe de tous les héritages humains pour rester elle-même et respecter ses avances civilisationnelles : ce que les ethnologues, les anthropologues et les épistémologues les plus avancés tels Vico, Rousseau, Marx, Lévi-Strauss ou Piaget ont dit avec brio sur la base de données désormais scientifiquement établies pour l'essentiel, sans questionnement possible. La grandeur d'un Ernst Bloch ne consiste-t-elle pas justement dans sa capacité instinctuelle d'embrasser un vaste horizon et d'inscrire les éléments philosophiques et éthiques les plus avancées issus de l'histoire de la lutte des classes au sein du peuple hébreu antique et moderne dans le droit fil du développement de la conscience libre et égalitaire de l'humanité toute entière ? N'est-il pas dangereux, à l'orée du vingt et unième siècle, d'entendre un pape et ses sbires de la Congrégation de la foi affirmer ouvertement, sans aucune gène, que leur propre croyance représenterait le summum et l'aboutissement parfait de toutes les croyances humaines - alors même que ces drôles ou les principaux d'entre eux donnent foi à des " secrets de Fatima " interprétés avec le dernier enfantillage idiosyncrasique comme le fin du fin de la révélation divine (à usage, bien entendu, personnel !). Or, certains rabbins et certains pasteurs sionistes de droite disent possiblement pire - en instrumentalisant de surcroît l'Holocauste mis en lieu et place de l'histoire véridique et commune de la Résistance et de la Déportation pour en faire un succédané de " péché originel " imputé à l'Occident et au monde musulman dans leur ensemble. Une " faute " qui autoriserait l'émergence de nouveaux directeurs de conscience autoproclamés et ferait reposer leur autorité singulière mais pourtant universelle sur la " reconstruction " d'un temple nébuleux mais néanmoins illégitime dans son mythe même, puisque reposant sur l'assassinat des grands prêtres juifs dans le but matériel palpable de légitimer l'instauration d'une royauté juive en Palestine.
Au demeurant l'Europe comme Israël (ou à plus proprement parler le peuple de la Diaspora) peuvent revendiquer des contributions plus au moins importantes à la conception moderne du libre-arbitre sans laquelle il ne saurait y avoir ni liberté, ni égalité ni fraternité entre les individus et les peuples. Jamais de " racines " ou de droit d' " aînesse " par nature anti-démocratiques et historiquement frauduleux. Mais il n'existe aucune raison acceptable de privilégier certains contributions plus que les autres dans un texte constitutionnel commun ! De fait, s'il n'existe pas de " culture judéo-chrétienne " monolithique et cohérente, il n'existe pas non plus de culture chrétienne ou même catholique ni de culture juive qui soit monolithique et cohérente. Seules les classes dominantes peuvent le prétendre puisque c'est là une arme idéologique de guerre pour asseoir leur domination. Une lecture cursive de l'Ancien Testament fait ressortir toute la différence entre une culture nomade et égalitariste (se réunissant épisodiquement dans la Tente du rendez-vous) et une culture issue de l'usurpation royale des pouvoirs temporel et religieux menant notamment à la construction du Temple de Salomon rendu possible par le meurtre. De la même manière, Henri Guillemin, qui avait une sainte horreur des " saltimbanques intellectuels ", a bien montré tout ce qui pouvait opposer le christianisme primitif et égalitaire à l'Eglise romaine désormais drapée de pourpre. Les exemples peuvent être démultipliés. Cependant, on aurait tort de penser que ces anciennes fractures n'auraient plus de sens aujourd'hui. Que l'on songe seulement aux juifs croyants pour qui pénétrer dans l'espace supposé du temple contient la promesse d'un sacrilège puisqu'il présente le danger de fouler le Saint des Saints dont on ignore l'emplacement exact: ceci renvoie à des conceptions très peu vénales des croyances qui sont diamétralement opposées aux croyances des tenants du temple " des flux autorisés d'information ", autrement dit du Veau d'Or à usage politique. Que l'on songe aussi à l'aggiornamento initié par Vatican II qui resta en suspend à cause du retour des fractions les plus réactionnaires et les plus compromises avec la CIA et l'Opus Dei à la tête du Vatican.
Au demeurant, le Préambule constitutionnel ne peut pas se donner comme rôle d'énumérer ces " contributions " religieuses ou d'en spécifier quelques-unes, en les privilégiant par le fait même, car ce serait-là un crime honteux contre celles, non moins importantes, qui n'auraient pas été retenues du fait du climat culturel contemporain ou de l'avancement des sciences mises à contribution pour illuminer le passé. Ou simplement du fait des préjugés racistes et bornés entretenus par les tenants de l'exclusivisme judéo-chrétien. Pour les honorer toutes également le Préambule doit strictement s'en tenir au principe de la laïcité qui non seulement refuse de discriminer entre elles mais reste la condition indispensable à leur transmission objective ainsi qu'à la reconnaissance d'éventuelles contributions jusqu'ici occultées, en premier lieu la contribution arabe lors de la Première et de la Seconde Renaissance européennes. A défaut de cette inscription de la laïcité dans le Préambule le silence absolu sur ces questions serait de rigueur par simple respect des citoyens, de leurs croyances multiples et de leur libre arbitre seul souverain dans ce domaine. Par respect également des constitutions nationales existantes. Toute enfreinte à la laïcité constitue également une attaque dirigée contre le cœur de toute démocratie quelle que soit sa forme, à savoir la souveraineté des peuples et des citoyens libres et donc soustraits à tout despotisme intellectuel, idéologique, religieux ou politique.
Au demeurant, l'Europe concrète, moins " illuminée " et moins fanatique, ne se comprend pas sans l'héritage romain et donc sans l'héritage grec. Ceci se vérifie par l'emphase romaine portant sur le raisonnement objectif et sur son enseignement comme valeur publique, par l'importance attribuée aux lois, en particulier les lois civiles, et à leur systématisation, par celle donnée à aménagement du territoire, et surtout à universalisme de la race humaine (par ex. chez les Stoïques et Sénèque, selon la belle remarque initiale de Ernest Bloch, etc.). Cet universalisme syncrétique qui était déjà inscrit dans le développement de la ville de Rome s'épanouira ensuite dans la propension à ouvrir la voie au " droit de cité " universel, égalitaire et, par conséquent, virtuellement du moins, à la citoyenneté démocratique moderne. Ainsi qu'à l'uniformisation des lois sur l'ensemble de l'empire. Même la distinction de Marc Bloch entre les peuples à l'Est ou l'Ouest du Rhin et au Nord et au Sud du Danube n'aurait pas de sens sans cet héritage. L'universalisme catholique s'en inspira ouvertement dans sa politique temporelle (missionnaires au-delà de ces fleuves appuyés par des ordres chevaliers etc.) ainsi que dans sa philosophie universaliste (stoïcisme de Sénèque repris dans l'universalisme chrétien, par exemple). Or, là encore, un Michelet cherchera les racines de sa nation dans l'esprit libertaire et de résistance à la domination de l' " empire " romain. Ceci le força à aller au-delà de la " version officielle " que l'Eglise catholique, les ordres monastiques et les empires temporels chrétiens entretenaient pour servir leurs fins propres. L'épisode n'est pas sans enseignement : Michelet ou plutôt ses enfants mythologiques des bandes dessinées (Astérix, notamment) ne se comprennent que sur la base des Commentaires de César portant sur la guerre des Gaules. Il en va de même de la dialectique entre les Grecs et les Perses qui, via Alexandre le grand, mena à la synthèse de l'empire universel unifié par un pouvoir " royal " au plus grand dam d'Aristote. Il en va de même également pour les premiers peuples historiques de la Mésopotamie. La question de l'origine de ces Sumériens à qui nous devons tous tant, en particulier les peuples sémites, renvoie à une question multidisciplinaire d'une extraordinaire complexité dont nous entrevoyons seulement aujourd'hui les solutions. On pourrait résumer les choses ainsi : la mémoire et la conscience humaines, de par leurs nécessaires interrelations, s'épanouissent avec la codification du langage, base nécessaire mais non pas suffisante à l'éclosion de tous les acquis matériels et culturels qui forment une civilisation (domestication des plantes et des animaux, contrôle du temps etc.) Or, d'une part la mémoire et surtout la conscience humaine dépendent également d'une série d'idiomes de communication autres que le langage. Tous ces idiomes sont inscrits dans son développement à la fois comme espèce dépendante de la reproduction sexuée et comme espèce vouée au libre arbitre puisque, de par la conscience de sa propre conscience, elle contrôle potentiellement les conditions de son devenir matériel, intellectuel et moral. D'autre part la transmission de l'héritage écrit est entièrement aléatoire jusqu'à des périodes récentes. Reprenons la parabole de Sorel au sujet de la chute hypothétique dans un ravin inaccessible de l'âne qui transportait les rouleaux bibliques pendant l'Exode, les prêtres toute catégorie auraient néanmoins continué leur travail mais la tâche herméneutique et proto-philosophique d'un Ibn Ezra eût été plus compliquée encore du fait de la représentation particulière de supposées " racines " qui se serait de toute manière poursuivie, en comblant syncrétiquement les lacunes existantes. Découvre-t-on ce type de rouleaux près de la Mer Morte que les enjeux de cette représentation reprennent une importance aiguë en oubliant l'essentiel, c'est-à-dire le fait qu'il ne s'agit que de représentations originales, plus proches des conclusions indépendantes de Ernest Renan sur les Esséniens, que des récupérations théocratiques et politiques des sionistes toutes catégories qui y voient le plan du temple à reconstruire ! D'autres l'ont dit avant moi : au-delà de l'écrit ou des vestiges archéologiques classiques, la science et l'histoire n'ont que faire des représentations et des récupérations idéologiques concernant les " racines " puisque l'enjeu aujourd'hui consiste à cerner synchroniquement et diachroniquement au plus près le développement historique pluriel de l'espèce humaine, en tant qu'espèce, dans ces périodes préhistoriques et jusque dans ses antécédents biologiques (histoire de l'évolution des cellules). Les Sumériens ne renvoient-ils pas en toute probabilité vers l'Est d'où vient aussi leur représentation d'un Soleil personnalisé par anthropomorphisme ainsi qu'à des civilisations ne bâtissant pas encore en dur ? Dans son magnifique livre La luna e i falò Cesare Pavese décrit cette découverte essentielle de l'homme qui découvre une autre vallée au-delà de celle où il est né, puis d'autres encore qui forment la terre entière. Les racines, pour essentielles qu'elles soient, peuvent se transformer en pieds de béton armé peu compatibles avec la nécessaire décentration de l'esprit, cette sortie vivifiante du ghetto, seule capable de transformer le singulier en partie intégrante de l'universel ou, si l'on veut, du Tout.
La philosophie de l'histoire (Vico, Herder, Hegel etc.) issue de la sécularisation opérée la première fois dans le monde chrétien par Joachim de Flore, diffère entièrement de la théocratie de bas étage issue de la kabbale (qui a pour résultat accompli le retour théocratique philo-sémite nietzschéen auquel participa le développement du sionisme d'Europe de l'Est avant 1933) Car la philosophie de l'histoire repose sur une libération de la conscience humaine de la domination des esprits, quels qu'ils soient, ou de " l'autorité " consacrée qui en est toujours le véhicule, ce qui constitue le préliminaire obligé de la laïcité vraie. Le marxisme (le matérialisme historique) en est donc le seul héritier accompli possible pour la même raison que Feuerbach trouve son achèvement dans Marx. Cette évidence devrait nous dispenser de toute inféodation envers le papoteur invétéré et parfaitement inutile, sinon globalement nuisible, qu'est Freud et faire apparaître la " sociologie de la connaissance " comme une ultime étape petite-bourgeoise vers une conclusion inéluctable.
Pour le reste, c'est de tout autre chose dont il s'agit. Il s'agit de l'apport du prolétariat d'origine " juive " et des classes associées dans toutes leurs variantes. Pour l'essentiel ceux-là ne se reconnaissaient pas dans l'obscurantisme militant et guerrier d'un certain rabbinat. Leurs contributions réelles relèvent de l'histoire générale des peuples européens dont le devenir général est une réfutation en acte de l'obscurantisme clérical en général et " juif " en particulier. L'histoire est bien l'histoire de la lutte des classes : les " lois de la providence " ne sont autre chose que la résolution concrète des contradictions issues des conditions matérielles d'existence de l'espèce humaine (incluant la culture) et des groupes sociaux qui la composent. L'exemple du yiddish dont j'ai parlé dans mon article " le lit du néo-fascisme " est emblématique de ce point de vue : la culture yiddish nous parle d'un prolétariat des pays de l'Est qui fit les frais du nietzschéisme le plus dévoyé mais nullement le moins prévisible. Pour autant, prétendre que cette partie de l'histoire du prolétariat pourrait se substituer à l'ensemble des héritages du prolétariat dans son ensemble relève de la même déformation sectaire qui fait d'Adam le premier des hommes : ces bases de départ sont des bases mythologiques mais non scientifiques. Leurs mystifications sont nuisibles à l'ensemble du prolétariat. Malgré les tentatives nietzschéennes, et philo-sémites nietzschéennes, de " retour " vers une raison humaine " pré-scientifique " éminemment compatible avec les sociétés théocratiques et donc avec les sociétés de caste, de classe et généralement de l'exploitation de l'homme par l'homme, l' " intelligence " humaine est aujourd'hui émancipée. Elle est désormais investie d'un devoir de libre arbitre. Et l'est d'autant plus que les fondements génétiques de son existence en tant qu'espèce est aujourd'hui menacée. Les formes synthétiques, analogiques et généralement figuratives dont relèvent les conceptions de " temple ", de " droit divin ", de " race élue ", de " totems " et de " tabous ", desquelles découlent également le passage à des sacrifices et des rituels symboliques plutôt qu'humains et concrets, ainsi qu'en témoignent les paraboles d'Issac et de l' " hostie " chrétienne, sont des formes archaïques qui ont fait leur temps : utiles par le passé dans leur fonction d'enseignement de valeurs fondamentales (souvent mêlées à des idéologies de domination de classe), elles constituent désormais le dernier obstacle sur le chemin de l'émancipation humaine. J'ai souligné à la suite de Joachim de Flore évaluant le sens des croisades et de la volonté de conquête de Jérusalem et à la suite de Marx, une évidence qui mériterait d'être répétée, en donnant ou non les références, selon l'honnêteté intellectuelle de chacun : il n'est d'autre temple que la conscience. Pour le reste, je crois avoir démontré définitivement, dans la seconde partie de mon Pour Marx, contre le nihilisme, que la distance est infiniment courte entre la schizophrénie, la " spiritualité " ou la " religion " comprises comme " soumission " intime de l'être sans discrimination raisonnée : la figure du " pitre " n'est pas dans mon œuvre une insulte, mais un concept fondamental. Le terme " marionnette ", apparemment descriptif, est péjoratif. Il implique que quelqu'un tire les ficelles sans que l'on soit, de prime abord, en mesure de préciser qui. En revanche, le terme " pitre " n'avait pas encore été employé dans un sens conceptuel précis et correspond bien à la revendication d'un rôle et aux illusions incultes du " nihiliste éveillé ". (Paradoxalement, l'exigence d'une " soumission " absolue à un ensemble de préceptes fondamentaux à pu sembler comme le seul moyen pré-philosophique d'éviter les ravages de cet aveuglement spiritualiste : en cela, l'herméneutique initiale de Platon vaut d'être comparée au Code Hammourabi, au Lévitique, au Coran et aux autres textes semblables) Du reste, pourquoi insulter des gens d'une importance dérisoire alors que cette insulte rejaillirait immanquablement sur des innocents ? On l'a compris c'est d'autres choses dont il s'agit, de choses gravissimes et pressantes. En l'occurrence, s'il n'était de mon anticléricalisme tranquille et de mon horreur épidermique pour les prétentions de tout " nihiliste éveillé " (" juif " semble-t-il de surcroît) ce pouvait être un conseil fraternel général doublé d'une leçon magistrale et gratuite d'histoire critique de la philosophie et de théorie politique !
En ce qui concerne les " racines ", la seule chose honnête qui puisse être dite est que la conception des " juifs " comme citoyens à part entière est directement ancrée dans la Révolution française et dans les révolutions démocratique et sociale qu'elle enfanta, héritières toutes deux de la Philosophie des Lumières. Mais cette évidence il ne revient pas à l'Europe de la proclamer sur tous les tons. Ce devoir de mémoire reviendrait plutôt à l'Etat d'Israël qui se veut aujourd'hui monstrueusement identitaire et " communautariste " dans ses velléités d'établir un " Etat juif " (sic), en dépit du fait qu'à l'intérieur de ses frontières d'avant juin 1967 vit plus d'un quart de citoyens non-juifs et en dépit du fait que de nombreux " juifs " israéliens ou de la " Diaspora " sont loin de se concevoir " juifs " de cette étrange façon-là. En dépit, également, du fait que la survie de l'Etat d'Israël, conçue comme le refuge ultime en cas de retour de la barbarie antisémite, ne serait aucunement mise en danger sans les effets désastreux induits par ces dérives identitaires théocratiques. Mieux, que cette survie politique définitive serait démographiquement et politiquement assurée de manière définitive par la reconnaissance d'un Etat palestinien, indépendant et souverain, fondé sur le respect intégral des Résolutions 242 et 338, prélude indispensable de la coexistence et de l'insertion à part entière de l'Etat d'Israël dans la région.
La complicité persistante de l'Europe et de l'ONU sur le dossier d'Ertez Israël (c'est-à-dire sur le retour d'un impérialisme templier assorti de l'apartheid et du retour souriant des castes) réduit les options : de sorte, qu'à moins d'un changement radical d'attitude, seule une défaite militaire complète de ce sionisme impérialiste templier et raciste débarrassera le monde de cet hideux néo-fascisme philo-sémite nietzschéen. Les membres de l'ONU et les autres grands du Conseil de sécurité devraient songer désormais à imposer immédiatement et inconditionnellement les Résolutions 242, 338 et 194 (cette dernière en prévoyant des mesures internationales appropriées - par exemple la perception d'une taxe de 1 Cent sur le pétrole vendu dans les pays développés - pour fiancer les compensations en cas de non-retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers d'origine.) Jusqu'ici, mauvaise consciente et calcul politique aidant, les " élites " européennes ont refusé d'assumer leurs obligations en matière de lois internationales vis-à-vis d'Israël. Elles attendent tout simplement que l'histoire impose sa solution en sachant pertinemment que l'Etat d'Israël actuel court inévitablement à sa perte. Certains sont même tentés d'allonger la corde afin que la conclusion soit d'autant plus durable et les absolve de toute responsabilité directe. Ils espèrent, en outre, conserver intacts leurs fantasmes franc-maçonniques nécessaires à leur domination de classe (organisée ainsi par auto-sélection de classe hors des circuits démocratiques légitimes et transparents). Ce n'est pas selon ces calculs que l'on rend le mieux compte de son prochain, ni que l'on pave la voie pour une accommodation authentique des peuples.
Permettez-moi en guise de conclusion de formuler un vœu : que tous les Européens et toutes les personnes de bonne volonté partout dans le monde, juifs ou gentils, aient à cœur d'apporter leur contribution désintéressée à l'éradication définitive des " racines " idéologiques ou psychologique de tout obscurantisme, de tout fanatisme et de toute velléité théocratique ou pas de " retour " à une société de caste, étant entendu que seuls des " gueux " (du néerlandais guit) diversement nietzschéens peuvent jamais confondre à dessein le " message " et les " messagers ", le support et le verbe, ni poser de nouveau les bases d'une " dialectique tronquée ". Il nous faut désormais être définitif, en toute conscience et sans vacillation. Je vous invite enfin à considérer, en votre âme et conscience, quel terme vous utiliseriez pour marquer votre irréversible condamnation politique et morale des idées soutenues par les tenants de toute société théocratique, de caste ou généralement d'exploitation de l'homme par l'homme. Aucun n'est satisfaisant. Cependant, l'exercice est d'une inestimable valeur analytique, sémiotique et sémiologique. Il exige une clarification morale approfondie. Il constitue également une prophylaxie nécessaire pour éviter le sort usuel de ces dialectiques tronquées, dépourvues d'un devenir clairement élucidé (pace Aristote) qui caractérisent les " Grecs " et les " Perses " ambitieux de tous les temps, les " hosties et les victimaires ", pour reprendre la phrase magnifique d'Aimé Césaire. Ne nous méprenons pas, la liberté, c'est-à-dire le règne de l'égalité, ou la " servitude volontaire " sont une nouvelle fois dans la balance. Le pseudo " cahier d'un retour au pays natal " des thuriféraires des " racines " n'élève pas vers l'universel à la manière de l'incomparable grand poète français d'ascendance bambara et de conviction " communiste ". Il contient, au contraire, la promesse de nous faire irrémédiablement sombrer dans ces " Voyages au bout de la nuit ", marqués par les signes répétés de l'aphasie culturelle profonde cultivée comme un " style ", qui font tellement recette en ces jours de vigilance sélective exercée au nom d'un " devoir de mémoire " totalement dévoyé ou, au mieux, étrangement myope.
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.
Lorsque la réflexion touche des dossiers aussi sensibles que ceux de la laïcité et de l'exclusivisme, il est impératif de garder l'esprit ouvert et de reposer épisodiquement les problèmes à neuf. Il ne s'agit pas céder le moindre pouce à la réaction, dont les objectifs sont clairs. Notre préoccupation consiste à ne pas traiter les peuples comme des ennemis. A chercher, par conséquent, à comprendre de l'intérieur. L'exclusivisme des sionistes de droite est une évidence. Mais qu'est-ce qui explique qu'une majorité de " juifs " quelle que soit la définition qu'on voudra donner à ce terme et quelque variable que cette " majorité " soit selon les circonstances ait tendance à avoir davantage confiance dans les membres de leur communauté fussent-ils des exclusivistes invétérés doublés de criminels de guerre avérés ? Qu'elle forme prend et devrait alors prendre la lutte de classe et les alliances qu'elle suppose ? Nous ne ferons pas l'économie de ces questions. Je ne prétends pas y répondre pour les autres : chacun a le devoir de penser avec sa propre tête. Mais il n'est pas inutile d'exposer ici les présupposés théoriques qui colorent nécessairement ma réflexion. Il est apparent que ma conclusion peut se résumer dans la double conviction que l'occultation de l'exclusivisme de toute nature ainsi que l'histoire partielle de l'Holocauste constitue le danger le plus considérable pour l'avenir. A fond, il s'agit de savoir si le devoir de mémoire de la Résistance et de la Déportation est destiné au bénéfice particulier ou au bénéfice de tous. (Qui assumera les " réparations " pour les 27 millions de soviétiques et pour les millions de communistes hors de l'URSS morts en luttant contre le nazifascisme, sur le Vieux contient et en Asie ? Aurait-on l'audace de prétendre que leurs héritiers intellectuels soient eux-aussi " empêchés de penser pendant vingt ans " (mille ans ?) ou davantage ?)
Voici donc deux séries de questions qui doivent être épisodiquement réexaminées à neuf.
1) Qu'est-ce qui explique l'obstacle de la confiance intra-communautaire au développement national et international de la lutte et des alliances des classes? Cet obstacle se manifeste avec la volonté des sionistes de droite d'instrumentaliser l' " antisémitisme " afin de museler l'antisionisme de droite et le suivisme en la matière de la majorité des communautés juives en Israël et à l'extérieur. Est-ce : a) la peur ; b) le désir de normalité ; c) le " power trip " des sionistes de droite ?
2) Qu'est-ce qu'un " juif " dans le monde moderne ? Est-ce : a) un citoyen israélien ; b) un membre d'une communauté religieuse pouvant être subdivisée en diverses dénominations ; c) un membre d'une communauté culturelle se reconnaissant avec d'autres un passé culturel commun et un avenir culturel partagé ou du moins un devoir de solidarité envers cette communauté; d) un membre de cette communauté plus large " se voulant tous des juifs allemands " ; e) un membre d'une race élue ?
Les réponses apportées à la première série surdéterminent celles faites à la seconde. Nous laisserons de côté ici la question abondamment traitée plus haut de l' " élection " et de l'exclusivisme. Remarquons brièvement :
a) La réponse de Marx concernant la citoyenneté ordinaire des juifs de tous les pays reposait sur la conquête de la laïcité qui en séparant Eglises et Etat rendait possible la citoyenneté et donc l'égalité des Individus. Cette réponse reste la seule valable quoique nous devions désormais prendre acte de la création d'un Etat israélien, rendu " nécessaire " par la tentative d'extermination des juifs par le nazisme, de la même façon que le sionisme d'origine avait été rendu " nécessaire " par les pogroms en Europe de l'Est et par l'affaire Dreyfus en France, que le journaliste Th. Herzl eut l'occasion de couvrir. Cette nécessité s'explique également par le désir de " retour " d'une partie de la Diaspora. Plus que d'une question réelle de nécessité, il s'agit d'une nécessité de clore un vieux débat envenimé aujourd'hui par la hantise de la " solution finale ". En réalité, on se rend bien compte aujourd'hui que la réponse fondamentale de Marx vaut également dans sa généralité pour l'Etat d'Israël. Un " Etat juif " ne peut être qu'une monstruosité, un vaste ghetto étatique appelant des replis étatiques identitaires en chaîne qu'aucune instrumentalisation de l'antisémitisme ni aucune recherche d'empire universel ne saurait conjurer. Reste donc la véritable question : l'Etat israélien peut-il survivre comme refuge en dernière instance du peuple juif, sans se transformer en Etat d'apartheid, ce qui signalerait son inéluctable destruction à terme. J'ai tenté de répondre à cette dernière question en rappelant que la pérennisation des équilibres démographiques actuels qui permettent à Israël d'être simultanément un Etat " démocratique " et un Etat à majorité juif (en somme un Etat démographiquement et religieusement " normal ") passait nécessairement par la reconnaissance inconditionnelle des Résolutions 242, 338 et194, avec des modifications à la marge et un traitement adapté de la question du retour des réfugiés palestiniens ainsi que l'illustre magnifiquement l'Accord de Genève.
b) Le complexe de Massada n'est jamais qu'une recette de suicide sectaire. Une très mauvaise stratégie pour lutter contre les agressions réelles et la peur. Pour l'heure, Israël, coupé d'une participation pleine et entière avec sa propre région, est un Etat croupion terriblement endetté et dépendant de l'extérieur. Un Etat hyper-vulnérable malgré les apparences. Cette dépendance occultée permet aujourd'hui de se bercer d'une illusion de toute puissance militaire, armes nucléaires à l'appui. Supposons qu'un jour l'empire théocratique voulu par tous les sionistes de droite trouve son Vietnam (ce qui est déjà annoncé en Iraq) : qui deviendra alors le bouc émissaire " légitime ", les sionistes chrétiens ou les Israéliens toutes tendances confondues, sinon les Israélites d'antan ? Personne mieux que les sionistes ayant une mémoire institutionnelle de l'appui anglais (Balfour) à l'instauration d'un " foyer juif " en Palestine ne sait la terrible ambivalence des élites impériales à ce sujet. Elles soupesèrent froidement la possibilité de se " débarrasser " de leurs propres populations juives sous les applaudissements nietzschéens et sionistes de tous ordres, tout en envisageant la création d'une entité dépendante et donc supposée loyale dans une zone stratégique contrôlant une de leurs principales voies de communication navale, commerciale et militaire. Connaît-on un seul empire ou un seul Etat (Israël inclus) qui, l'heure venue, ne fasse pas appel à la Raison d'Etat pour juger de la pertinence de cette dépendance ? Coupé de sa région immédiate et coupé de ses supports étrangers même la centaine d'ogives nucléaires sujettes à la rouille et à l'obsolescence deviendront des fardeaux économiques intolérables mais impossibles à négliger du fait des dangers potentiels : il faudra alors choisir entre retraitement et chômage de masse. Croit-on qu'alors les manipulations rabbiniques sur la pureté et l'appartenance tribale au sein même d'Israël permettront de créer à l'intérieur du pays un philo-lévitisme nietzschéen viable ?
Ce qui est proprement impensable en termes rationnels c'est la propension d'une grande partie du peuple juif contemporain, intoxiqué par ses élites sionistes de droite qui, après la Résistance et la Déportation, placent encore leur confiance dans les nietzschéens de droite plutôt que dans les anti-nietzschéens convaincus de droite ou de gauche. Le traumatisme de l'affaire Dreyfus n'est évidemment pas étranger au ralliement " renégat " de Karl Kautsky à la guerre impérialiste. Le comportement de Léon Blum face à l'Espagne et aux brigades internationales relève du même désir d'appartenance coûte que coûte à l'" élite " dominante en dépit des intérêts de classes. Le choix était autrement surdéterminé, par des intérêts impossibles à énoncer et presque inavouables pour ceux-là. Rosa Luxembourg ne lisait pas Karl Schmitt en s'illusionnant de ses belles connaissances kabbalistiques ! Marcel Proust lui-même en était revenu en trouvant finalement la culture authentique dans le naturel de sa domestique représentante authentique d'un peuple et en résumant les illusions passées et révolues qui avaient pourtant nourrit son art par une simple phrase : " et que tout ceci fasse une étoile dans la nuit ". Quoiqu'il en soit, en dernière instance l'histoire est l'histoire des classes, les peuples mêmes ne sont que des médiations historiques. Rien mieux que les deux guerres " mondiales " n'a démontré cette évidence méconnue. Faisons néanmoins abstraction du fait que, depuis le début de la Diaspora, les rabbins les plus obscurantistes manipulèrent la peur pour resserrer les rangs de leur communauté et ré-assoire leur pouvoir. Ce qu'il importe de souligner aujourd'hui est que les sionistes de toutes tendances partagent avec les sionistes de droite la même déformation ontologique à ce sujet, bien que les premiers puissent " sembler " plus raisonnables en ce qui concerne l'avenir de l'Etat israélien. Ainsi de manière caractéristique, servitude aveugle à la Torah ou calcul politique, toutes les tendances sionistes conceptualisent les problèmes en définissant d'abord ce qu'ils désirent eux-mêmes, puis en procédant, avec la meilleure conscience du monde et sans craindre moindrement le ridicule, à " universaliser " ces idiosyncrasies redoutables pour enfin proposer généreusement des solutions aux problèmes que les autres seraient éventuellement susceptibles de ressentir. Ainsi, les Nazis utilisèrent-ils la " circoncision " pour désigner les juifs ? Il suffit alors de circoncire dans les hôpitaux tous les enfants mâles, sans autorisation préalable des parents, comme cela se fit en de nombreux pays et continue à se faire en Amérique du Nord même chez les groupes qui partagent l' " horreur grecque " de toutes mutilations irrationnelles, imposées aux hommes ou aux femmes. Ou parmi les classes qui ne partageraient pas cette curieuse et illusoire façon de se " protéger " sans avoir à modifier des comportements exclusivistes, répréhensibles et nécessairement dangereux. Les sionistes ont-ils enfin l'appui des Anglais et des Occidentaux pour établir ce qui devait n'être au départ qu'un " foyer juif " ? Voilà que la " question juive ", bien réelle pour sa part, devient soudainement une " question arabe ", manufacturée artificiellement pour les besoins de la cause, qui aboutit aujourd'hui à une déportation génocidaire menée avec férocité contre les Palestiniens, avec la complicité des Occidentaux dont beaucoup ont silencieusement à cœur de se débarrasser ainsi de leur " question juive " chez eux. L'ONU définit-elle un projet de partage équitable en 1947 qui laisse un peu plus de 50 % des terres palestiniennes mandataires aux Palestiniens ? Après une série de guerres et d'épurations ethniques, forcées à coups de bombes et voulues par quasiment tous les leaders israéliens, y compris Ben Gourrion, voilà que le Likoud et ses alliés, dont nombre de Travaillistes et de juifs de la Diaspora, se mettent à construire un Mur de séparation (en fait, un mur d'apartheid génocidaire) qui exproprie de facto la moitié des 22 % des Territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) qui sont visés par les Résolutions 242, 338 et sont censés donner naissance à un Etat palestinien, souverain et indépendant, comme tout Etat membre des Nations Unies. La laïcité est-elle une condition sine qua non de l'existence d'une citoyenneté juive en Occident, de par la séparation de l'Etat et des structures religieuses et donc la neutralisation politique des dérives théocratiques exclusivistes ? Voici que les vieux démons resurgissent et donnent lieu à une attaque en règle et masquée visant à redéfinir la laïcité comme multiconfessionnalité générale, compatible avec l'empire philo-sémite nietzschéen putatif, alors qu'il aurait fallu, pour le salut républicain de tous, imposer une mesure de laïcité vraie à ces établissements scolaires privés fréquentés en France par 30 % des enfants catholiques, protestants et juifs et, demain, musulmans. Elle donne également lieu à des manipulations machiavéliques visant à faire du port du voile un enjeu républicain propre à braquer la République contre une communauté islamique qui est en France près de 16 fois plus nombreuses que la communauté juive française et qui était d'une paisibilité pour ainsi dire à toute épreuve. (Rappelons en soulignant au crayon rouge et en guise de condamnation et de devoir de mémoire, qu'avant les manigances de Bauer, des Klugman et autres Roger Cukierman - ce dernier se laissant aller jusqu'à applaudir momentanément la montée de Le Pen dans le journal Le Monde -, il n'y avait en France qu'une vingtaine de cas posant problème qui étaient directement reliés au port du voile dans les écoles publiques et quatre cas difficiles, dont deux jeunes filles d'origine juive converties récemment à l'islam, dont le père est un transfuge du parti communiste, comme beaucoup d'autres en ces temps troubles où " il fait beau comme jamais ", qui en firent une affaire constitutionnelle dans un bel esprit de solidarité citoyenne démontrant une profonde culture familiale et sincèrement républicaine.) La discrimination systématique de certains groupes ethniques ou sociaux impose-t-elle des actions étatiques visant à la supprimer ? Voici que les leaders d'une communauté jadis persécutée mais aujourd'hui confortablement établie partout en Occident, malgré son très faible poids démographique, s'emploient besogneusement à définir les bases de la perpétuation de leur propre singularité comme les bases de l'universel en soi : la méritocratie nietzschéenne perpétuant les castes dominantes est alors défendue comme mérite véritable ; pire encore, toutes les méthodes de sélection neutres et fondées sur une compréhension moderne de " l'intelligence " sont silencieusement mais férocement combattues car favorisant naturellement le " grand nombre " par l'opération inéluctable d'un mécanisme égalitaire spécifiquement républicain relevant du calcul des probabilités plus que des prétentions à l'élection divine; pour comble d'ignominie, certains généticiens qui pour partie plagièrent et dérobèrent les découvertes qui les rendirent célèbres (Jim Watson, pour n'en citer qu'un seul qui aime se donner des airs et dont le narcissisme semble désormais voir ennuyeusement tout en double) nous parlent aujourd'hui, sans peur du ridicule, de régler " l'injustice génétique " faite aux parents et aux enfants en proposant sérieusement la création d'une ingénierie génétique qui valoriserait de fait les clones d'eux-mêmes ou de leur caste plus ou moins " oxfordienne " comme modèles dans la perspective de la création d'une " post-humanité " ! ( De manière évidente Watson ignore les critères qui servent à désigner les Rhodes scholars partout dans l'ancien Commonwealth ! Il est heureux que Watson n'ait pas, à ma connaissance, défendu également la sainteté du mariage et la filiation matrilinéaire puisque cela aurait causé bien des soucis de traçabilité et d'imputation théorique aux savants de son espèce ainsi qu'aux théoriciens redécouvrant sur le tard, dans une logique généticienne à rabais, l'importance socio-politique sous-jacente des structures de parenté ! Dans mon article Dioscures, culture et génétique (fin mai 1998) dont une partie essentielle est reprise dans " Spoliation " (in Pour Marx, contre le nihilisme,2002, p204 et suivantes), j'avais déjà dénoncé et mis en pièce cet argumentaire sans fondements scientifiques, et au demeurant très philo-sémite américain, en tout cas en ce qui concerne ses bases sociologiques. Est-il nécessaire d'ajouter sans moquerie que toute civilisation sans son Bussy Rabutin ou son Diderot, voire sûrement sans son Chaucer, risque de périr par excès de gravitas ?) . Ce vice fondamental de tout sionisme n'est autre qu'une déformation politique de l'exclusivisme religieux. Il sème les germes des conflits et de la peur puisque, avec une arrogance caractéristique et de très mauvais aloi, il réduit les problèmes à des rapports de force brute. Les structures mentales dont il dérive sont celles du sectarisme avéré qui remplace aveuglément la réalité objective par ses divagations et ses affabulations fanatiques. Inévitablement, le nombre fait le reste. A moins que, par conscience morale et souci de prévention de conflits inévitables, ou par nécessité, nous n'ayons affaire à une réaction juridique telle que celle décrite avec beaucoup d'intelligence pour l'époque par Shakespeare dans son Marchant de Venise. La conclusion devrait être immédiate : il n'est pas de salut pour le peuple et le prolétariat juif, comme pour aucun autre peuple et aucun autre prolétariat, dans ces dérives exclusivistes qui détruisent les seuls anticorps et les seules protections globales possibles, à savoir l'égalité républicaine de tous les citoyennes et les citoyens, que cette égalité s'exprime dans un régime démocratique libéral ou socialiste. Stalingrad en est la preuve ultime. Cette peur, on le voit à des racines suicidaires.
c) Etre juif selon mon idiosyncrasie revient en définitif à être nécessairement " marxiste ", du moins en partie. Là seulement réside la solution au dilemme des juifs depuis le début de la Diaspora : celui de pouvoir à la fois être une communauté en exil, qui préparerait son retour éventuel en refusant d'abord d'être totalement dissoute dans les pays d'adoption, et celui de s'intégrer pleinement à ses communautés d'accueil. La création de l'Etat d'Israël change quelque peu la donne mais ne résout en rien ce dilemme original. Aujourd'hui, l'existence d'Israël rend nécessaire la reformulation de la " normalité " des juifs, ne serait-ce que par les liens divers entretenus par la Diaspora avec l'Etat israélien et les excroissances diplomatiques (ou organisationnelles, via le Congrès juif, par exemple) de certaines tendances exclusivistes au sein même d'Israël. Pour le dire autrement, la version exclusiviste et amnésique de la Shoah pose inévitablement le problème de la nature politique et idéologique des juifs eux-mêmes, ce qui représente l'inverse exact de la culpabilisation imposée aux gentils. Peut-on après Auschwitz être juif et " écouter " Wagner ? Et que devient alors la " normalité " dans tout cela, cette normalité qui permet aux consciences libres d'accomplir leurs propres cheminements ? Il en est des fausses questions comme des fausses oppositions " aristotéliciennes " : elles ne résistent pas à un examen de la réalité concrète. Chacun d'entre nous sait, même sans l'aide de Bergson ou de Braudel, que les temps de l'existence privée, culturelle, idéologique et politique ne sont pas les mêmes : les confondre revient à verser dans un rigorisme irrespirable, bien que certaines positions soient moins honorables que d'autres. Par exemple, j'ai mis longtemps personnellement à comprendre pourquoi quelqu'un comme Einstein finit par choisir les USA plutôt que l'URSS ; ou encore pourquoi de nombreux rescapés des camps de la mort, ceux libérés par l'Armée rouge compris, choisir de marcher vers l'Ouest, déjà transformé en Ouest en carton pâte, même lorsqu'ils n'avaient aucune raison familiale de le faire ; ou encore qu'un Primo Lévi défendit avec une intime conviction l'entreprise privée et ainsi de suite. Ce genre de questions honnêtement posées ne permettait pas une réponse idéologique a priori. Elles sont d'une difficulté redoutable qui ne se dissipe pas facilement. La seule réponse acceptable demeure que les conditions matérielles d'existence précèdent toujours l'essence bien que, malheureusement, l'amnésie historique et culturelle due à la domination mondiale du capitalisme et de ses classes et groupes (religieux) associés ne permette pas toujours à la mémoire véridique et à l'histoire réelle de jouer son vrai rôle de forces matérielles. A ceci s'ajoutent toutes les autres contradictions ancillaires qui font que la rigidité institutionnelle de tout Etat, URSS ou Israël, ne permet pas de résoudre rapidement ces contradictions ni parfois de les percevoir dans leur cruelle réalité. Il n'y a pas de raccourcis en la matière bien qu'à l'instar des bolcheviques classiques l'on puisse légitimement concevoir des télescopages d'époques historiques. L'essentiel alors n'est pas de donner coûte que coûte une réponse forcément partielle ou fausse à de vrais problèmes, mais plutôt de créer les conditions optimales de leur résolution par les individus et les groupes concernés eux-mêmes. L'impossibilité ontologique de concilier un Etat d'Israël, agissant nécessairement comme un Etat faisant valoir sa Raison d'Etat et sa Realpolitik à l'instar de tous les Etats de la planète, avec le catéchisme d'une Shoah exclusiviste mena inéluctablement vers l'adoption et la propagation d'une idéologie philo-sémite nietzschéenne faisant volontairement l'impasse sur les dérives judéophobes (obligées selon moi) de toutes les formes de nietzschéisme imaginables. Le judéo-fascisme, illusoirement normalisé, est une bien maigre garantie de la survie du peuple juif. Cette solution me semble pire encore que celle dérivant du complexe de Massada. Au mieux, elle ne peut représenter que cette " monstrueuse sodomie de l'hostie et du victimaire " dénoncée par Césaire. Au pire, elle force l'histoire à bégayer monstrueusement. Un juif normal peut choisir d'être ce qu'il veut, de droite ou de gauche, mais il ne saurait être légitimement fasciste, théocratique-fascisant, donc sioniste de droite, pas plus que n'importe quel citoyen moderne. De manière impérative, il ne peut pas aspirer à devenir lui-même ce qu'il refuserait d'accepter chez ses voisins non-juifs. Ceci est une question d'éthique et de théorie politique démo-cratique avant même d'être une question de nombre et d'équilibre des forces, n'en déplaise aux matamores et aux apprentis sorcier, n'en déplaise également à Habermas. Qu'on le veuille ou pas, la laïcité et la citoyenneté, telles qu'exposées par Marx, font nécessairement partie de ses conditions d'existence. Seules, elles permettent le développement, au sein d'Israël ou au dehors, d'une religiosité juive légitime qui restera compatible avec l'intégration et la normalisation complète au sein de la société politique sans susciter la renaissance des vieux démons des exclusivismes de nouveau rangés en ordre de bataille, mais cette fois sans prolétariat organisé pour produire de nouveaux Stalingrad in extremis, sauvant ainsi la mise à nombre de gens plus ou moins militants qui se croient pourtant diversement " éveillés ".
Que sont le racisme et l'antisémitisme ?
Il est judicieux de rappeler que, paradoxalement, le sionisme dans ses variantes nombreuses ne fait pas problème depuis que l'OLP a accepté de considérer une solution politique sur la base du Plan de partage de 1947 et sur la base des Résolutions 242, 338 et 194 ainsi que de toutes les autres résolutions de l'ONU. L'abomination du sionisme de droite se comprend aisément à partir de ces données objectives. Soulignons que le seul remède connu et efficace pour mener une lutte de fond contre l'antisémitisme consiste à apprendre à démarquer instinctivement entre sionisme, antisémitisme et sionisme de droite et à condamner sans détour les deux derniers.
Mais qu'est-ce que le racisme ? C'est la discrimination et le dénigrement d'un individu ou d'un groupe du fait de caractéristiques ethniques ou culturelles pour lesquelles ils ne sont pas personnellement responsables. Cependant, la religion étant encore trop liée à la culture, force nous est d'ajouter que le concept de " race élue ", lorsqu'il se réfère à une vision ou des caractéristiques politiques (i.e. théocratiques) plutôt que strictement morales et relevant strictement du domaine privé, constitue bel et bien un racisme dangereux et pernicieux qui ne saurait être toléré. De la même manière, les sectes, telle la scientologie, qui prétendent diviser les individus en castes en abusant de phénomènes qu'ils ne comprennent pas, par définition, constituent le sommet de ce racisme à fondement religieux et devraient donc être traitées avec la dernière rigueur, selon les lois régissant les sectes et leurs méthodes d'endoctrinement et de contrôle psychologique des individus. Ces méthodes on le sait contreviennent frontalement aux lois de nombreux pays et, en tout état de cause, empêchent l'éclosion et l'épanouissement de consciences humaines libres et égales entre elles. De la même manière, le nietzschéisme et toutes ses formes fussent-elles philo-sémites, en divisant l'humanité en sur-hommes (diversement élus selon la religion, le spiritisme, l'idéologie ou la " génétique ") et en commun des mortels, constitue un racisme haineux et intolérable.
Sont également racistes les termes dérivants de ces attitudes et donc utilisés à dessein dans le but de discriminer ou de " minoriser " des individus ou des groupes par le simple fait de les " désigner " malicieusement. Traiter quelqu'un de " youpin " est monstrueux. Pourtant traiter quelqu'un de " beur ", au moment même où l'on s'en prend en apparence ou sincèrement aux dérives " communautaristes ", relève bel et bien d'un racisme d'autant plus haineux qu'il croit se donner bonne conscience en banalisant le terme et en cherchant à le faire adopter par les " élites " (token Arabs ?), pour l'heure très minoritaires, provenant de ces groupes et de ces communautés appartenant pourtant, à part entière, aux républiques et aux Etats concernés.
Qu'est-ce que l'antisémitisme ? C'est bien entendu la discrimination et le dénigrement d'un individu ou d'un groupe d'individus du fait de caractéristiques ethniques ou culturelles pour lesquelles ils ne sont pas personnellement responsables, en l'occurrence l'appartenance à la communauté juive. (Je ne vois vraiment pas comment éviter le terme " communauté " ici, comme groupe d'appartenance ayant au moins quelques caractéristiques en commun, (pace Russell). Comprenne qui pourra ! Il y a, d'une part, la recherche objective, désintéressée ; d'autre part, la mystification aveugle mais prétendument éveillée; d'autre part, encore, les bonnes intentions mal fondées scientifiquement et logiquement ; d'autre part, aussi, l'indignation qui est mauvaise conseillère ; d'autre part, enfin, l'habitude pré-marxiste des diremptions hégéliennes, sympathiques certes mais marchant sur la tête, en somme toute la " complexité " digne d'un " inventaire " à la Prévert !) La prétention rabbinique de diviser la société juive et israélienne en " tribus " diversement élues face à " dieu ", lorsqu'elle est transposée au plan politique, est un sommet du racisme sectaire et doit être dénoncée comme tel. De la même manière, cette prétention à l'élection, qui se donne de faux airs de " méritocratie " en utilisant tous les artifices (idéologiques, " Shoah " etc.) pour préserver une représentation surnuméraire dans les cercles du pouvoir, constitue un racisme haineux et sectaire que la loi des grands nombres aurait vite fait de réfuter si on lui laissait le loisir pourtant démocratique et républicain de s'exprimer sans entraves artificielles. La croyance en une post-humanité exclusiviste, transposée en idéologie politique ou en action (eugéniste, génétique, communautaire), constitue bel et bien un racisme insidieux et mortel pour la démo-cratie. (L'aval " légal " ou actif de toute forme de racisme constituant un acte raciste, l'Europe se trouve désormais devant l'impérative nécessité de rapatrier les dossiers d'état civil de ses populations. Elle a inconsciemment choisi de déposer ces dossiers importants aux USA, pays qui affiche son intention de breveter le vivant et où trop de personnes, parmi lesquels beaucoup de généticiens sionistes de toutes tendances, arborent des idées proto-eugénistes de " post-humanité " à atteindre par un " retour " aux " racines " - par exemple, celles des " prêtres " du temple. Ne pas le faire constitue une violation du droit des Européens comme collectivité humaine et une potentielle expropriation de chacun d'entre eux, en tant individus génétiquement uniques, et en tant que citoyens seuls souverains de leur corps et de leur conscience.) Les sionistes de droite et les éléments sociaux et politiques les plus réactionnaires sont, par conséquent, les pires propagateurs du racisme antisémite. La " peur de l'Autre ", dénoncée par Sartre, ne justifie pas que l'on tue son voisin (viz les héros de Camus) ni qu'on cherche à lui imposer un véritable " ethnocide " pour créer, à rebours, une " antériorité " religieuse et légale (droit de propriété sur le sol) qui n'existe que dans des fables et des contes faisant commencer l'histoire par une série de génocides accomplis, clame-t-on sans réfléchir, avec l'aide active de dieu, pour conquérir une quelconque " terre promise ". Cette idée d'antériorité, constitutive de l'exclusivisme, est elle-même un racisme en acte dès qu'elle sort du domaine strictement privé. Elle constitue, en outre, une violation flagrante du droit international, de la Charte universelle des droits de la personne et du principe de sécurité collective.
Notons qu'en matière de racisme et d'antisémitisme le sérieux de la faute dépend du degré d'éducation. Non pas qu'elle soit jamais acceptable. Cependant, le commun des mortels est souvent dépendant malgré lui des préjudices des supposées élites et de leurs bas clergés académiques et médiatiques, qui se donnent souvent en public pour des " éveillés ". Un Arabe de la rue qui jure contre les juifs mais qui, en même temps, désire ardemment la paix par le biais de l'échange terre contre paix et sécurité sur la base des frontières d'avant juin 1967, est, de très loin, moins raciste et répréhensible qu'un Alain Finkielkraut qui, du haut d'une position qu'il ne mérite à l'évidence pas, argumente, avec tout le sérieux qu'on lui connaît, en faveur d'une " séparation " alors qu'il ne peut pas ignorer que cette idée de " séparation " masque mal une série de crimes de guerre. (Ce concept de " séparation " resterait une horreur pure est simple même si elle se concrétisait en-deça de la " ligne verte " marquant la frontière antérieure à juin 1967) Car cette " séparation " s'accomplit par la construction d'un Mur de l'apartheid qui crée de véritables bantoustans en expropriant la plus grande partie des 22 % de la Palestine qui restait encore dans les mains des Palestiniens avant juin 1967, ce qui constitue une véritable déclaration de guerre ouverte et unilatérale et une atteinte grave à la paix régionale et mondiale ainsi qu'à la coopération et l'amitié entre les peuples. Bien entendu, il n'est pas le seul, ni même le plus original : son inspiration sioniste de droite se devine aisément derrière ses prises de position publiques ainsi que celles de nombreux écrivaillons aveugles, dangereux et hyper-médiatisés de son genre.
Paul De Marco, professeur de Relations internationales (Economie Politique Internationale)
Copyright 14 janvier 2004
